news visuels textes traduction deutsch english interact archiv/es messages guestbook bureau links contact home

SK
PROTOCOLE DE LA RÉVOLUTION ÉGYPTIENNE
(2/2)

Rappel : Ces messages ont été écrits et publiés au jour le jour, souvent heure par heure [ici] avec toutes les erreurs qu'une telle procédure peut engendrer. - Voici le lien sur la première partie.

Une semaine en Égypte (1er février)


[00:00](*) Nouvelle journée, nouveau fil d'actualités [Al Jazeera live blog]. - Du mardi 25 janvier [début du soulèvement]  à aujourd'hui [mobilisation massive] : Une semaine en Égypte, qui fera date, quoi qu'il arrive.

[00:15] Une contre-manifestation d'environ 300 personnes "pro-Moubarak" a été aperçue près du ministère de l'Information par un témoin actuellement au téléphone sur Al Jazeera.

Live Blog : "Il n'y a plus d'Internet en Égypte, plus du tout. Noor était le dernier accès encore en service, mais il a été coupé lui aussi.. - Rumeurs d'un crash imminent du réseau mobile, rumeurs qui pourraient s'avérer fondées vu que demain une grosse marche est prévue, et que la police est de retour !"

[01:00] Le blog d'Al Jazeera signale que Google a mis au point un système avec Twitter et SayNow, qui permet de tweeter à partir de n'importe quel téléphone, il suffit d'appeler l'un de ces trois  numéros : +16504194196 ou  +390662207294 ou +97316199855 - plus besoin de connexion Internet. Une innovation dédicacée à l'Égypte par les concepteurs ! - Sur Twitter, le hashtag reste #Egypt (mais aussi #25jan). Par ailleurs, le groupe de hackers Anonymous publie une liste de trucs pour contourner le blocage d'Internet en Égypte [ici].

[02:00] Al Jazeera signale qu'en cas de problèmes sur le câble, le flux reste disponible sur le site de la chaîne et sur YouTube.

[02:30] Un expert en direct de Washington : Les marchés sont "nerveux" parce qu'on s'inquiète pour le canal de Suez : s'il devait être fermé, les cargos seraient contraints de faire le tour de l'Afrique, ce qui augmenterait considérablement les frais de transport. Il y a également le pétrole. L'Égypte n'est pas un producteur important mais, comme le précise le Point ce soir : Environ 1,2 million de barils de brut et 400 000 barils de produits raffinés transitent chaque jour de la mer Rouge à la Méditerranée par le canal de Suez, long de 190 kilomètres. Il est doublé par l'oléoduc Suez-Méditerranée (Sumed) qui a convoyé en moyenne 1,1 million de barils par jour en 2009. Au total, le canal et l'oléoduc, principales voies d'acheminement du pétrole du Golfe vers l'Europe, transportent 4,5 % de la production mondiale de brut. - Du coup, le baril de pétrole dépasse les cent dollars aujourd'hui (et l'essence 1€50 à la pompe) ! - Pour couronner le tout, il y a l'incertitude à propos du tourisme, qui rapporte tout de même quelque douze milliards de dollars au pays, selon l'expert américain. Quant à la bourse égyptienne fermée depuis trois jours, l'homme de Washington concède que cela ne handicaperait pas trop l'économie du pays, même si la clôture devait encore durer quelques jours, voire quelques semaines : "Ça s'est déjà vu." - En conclusion, une certaine "tension" devrait accompagner les manifestations massives prévues aujourd'hui, et les marchés ne se stabiliseraient qu'à l'issue de ce bras de fer, quelque puisse d'ailleurs en être le vainqueur : Money talks. - Thank you, Mr. Washington !

 
image google earth sur al jazeera

 
[12:45](*) Selon un correspondant d'Al Jazeera au téléphone, de plus en plus de gens convergent vers la place Tahrir, qui est noire de monde, comme on le voit à l'image. L'ambiance serait sereine. La chaîne d'information titre que plus de cent mille personnes se sont déjà rassemblées sur cette place centrale du Caire. D'autres mouvements ont été signalés dans les villes d'Alexandrie et d'Assouan.

Voici les liens sur les nouveaux fils d'actualité du Guardian et du Monde.

[13:15] Sur Al Jazeera, on entend la clameur et les slogans de la foule des protestataires. En surimpression des commentaires incessants de la situation. - Le Monde signale une forte présence policière et militaire au centre du Caire, qui est bouclé par l'armée. La correspondante du Guardian précise qu'il y a beaucoup de chars et de soldats dans le secteur mais pas sur la place Tahrir elle-même. - Internet est toujours coupé, mais le réseau mobile fonctionne. Pour l'instant...

[13:30] Le Monde mentionne une interview de l'opposant M. El Baradei sur la chaîne Al-Arabiya, qui déclare que "le départ de Hosni Moubarak est une condition préalable à toute négociation pour un nouveau gouvernement." Al Jazeera diffuse la même information à l'instant. - Essam El Erian des Frères Musulmans déclare sur Al Jazeera : "Un gouvernement de transition doit être formé et il faut des élections. Ce régime et son parlement n'ont aucune légitimité." (in Guardian)

Sur le plan économique, les médias rappellent que la bourse et les banques sont fermées. Il n'y a plus d'argent. L'approvisionnement devient difficile. Le chaos continue de régner à l'aéroport, où un grand nombre de touristes et de résidents étrangers cherchent à quitter le pays.

 

Un bain de foule place Tahrir, ce matin, mis en ligne par Al Jazeera


La suite...

 
[14:30] La chaîne qatarie parle maintenant d'un million de personnes rassemblées dans le quartier de la place Tahrir. C'est une protestation "pacifique" et "festive", selon les correspondants. Une commentatrice dit que l'on n'a jamais vu une telle manifestation du "pouvoir populaire" dans un pays arabe.

Nouveau hashtag sur Twitter #01feb (et toujours #Egypt & #25jan). Avalanche de tweets sur #Egypt, l'un d'eux signale que la police installerait des barbelés autour du palais présidentiel à Héliopolis, la destination annoncée du mouvement de protestation. - Quant à Hosni Moubarak, il se trouvait hier à Charm El-Cheikh. - Selon Simon Tisdall, cité par le Guardian, le nouvel homme fort du régime serait le vice-président Omar Suleiman.

 
[15:00] Communiqué de l'AFP : "Environ 50 000 personnes sont réunies devant la mosquée Qaëd Ibrahim et la gare ferroviaire, dans le centre d'Alexandrie, la deuxième ville d'Égypte" (in Le Monde). Selon la BBC, l'ensemble du gouvernement jordanien a présenté sa démission sur demande du roi Abdallah. - Al Jazeera annonce maintenant deux millions de protestataires dans le quartier de la place Tahrir. Sur les images diffusées par la chaîne, on note la présence de bon nombre de femmes, ce qui contraste avec les manifestations antérieures.

 
Manifestante place Tahrir (in Le Monde)

 
[15:30] Selon Al Jazeera, 250.000 personnes sont rassemblées à Suez et plus de 100.000 en Alexandrie. D'autres manifestations ont été signalées à Ismailiya, Mansoura, Damietta et Mahalls, mais aussi des protestations massives à Tanta et Kafr El Cheikh (in Guardian).

[16:00] Le "couvre-feu" décrété par les autorités égyptiennes est actif depuis une heure. Plus personne ne prend la peine de mentionner cette mesure complètement ignorée par la population !

[16:30] La plupart des mouvements d'opposition refusent toute négociation avec le pouvoir actuel :  seule, la démission du président et du gouvernement peut mettre fin aux marches de protestation.

Petite réflexion : Cette "veillée médiatique" sur la révolution égyptienne a fait apparaître une masse  prodigieuse d'informations générée par une foule innombrable de correspondants, commentateurs, analystes, blogueurs, tweeters, facebookers, youtubers. S'ajoutent les réactions des leaders politiques, des corps diplomatiques et des gouvernements étrangers, les reportages et les enquêtes télévisés, les messages audio et radio, les articles de presse etc. etc. - Et cette masse d'informations baigne dans un océan de désinformation et de spams, de publicités et de messages de trolls, où l'on a du mal à "distinguer le vrai d'avec le faux", comme dirait Descartes. - Pendant ce temps, et c'est le point capital, un black-out médiatique quasi total frappe l'Égypte. - Conclusion : Nous parlons, les Égyptiens agissent ! - La journée d'aujourd'hui démontre qu'une révolution contemporaine peut au besoin se passer de médias, contrairement à ce qui est affirmé depuis le soulèvement tunisien. - Ceux qui en douteraient devraient considérer les révolutions du passé : ni TV ni téléphone ni Internet en 1789 ! - Ajout [22:30] : Un commentateur d'Al Jazeera sur place vient de dire que la coupure d'internet et du réseau mobile a fait recourir les organisateurs de la "marche d'un million de personnes", ce mardi, à des "moyens de communication beaucoup plus basiques" : ils ont distribué des tracts, dit de faire passer le message, ils se sont baladés avec des pancartes... Et le correspondant de conclure : ça a marché !

[17:15] Associated Press rapporte que les Syriens veulent organiser leur(s) propre(s) "jour(s) de colère" cette semaine à Damas. (in Guardian). - Tweet téléphonique d'Ayman Mohyeldin au Caire : "Tous les protestataires égyptiens [#Egyptian] à qui j'ai parlé disent qu'ils resteront place Tahrir aussi longtemps que nécessaire & ils chantent 'Martyr ou Liberté'  [#jan25]" (Al Jazeera)

[17:30] Le nuit commence à tomber sur l'Égypte. Les réverbères s'allument. - Plusieurs centaines de milliers de manifestants sont signalés en Alexandrie : "ils ne bougeront pas tant qu'ils n'auront pas obtenu gain de cause", dit une correspondante au téléphone sur Al Jazeera. - Une nouvelle rumeur concernant le départ du président Moubarak (au Bahrein), selon un tweet de Jonathan Rugman de Channel 4. Le Guardian souligne que la nouvelle est sujette à caution.

 

Place Tahrir ce soir (photo : Jim Hollander - EPA in Guardian)

[18:30] Aucune nouvelle du gouvernement, resté silencieux depuis la déclaration télévisée d'Omar Suleiman, hier soir, tandis que la foule entonne l'hymne national place Tahrir.

Messagerie vocale dédiée aux Égyptiens sur Twitter @speak2tweet

[19:00] Sur Al Jazeera, toujours le même plan fixe de la place Tahrir et des manifestants qui, malgré le froid et les difficultés probables d'approvisionnement,  ne sont pas près de rentrer chez eux.

[19:15] Un correspondant d'Al Jazeera raconte les actes de solidarisation populaire avec les soldats : les gens leur ont à nouveau offert des fleurs, se sont fait photographier avec eux, sont montés sur les tanks... En sachent que le pouvoir actuel est essentiellement composé de généraux et de hauts gradés, on peut s'interroger sur ce double jeu de l'armée qui, à la fois, suit les ordres du régime et témoigne de bienveillance envers ceux qui entendent provoquer sa chute !

Les différents mouvements d'opposants ont constitué une organisation unitaire, à laquelle appartient également Mohammed El Baradei. (Al Jazeera, Guardian)

[19:30]  Trois tweets de la correspondante de l'AFP, Sara Hussein (in Guardian) :
 
Retour de #Tahrir foule extraordinaire. Les gens dansent au rythme des chansons de protestation, des chars à chaque accès (1/3) #Jan25 #Egypt
#Tahrir la foule tangue, des tonnes de beaux chants égyptiens. Enfants, femmes et hommes, signes de protestation d'une extraordinaire créativité #Jan25 #Egypt
#Tahrir la foule protège les femmes seules et les étrangers, mais elle est impatiente de faire passer son message. Les gens disent rester jusqu'au départ de Moubarak. #Jan25 #Egypt
[20:00] Avec la nuit et le froid, beaucoup sont rentrés chez eux, certains pour participer aux comités de quartier qui luttent contre les pillages. Mais des dizaines de milliers de protestataires sont toujours rassemblés place Tahrir, des tentes ont été dressées, des "feux de joie" allumés, on passe de la musique et on apporte des couvertures, de la nourriture, gratuite ou à bas prix (Al Jazeera).

[20:30] Selon Al Arabiya, le président Moubarak pourrait prendre la parole aujourd'hui. Il n'y a pas eu de confirmation officielle. - La chaîne a également annoncé que le vice-président Omar Suleiman a rencontré des représentants de partis d'opposition (Guardian). - Pendant ce temps, la foule de la place Tahrir scande des slogans à l'unisson.

[20:40] Al Arabiya TV rapporte à présent que Hosni Mubarak annoncera dans un discours qu'il s'en ira  aux prochaines élections [prévues en septembre], mais qu'il restera en fonctions jusque là pour répondre aux demandes des protestataires. (in Guardian)

[21:00] Al Jazeera confirme l'information : le président Moubarak va parler pour annoncer "une bonne solution".  - Le New York Times rapporte que le président Obama a conseillé à Hosni Moubarak de ne pas se porter candidat à une nouvelle élection (source : diplomatie US).

Traduit par "démissionner" ou "se retirer", l'expression la plus utilisée dans les commentaires anglophones du moment est step down : c'est ce que l'on demande au président Moubarak. Parfois elle est remplacée par stand down, un synonyme que les dictionnaires rendent par "se désister". - Merveilleux charme idiomatique de la langue anglaise (dans ce contexte, on traduirait down par à bas :) !

[21:45] La TV d'État annonce l'intervention imminente du président.

[22:10] Jack Shenker du Guardian se trouve place Tahrir où règne une ambiance festive. Il demande aux gens s'il suffit que le président Moubarak quitte le pouvoir lors des élections de septembre. La réponse quasi unanime est que ça ne suffit absolument pas.

[23:00] Le président parle. D'une voix grave. Il peut faire penser à un vieux cabotin qui veut éviter le ridicule. En substance, il dit : Je reste, mais je mets fin à ma carrière aux prochaines élections. Il entend mourir sur le sol égyptien. C'est un militaire. Il a défendu l'Égypte et son peuple. Il parle pendant un quart d'heure en tournant les pages de son discours sans doute enregistré. Il s'en remet à Dieu et au jugement de l'Histoire. Il donne sa parole d'honneur. Il a rendu de grands services à la patrie. Durant les "quelques mois" qui lui restent,  il veut défendre "la stabilité" contre "le chaos", faire arrêter les voleurs et les pillards qui s'en prennent au bien public et privé.  Combattre la pauvreté. Organiser les élections. Son vice-président a convoqué les partis d'opposition. Tous n'ont pas répondu à l'invitation, qui tient toujours.  Mes chers compatriotes. De sa voix grave, il fait appel à la conscience nationale des citoyens. Costume impeccable. Cheveux noirs gominés. Comme on les portait dans les années quarante ou cinquante. Il a 82 ans. Il paraît éreinté. Il a parlé.  بسلما (B'slama) !

[23:15] Commentaire à chaud du Guardian : "C'était un discours décousu où Moubarak cherche à montrer de l'empathie pour les protestataires tout en suggérant qu'ils ont été manipulés par des forces politiques (en essayant peut-être d'impliquer les Frères Musulmans, dont le rôle a été minimal). Il a également eu des mots durs pour les actes criminels."

[23:25] Réactions, place Tahrir : "À bas Moubarak ! - Pars, sois digne.!" (in Guardian).

[00:00] Minuit. - Je dois mettre fin à cette chronique. - Les choses dégénèrent en Alexandrie. Il semble que les anti-gouvernementaux se battent avec des pro-Moubarak. L'armée s'interpose. En direct, une rafale de coups de feu vient de retentir alors que l'image montre un tank qui se dirige sur des manifestants. D'autres rafales. La présentatrice recommande à la correspondante de se mettre à l'abri.

[00:30] Al Jazeera retransmet toujours en direct d'Alexandrie (place Mahatit Masr). L'intervention de l'armée paraît avoir un peu calmé les choses, mais les gens sur l'écran semblent encore très remontés. La correspondante alexandrine dit que c'est la troisième fois, depuis vendredi, qu'il y a des violences dans les manifestations. - Il faut dire que vendredi la violence a embrasé tout le pays, faisant  une centaine de morts et des milliers de blessés. Mais la police, qui a commis ces exactions épouvantables, est absente cette nuit. - Plusieurs manifestations pro-Moubarak de quelques centaines de personnes ont été signalées aujourd'hui. Et un véhicule transportant des armes, qui se dirigeait vers la place Tahrir, a été arrêté par les militaires. - Mais dans le bilan général de la journée, ces actions de provocateurs ne pèsent pas bien lourd. Selon les divers observateurs, cette mobilisation massive du peuple égyptien s'est déroulée dans un climat pacifique et festif.

[00:50] Une autre manifestation pro-Moubarak d'environ trois cents personnes est signalée au Caire. Ce sont sans doute les mêmes que la nuit dernière (l'heure correspond). Eux non plus ne pèsent pas bien lourd contre un ou deux millions d'anti-Moubarak !

 

As-salâm ’aleïkoum | السلام .عليكم


  How not to say stupid things about Égypt


~ Une semaine en Égypte - Fin de l'épisode ~

"Step down, Mister Moubarak" ! (2, 3, 4 février)


As-salâm ’aleïkoum | السلام .عليكم

 
Dans la matinée, les accès Internet ont été rétablis en Égypte, comme le montre ce tableau :

 
Mercredi 2 février 2011

 
[15:30](*) Accrochages entre protestataires et pro-gouvernementaux au Caire. Selon Al Jazeera, plus de cent personnes ont été blessées depuis une heure après l'arrivée, place Tahrir, de supporters du régime, dont des policiers en civil, qui ont attaqué les manifestants anti-Moubarak.

[16:00] "Une situation explosive", commente une correspondante d'Al Jazeera sur place. Un autre journaliste au téléphone parle de visages ensanglantés, de gens qui fuient la place. Puis une femme à bout de nerfs : elle a du mal à se faire comprendre et à réaliser ce qui se passe maintenant, après des journées de manifestation pacifique, d'occupation festive de la place Tahrir. La présentatrice lui conseille de se mettre à l'abri.

[16:20] D'après les cartes d'identité récupérées par les protestataires, il semble que les forces de sécurité ont largement contribué à semer la panique et le chaos, place Tahrir

[16:40] Sur Al Jazeera,  les images en direct montrent les pro-gouvernementaux et les anti-Moubarak, qui réclament toujours le départ immédiat du président, se lancer des pierres et d'autres objets. - On rapporte que l'armée s'interposerait pour séparer les deux camps mais elle ne semble pas intervenir dans la bataille de rue à l'écran...

[16:50] Avec les fumées blanches des gaz lacrymogènes, l'hélicoptère de combat fait son retour dans le ciel cairote. Des coups de feu retentissent : sans doute des tirs de sommation.

[17:00] Début du couvre-feu en Égypte. Il sera plus difficile de l'ignorer, à présent. - Ban Ki-Moon, le Secrétaire général des Nations Unis, vient de faire part de sa désapprobation de cette façon [violente] de procéder contre des manifestants pacifiques. - Une commentatrice d'Al Jazeera constate : "C'est le chaos !" Et : "Nous avons vu des gens courir pour sauver leur vie..." Des objets sont jetés sur les protestataires du haut des immeubles ! "Qui sont ces gens ?" s'interroge la journaliste. - Une correspondante remarque à son tour que l'armée, présente un peu partout en ville, n'intervient pas [plus] pour mettre fin aux violences. - La place Tahrir, qui est devenue hautement symbolique, reste toujours sous le contrôle des protestataires, selon les observateurs. Depuis une semaine, elle s'est montrée digne de son nom : Place de la Libération !

[17:10] La femme à bout de nerfs rappelle la chaîne d'information : Il n'y a pas une seule ambulance ! Des blessés partout ! Quelques bouteilles d'eau seulement pour les soigner !

 
[17:25] Le gouvernement vient de déclarer que la contre-manifestation n'est pas organisée par les forces de sécurité, mais par des "Égyptiens ordinaires",  exaspérés par le "chaos" qui règne dans le pays.

[17:30] L'opposition, qui continue d'exiger le départ immédiat du président Moubarak, déclare que la journée de vendredi (04-02-2011) sera le "Jour de la Fureur".

 
image : al jazeera

 
[17:45] On rapporte déjà le chiffre de 500 blessés dans le secteur de la place Tahrir. - On repère de la fumée du côté du Musée National, mais aucun immeuble en feu n'est visible... Des véhicules de secours commencent à converger vers la place, trois heures après le début des violences ! (Al Jazeera) - Déclaration de l'attaché de presse du gouvernement américain, Robert Gibbs : "Les États-Unis déplorent et condamnent la violence qui a lieu en Égypte, et nous sommes très préoccupés par les attaques contre les médias et les manifestants pacifiques. Nous répétons vivement notre appel à la modération." (in Guardian)

[18:00] Des milliers de protestataires se trouvent toujours sur la place de la Libération. Tout autour, des "manifestants" pro-Moubarak. Certains continuent à jeter des pierres, et des objets plus lourds, du haut des immeubles sur les anti-Moubarak.

[18:25] Dans un résumé d'Al Jazeera, on voit des hommes à cheval, armés de bâtons et de fouets, foncer sur les manifestants. Quelques cavaliers sont renversés et rossés par les protestataires.

[18:30] L'Union Européenne s'associe à l'appel nord-américain et réclame une transition démocratique. - Le plan fixe sur la place Tahrir, déjà vu la veille et l'avant veille, apparaît à l'écran : Comparé aux jours précédents, le lieu de rendez-vous des protestataires semble un peu clairsemé.

[20:00] Avec le rétablissement de l'accès à Internet, les blogs des correspondants étrangers sur place sont à nouveau en ligne. Harriet Sherwood signale des affrontements dans la ville d'Alexandrie : "Il y avait de l'agressivité et des coups bas mais - pour l'heure - rien qui ressemble à la guerre civile qui paraît s'enflammer au centre du Caire. Les gens ont très peur maintenant, et ils sont inquiets ; personne ne sait ce que les prochains jours vont apporter." - Nicholas Kristof du New York Times  se trouvait place Tahrir : "les casseurs étaient munis de machettes, de rasoirs, de battes et de pierres. Ils chantaient les mêmes chants, scandaient les mêmes slogans et manifestaient la même hostilité envers les journalistes. Il apparaît clairement qu'il y a eu des consignes et un briefing. Dire qu'il s'agit d'effusions spontanées de supporters pro-Moubarak, simultanément au Caire et en Alexandrie, c'est grotesque." - Quant à Jack Shenker, il a interviewé l'une des figures marquantes de l'opposition, Mohammed El Baradei, qui dit qu'il n'a pas l'intention de négocier avec des "tueurs", qu'il n'y a "pas de retour en arrière" pour le mouvement pro-démocratique. Et : "après cette journée, les gens se rendent compte à qui ils ont affaire. À présent, ils ne disent plus seulement que le responsable doit quitter le pays, ils parlent aussi de le traduire en justice. S'il lui reste un iota de dignité, il devrait s'en aller. Moubarak a récolté un vote de défiance de l'ensemble du peuple égyptien" (in Guardian).

 

Scènes de violence au Caire plus tôt dans la journée (Al-Masry Al-Youm)

 
[22:30] La flambée de violence aurait fait un mort et plus de 600 blessés aujourd'hui, selon la TV d'État. - live En direct sur Al Jazeera, Nouraddin Adbulsamad, le ministre égyptien des Antiquités lance un appel à Moubarak qu'il exhorte à démissionner, l'accusant de vouloir "brûler l'Égypte toute entière".

[--:--] Les derniers chiffres données par Al Jazeera : 3 morts et plus de 1500 blessés au cours des affrontements de la journée ! (source : autorités égyptiennes)

 
  Fils d'actualité anglophones pour mercredi :  Al Jazeera, live blog - Guardian, live updates

 
Deux remarques et une question

1) Après le grand mouvement de solidarité populaire d'hier, les violences d'aujourd'hui sont faites pour générer la méfiance. On ne sait plus qui est qui, quand bien même il semble établi que les affrontements ont été initiés par les agents provocateurs de la sécurité égyptienne. Car, contrairement aux massacres de vendredi dernier, qui sont encore dans tous les esprits, ces agents empruntent le masque de "manifestants" qu'a priori, rien ne distingue des protestataires pacifiques. Le camarade chantant et rigolant avec vous peut se trouver tout à coup entouré de casseurs et de cogneurs, qui vous passent à tabac. Et, si cette situation est l'exception, sa simple possibilité peut troubler, voire obséder les esprits au point de ne plus accorder la même confiance au sympathique camarade que l'on vient tout juste de rencontrer place Tahrir. - Le président Moubarak joue ici sa dernière carte : il entend transformer les manifestations pacifiques en batailles de rue, en chaos, afin de pouvoir apparaître comme le grand "stabilisateur" de la nation égyptienne. Et les choses n'ont pas si mal commencé !

2) Dans un article publié aujourd'hui par le magazine Time, Abigail Hauslohner (qui se trouve au Caire) accuse l'armée d'avoir laissé passer des casseurs en route pour la place Tahrir, alors que les chars bloquaient des carrefours importants, créant des embouteillages monstres. Ce serait la preuve que l'armée a pris parti pour le régime.  Quelle conclusion simpliste ! À ce compte-là, il suffit de dire que le gouvernement est composé de généraux pour inférer que les militaires sont à la botte du régime. - Or, l'armée comprend un grand nombre d'unités, chacune composée d'êtres humains. La position de l'armée est claire depuis quelques jours : Les soldats sont là pour protéger le peuple égyptien, non pour lui tirer dessus. - Ceci étant, les généraux au pouvoir peuvent tout à fait donner l'ordre au commandant d'une unité de laisser passer des casseurs et de ne pas intervenir dans la bataille de rue qui s'ensuit. C'est peut-être ce qui s'est passé aujourd'hui. Peut-être. Mais cela ne permet pas pour autant de postuler que l'armée a changé de camp. Elle ne peut pas changer de camp parce qu'elle a affirmé sa neutralité. Elle n'est donc ni d'un côté ni de l'autre. Qu'elle peut et doit par ailleurs exécuter certains ordres venus d'en haut, cela relève de l'évidence la plus basique. Cependant, elle n'exécutera aucun ordre contraire à la position qu'elle a clairement exprimée depuis quelques jours, en paroles et en actes. Et ça, le régime le sait. Sinon, le coup de force redouté aurait déjà eu lieu. Le régime sait qu'il ne peut pas donner l'ordre à toutes les unités de laisser passer les forces de sécurité déguisés en manifestants  et de n'intervenir dans aucune des altercations consécutives. Mais peut-être une rumeur a-t-elle échappé à Mme Hauslohner : Il paraît qu'il y aurait des dissensions au sein de l'armée. -  Et si cette journée démontre quelque chose, c'est bien cela !

3) Pourquoi le gouvernement a-t-il remis en ligne l'Égypte ? C'est une question qui me taraude. Je sais que je ne trouverai pas de réponse ce soir. Mais quand même ! Pourquoi justement aujourd'hui?  - Bien sûr, ça revalorise l'image du régime, qui restitue un semblant d'expression libre aux citoyens. - Mais, si le pouvoir veut apparaître sous un jour favorable, pourquoi ses agents provocateurs vont-ils au même moment casser des manifestations pacifiques ? - Il est vrai qu'Internet est une prodigieuse source d'information. Mais c'est une tout aussi prodigieuse source de désinformation. - Peut-être le régime se berçait-il dans l'illusion que sa mise en scène ne serait pas découverte, et que le monde entier assisterait, via YouTube, Facebook et Twitter, au "chaos" qui règne dans le pays. Et que le monde entier comprendrait que seul un homme fort - entendez : Hosni Moubarak - est capable de rétablir l'ordre - Si c'était ça, on peut dire c'est raté ! - Car en ce moment  même, le monde en ligne, que les voix égyptiennes viennent de réintégrer, ne demande plus qu'une chose : Step down, Mister Mubarak ! (**)

 
Jeudi 3 février 2011

 
image : al jazeera

[13:00](*) Dernières nouvelles d'Égypte : Depuis l'aube, les affrontements entre pro-gouvernementaux et protestataires ont repris. Sur la place Tahrir, des barricades ont été dressés par les occupants  hostiles au régime en prévision de nouvelles actions de provocation. - Des coups de feu se font entendre au Caire, où la situation est extrêmement tendue. - Une nouvelle surprenante rapportée par AP : le Premier ministre égyptien, Ahmed Shariq, aurait présenté des excuses pour les violences d'hier contre les manifestations pacifiques. - Sept morts sont à présent recensés pour la journée de mercredi. Voici ce qu'il a dit : "Je présente mes excuses pour tout ce qui s'est passé hier parce que c'est ni logique ni rationnel. On enquêtera sur tout ce qui s'est passé hier pour que tout le monde connaisse les responsables de ces incidents." [11:30]

 
On signale de nouvelles scènes de protestation au Yémen. En réaction aux manifestations dans le pays, le président yéménite avait déjà annoncé qu'il ne se représenterait pas en 2013.

[13:45] D'après le fil d'actualité d'Al Jazeera, l'armée a chassé les manifestants pro-Moubarak de la plate-forme surplombant les barricades des protestataires qui occupent la place Tahrir.

[14:00] La nouvelle mobilisation massive programmée pour demain, vendredi, est baptisée "Jour du départ" [de Moubarak].

[14:45] Sur le fil d'actualité du Guardian,  Jack Shenker écrit du Caire : "Les rues clefs et les points d'accès  [au centre] continuent de changer de main. Il y a également des appels urgents pour du matériel médical, des couvertures et des dons de sang." Le blog du journal britannique rapporte également des bruits d'un coup de force policier en ville, qui s'amplifient sur Twitter (#egypt).

[15:00] Al Jazeera rapporte des coups de feu sur la place Tahrir et le pont Kasr Al Nil qui mène au centre-ville. - Des checkpoints sont établis pour contrôler les gens.

 
Le blog du Guardian publie cette vidéo des affrontements :

 
 

 
 [15:00] Les forces de sécurité ordonnent à tous les journalistes et reporters aux abords de la place Tahir et dans les hôtels qui la surplombent de quitter le secteur sur-le-champ.

 
[15:20] Al Jazeera rediffuse la conférence de presse du Premier ministre Shariq sur la TV d'État - Il parle des violences : "Nous avons assisté à une nuit très sanglante... Je promets que ces événements feront l'objet d'investigations... Toute personne ou organisation responsables de cet incident seront poursuivies... Je présente mes excuses pour ces événements [regrettables] dont je ne suis pas responsable... Nous nous excusons pour cet incident. Nous ne l'avons pas organisé... Nous devons engager le dialogue, négocier... Nous sommes une famille... [Réponses aux questions des journalistes :] Nous admettons qu'il y a une conspiration... Elle a réussi à nous diviser... -  [Économie ?] Tous les biens de consommation sont disponibles... -  Les banques vont rouvrir dimanche... -  Le canal de Suez n'est pas menacé... [Remarques en vrac :] :Je ferai le nécessaire pour éviter toute nouvelle fiction [entre manifestants]... Il y a un droit à la libre expression. [récemment décrété]... - Moi même, j'ai été surpris de voir des chevaux et des chameaux [qui ont été utilisés pour des actions violentes contre les protestataires]... - Ni les Frères Musulmans ni personne ne sera exclu du dialogue [que nous avons allons engager avec les partis d'opposition]... "

[17:00] Début du couvre-feu, toujours en vigueur. - Déclaration d'Omar Suleiman, vice président égyptien :  "On va relâcher les détenues qui n'ont commis aucune violence". Et : "toute la Constitution va être changée". - Les altercations continuent au Caire. - Des bombes incendiaires sont lancées, on ne sait plus "qui est qui" (Al Jazeera).

[18:30] Un entretien avec Omar Suleiman est diffusé sur la chaîne qatarie. Le vice-président annonce que les élections auront lieu en août ou en septembre. Les amendements de la Constitution prendront 70 jours. -  Le journaliste demande pourquoi l'armée n'intervient pas. Réponse : "L'armée protège la patrie... Son nouveau rôle est de faire respecter le couvre-feu et de protéger la population des casseurs... Nous n'avons pas anticipé les affrontements... À présent, l'armée sépare les deux camps..."

On note l'apparition répétée des leaders du gouvernement à la TV d'État pour approuver les manifestations pacifiques, dont les revendications sont "légitimes", et fustiger les fauteurs de trouble qui, selon Omar Suleiman, pourraient être dues à des "infiltrations" [locales et étrangères] des forces de sécurité.

 
Militaires s'interposant dans un combat de rue (sur Al Jazeera cet après-midi)

 
[19:00] Reuters annonce que les violences de ce jour auraient fait 10 morts selon des médecins des centres d'urgence. (in Spiegel)

[21:00] Sur Al Jazeera, on parle des harcèlements dont les journalistes font actuellement l'objet. Le Spiegel rapporte qu'ils sont battus, poursuivis, arrêtés. CNN avance que le ministère de l'Intérieur pourrait participer  à la mise en quarantaine des reporters (source anonyme au ministère US des Affaires étrangères).

[21:15] Les choses semblent s'être un peu calmées place Tahrir selon Al Jazeera, qui rapporte cependant que deux de ses correspondants ont été attaqués au Caire par un gang de casseurs.

En Syrie des manifestations de protestation contre le régime de Bashir El-Assad sont programmées pour demain, vendredi 4-02 (in Guardian).

[21:30] Plus tôt dans la journée, trois journalistes d'Al Jazeera avaient été arrêtés : ils viennent d'être relâches.

[21:45] Le Guardian et Al Jazeera citent une interview du président Moubarak sur la chaîne américaine ABC ce soir. Les images ne sont pas encore diffusées. Selon la présentatrice de la chaîne qatarie, il aurait dit qu'il "en avait marre" après "62 ans dans le service public" et "voudrait quitter ses fonctions dès maintenant", mais qu'il ne le peut pas à cause du "chaos dans lequel le pays sombrerait". Il a lui aussi souligné que son gouvernement n'est pas responsable des violences, qui l'inquiètent et qu'il impute aux Frères Musulmans  (source :  l'intervieweuse d'ABC, Christine Amanpour, in Guardian).

[22:00] Plusieurs milliers de protestataires sont encore rassemblés place Tahrir (Al Jazeera).

 
  Fils d'actualité de jeudi :
Le Monde Al Jazeera, live blog - Guardian, live updates  - Der Spiegel, Liveticker

  Place Tahrir, jeudi soir (image : al jazeera)

 
Vendredi 4 février 2011

 
[11:00](*) Des dizaines de milliers de protestataires sont déjà signalés place Tahrir en ce "Jour du Départ". À l'instant Tariq Ramadan et Slavoj Zizek se sont exprimés sur Al Jazeera. Le premier a défendu l'expression démocratique des citoyens contre la soi-disant alternative dictature vs. islamisme, l'autre a dit que la lutte contre la tyrannie était universelle, qu'il n'y a pas de "choc des civilisations" sur ce plan-là et que le discours multiculturaliste du "je respecte votre civilisation" n'a pas lieu d'être dans ce combat pour la liberté.

Selon le New York Times, l'administration US serait en discussion avec des responsables égyptiens pour une démission immédiate du président Moubarak et la formation d'un gouvernement de transition conduit par le nouveau vice-président Omar Suleiman. - Bien sûr, la Maison Blanche.n'a pas confirmé l'information.

Le Spiegel rapporte quelques événements de la matinée : La présence policière aurait été renforcée en vue de cette nouvelle journée de mobilisation massive. - Les Frères Musulmans se prépareraient a une participation active à la journée de protestation avec des camions munis de haut-parleurs et des militants dans les mosquées pour convaincre les gens de participer aux manifestations. - Des unités spéciales de la sécurité protègent les accès à la place Tahrir sans cependant empêcher les manifestants de passer.

[12:15] Al Jazeera diffuse une déclaration d'Omar Suleiman : "Nous allons demander aux manifestants de rentrer chez eux, mais nous n'allons pas les y contraindre." À l'image, la place Tahrir est noire de monde... Par ailleurs, les gens sont inquiets, comme le dit une correspondante au téléphone : Les violences des jours précédents et de vendredi dernier ne sont pas faits pour les rassurer. Il y a également le problème économique généré par les événements : beaucoup de gens vivent en-dessous du "seuil de pauvreté", les salaires ne sont plus versées...

[12:30] Début des prières du vendredi.

[14:00] Les gens continuent de se diriger par milliers vers la place Tharir, au centre du Caire, où Amr Moussa, le chef de la Ligue Arabe, a rejoint la manifestation. L'opposant Mohamed El Baradei serait également en route. - La correspondante d'Al Jazeera en ville signale que les supporters de Moubarak ne se sont pas montrés au centre (3.000 manifestent dans le quartier de Mohandiseen à Gizeh, en grande banlieue du Caire) et que l'armée a pris des mesures pour sécuriser la manifestation (checkpoints, fouilles). - Un autre correspondant affirme que les combats de rue de la veille ont à nouveau fait place à l'atmosphère pacifique et "festive" qui avait caractérisé les manifestations massives de mardi dernier.

[14:15] Selon le Guardian, des centaines de milliers de manifestants anti-Moubarak sont maintenant rassemblés place Tahrir.

Dans son point sur la situation économique du pays, le Spiegel cite un rapport du Crédit Agricole, paru vendredi, qui chiffre les pertes de l'Égypte à environ 230 millions d'euros [310 millions  de dollars] par jour et qui réévalue le pronostic de croissance à 3,7 % pour l'année en cours (contre 5,3% précédemment). Des dizaines de milliers de touristes sont partis précipitamment, et beaucoup n'effectuent pas la visite qu'ils ont prévue. Dans certains quartiers du Caire, les prix alimentaires ont fortement augmenté.

 [15:00] Al Jazeera signale que 100.000 protestataires sont rassemblés à Damanhour (à environ 150 km au Nord-Ouest du Caire) pour réclamer le départ de Moubarak.

[15:15] Un grand nombre de manifestants anti-Moubarak sont également signalés en Alexandrie, qui compte plus de quatre millions d'habitants. Voici une photo prise aujourd'hui par un correspondant d'Al Jazeera sur place :

 
[15:20] Quelque 200 loyalistes pro-Mubarak sont signalés sur le pont du 6 Octobre non loin de la place Tharir (Al Jazeera).

[15:30] Al Jazeera rapporte que son bureau cairote, qui avait été fermé par les autorités égyptiennes, vient d'être dévasté et incendié par des "bandes de casseurs". Selon la déclaration de la chaîne d'information, "c'est la dernière tentative en date du régime égyptien ou de ses supporters d'empêcher Al Jazeera de couvrir les événements qui ont lieu dans le pays." Cette action prolonge les sévices contre les journalistes locaux et étrangers rapportés la veille.

[15:45] Des échauffourées sont signalés place Talaat Harb au Caire : @evanchill (un producteur d'Al Jazeera) écrit que le chaos règne sur place, mais que les barricades ne sont pas attaquées, les combats se déroulent dans la rue. Selon la BBC et Al Arabiya, 2000 supporters de Moubarak se trouveraient sur place.

[16:15] Sur Al Jazeera, une correspondante signale que les unités de l'armée sont visités par des gradés en limousine pour se tenir au courant de la situation [et peut-être donner les dernières consignes aux soldats]. - Une centaine de supporters de Moubarak sont refoulés par les militaires d'un pont menant place Tahrir [c'était peut-être ça, la consigne ?].

[16:20] Le Spiegel rapporte que  le ministre égyptien de la Santé va se rendre place Tahrir pour assurer une médiation (source : TV d'État). Plus tôt dans la journée, son collègue de la Défense s'y était déjà rendu pour parler aux manifestants.

Ce vendredi, les chefs d'État européens et le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, ont sévèrement condamné les violences d'hier et les attaques contre les médias.

[16:50] Sans plus de précision, Al Jazeera annonce que l'armée intervient pour séparer des manifestants qui s'affrontent, tandis que les hélicoptères militaires patrouillent dans le ciel du Caire.

[17:00] Au début du couvre-feu, les manifestations massives au centre du Caire ne semblent pas près de se dissoudre.

Le chef de l'État italien, Silvio Berlusconi déclare que Hosni Moubarak est un "homme sage" et souhaite la "continuité" du gouvernement égyptien. Ces propos contrastent avec la déclaration, commune, de l'UE au sommet de Bruxelles qui se tient actuellement : "Le Conseil européen suit avec la plus grande préoccupation la détérioration de la situation en Égypte" [cette déclaration est bien décalée et bien tardive !] "Toutes les parties doivent faire preuve de retenue, éviter de nouvelles violences et entamer une transition ordonnée vers un gouvernement élargi. Le Conseil européen a souligné que ce processus de transition devait commencer maintenant". (in Le Monde)

[17:10] Le Guardian écrit : "En dépit de la pression internationale, il semble que Hosni Moubarak est déterminé à maintenir son plan de rester au pouvoir jusqu'aux élections de septembre. Hola Gorani de CNN a interviewé le ministre égyptien des Finances, Ahmed Abdul Gheit, qui lui a dit que "des forces extérieures ne peuvent pas dicter la transition du pouvoir" et que Moubarak resterait en fonctions pour l'instant. Abdul Gheit a répété l'affirmation de Moubarak selon laquelle il allait "mourir sur le sol égyptien" – ce qui a été interprété comme une allusion au président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, qui a fui le pays après avoir été renversé."

Titre d'Al Jazeera : "Des millions de personnes  participent aux manifestations de protestation à travers l'Égypte."-

[17:35] Image des prières du soir, place Tahrir. Réverbères allumés. La nuit tombe progressivement sur l'Égypte.

[18:00] Le journal égyptien Al Masry Al Youm (listé dans la colonne de droite), qui recommence à publier à un rythme normal, rapporte que les forces de sécurité ont fait irruption dans les bureaux qui gèrent le site Internet des Frères Musulmans et arrêté 12 journalistes travaillant sur place.

[18:45] Les informations pertinentes se font plus rares. On épilogue sur la position de l'UE et des USA (le président Obama doit intervenir à 21:00, heure française). Et l'on assiste au flux incessant des commentaires qui se perdent en conjectures... Al Jazeera rediffuse la déclaration de Mohamed El Baradei, qui demande au président de "s'en aller dans la dignité" et aux autres de ne lui faire subir "aucune "humiliation". - Avec son plan fixe, la chaîne qatarie continue de se focaliser sur la place Tahrir. Un titre annonce que "des centaines de milliers de protestataires´" peuplent toujours les rues du Caire. 

[19:00] Le journaliste et blogueur égyptien tweete qu'il a été arrêté par l'armée (@waelabbas). - Al Jazeera parle d'une journée pacifique, même si quelques "escarmouches" ont eu lieu.

 
Un petit rappel et une réflexion

La première guerre du Golfe début 1991 a contribué à l'émergence de la chaîne d'information américaine CNN, qui avait diffusé en continu des comptes-rendus et commentaires sur les opérations militaires au Koweït et en Irak. Puis, en avril 2003, CNN avait transformé l'invasion américaine de l'Irak en gigantesque "reality show" avec des équipes de tournage embarqués ("embedded") sur les convois militaires qui filmaient "en direct" la progression de l'armée "anglo-américaine". La chaîne d'information Al Jazeera, basée à Doha (Qatar), avait "fait ses armes" durant cette même période. La propagande américaine l'avait alors implicitement cataloguée comme un organe "ennemi" avec, pour résultat, son exclusion des réseaux câblés aux États-Unis, qui sera sans doute révoquée prochainement. Les événements égyptiens ont montré un tout autre visage de la chaîne qatarie : elle est devenue la principale source d'information des médias occidentaux (et bien sûr de ce blog). On remarque l'absence de publicité (si l'on excepte l'office du tourisme et la compagnie aérienne du pays) et le sigle "Creative Commons" !

On peut cependant signaler une ambiguïté : D'un côté, la "couverture" en continu du soulèvement égyptien par Al Jazeera a été d'une grande utilité aux protestataires, leur permettant de s'organiser et d'être entendus dans le monde entier. De l'autre, cette révolution populaire se voit à nouveau transformée en "spectacle de télé-réalité" : on ne peut certes pas en tenir rigueur à la chaîne qatarie, car c'est l'évolution du médium télévision lui-même, fortement concurrencé par l'Internet rapide, qui semble convertir toute "réalité" en spectacle. Or, ce qui caractérise la plupart de ces shows, c'est qu'il ne se passe pas grand-chose : on attend l'issue de l'événement, et les commentaires, divers et variés, viennent remplir ce vide. Les images elles-mêmes n'apportent que peu d'informations : quelques photos suffiraient. Bien sûr, il y a eu l'épisode, hautement "spectaculaire", des Tours jumelles de Manhattan en 2001. Les caméras avaient raté le premier avion, mais le plan fixe sur les Twin Towers qui, aussitôt, a été diffusé en "live", a pu capter l'impact du second. Une "mise en scène" savamment orchestrée par les terroristes. Enfin, et ce n'était pas vraiment prévu non plus, les gratte-ciels se sont effondrés à tour de rôle. Un peu cyniquement, on peut dire que spectacle était "sensationnel" ! - Al Jazeera, dont le bureau cairote est fermé et dont les correspondants ont été privés de matériel, se contente depuis quelques jours de retransmettre un plan fixe de la place Tahrir. Il ne s'y passe pas grand-chose. Parfois il y a moins de monde, parfois beaucoup plus. La plupart du temps la scène est paisible, quelquefois on se bagarre. Mais cette image, si je peux me permettre cette comparaison, fait office de mire améliorée. On sait bien que les choses se passent ailleurs. Là où aucune caméra ne pénètre jamais. Dans le réel de la réalité : celui que l'on ne peut ni voir ni montrer jamais !


 
[21:30] Le Guardian résume la conférence de presse de Robert Gibbs,  qui vient de se terminer à Washington : "Il dit que les gens qui protestent en Égypte "ne vont nulle part" sans Moubarak et que son gouvernment effectue "des pas concrets vers des élections équitables et libres". Il a rejeté des tentatives de lui en faire dire un peu plus sur la nature de ces "pas concrets" [l'expression "concrete steps" revient souvent chez lui]". Et le journal britannique cite ces propos de l'attaché de presse du gouvernement US : "Le monde entier regarde l'action de tous ceux d'Égypte, et ils en disent long sur le sérieux avec lequel le gouvernement recherche une transition en règle. - Le gouvernement d'Égypte doit entreprendre, à travers la négociation avec le spectre large de ceux qui ne sont pas actuellement au gouvernement, une négociation directe qui nous mène vers des élections équitables et libres. Il est certain que, faute de ces pas concrets... nous allons tout simplement voir d'autres... émeutes." (je souligne : entreprendre une négociation à travers la négociation ! dans le texte : The government of Egypt must undertake through negotiation with a broad base of those not currently in the government, direct negotiation that guides us towards a fair and free election. Pas de doute : dixit !).

[22.20] Selon le correspondant d'Al Jazeera, Alexandrie a connu ses plus grandes manifestations depuis le début du soulèvement (25 janvier 2011), des centaines de milliers de protestataires. Et c'est le rassemblement le plus pacifique, ajoute-t-il.


Le président Obama vient de prendre la parole à l'issue d'un sommet USA-Canada. Il répète en ses propres termes les déclarations de Robert Gibbs : "Il doit y avoir un processus de transition qui commence maintenant. Il faut qu'il respecte les droits universels des Égyptiens". Et M. Obama vante une nouvelle fois la "grande et ancienne civilisation" d'Égypte dont le peuple doit construire le "futur qu'il mérite". Mais il commence par dire son refus catégorique de tout règlement violent du conflit. Et il a cette formule heureuse : Cette crise  en Égypte "ne se résoudra ni par la répression ni par la suppression" [de l'opposition] ! - Voici encore un extrait publié par le Guardian : "Les attaques sur les reporters sont inacceptables, les attaques sur les activistes des droits de l'Homme sont inacceptables, les attaques sur les protestataires pacifiques sont inacceptables."

Lors de la séance de questions, Barack Obama répond sur l'Égypte en évoquant son entretien téléphonique avec Hosni Moubarak qui est un homme "fier" et "patriote". Et d'ajouter cette réflexion bien diplomatique, où il dit en substance que l'homme est au pouvoir depuis très longtemps et que le fait de ne pas se représenter  aux élections, qui auront lieu dans peu temps, constitue déjà une avancée importante. Le Guardian rapporte la conclusion de la réflexion :  "Je lui ai suggéré qu'il doit écouter ceux qui sont autour de lui dans son gouvernement, qu'il doit écouter le peuple égyptien et prendre sa décision pour un avenir dans les règles [formes], qui ait du sens et qui soit sérieux." (je souligne : le peuple demande sa démission !)

J'ajoute ceci à ma petite réflexion sur le "spectacle de la réalité" : Je ne m'exclus pas ! Moi aussi, je fais partie à mon (très) modeste niveau de cette machine de "transformation médiatique". Je suis sûr qu'un certain nombre de "médiatiques" réfléchissent également sur leur propre instrumentalisation par la "machinerie informative", forcés qu'ils sont de privilégier le "sensationnel", le "spectaculaire" aux dépens de cette partie de la réalité qui restera dans l'ombre aussi longtemps que les projecteurs restent braqués sur la scène.

[00:00] Minuit en Égypte. Vu l'heure (17:00 à New York, 14:00 à Los Angeles), ce sont surtout les médiatiques américains qui s'activent en commentant l'intervention du président Obama (à 15:00, heure de Washington). - Dans la ville d'Alexandrie, les manifestants continuent d'entonner des chants et des slogans. Le correspondant d'Al Jazeera ne rapporte aucune violence. Sur la place Tahrir, il y a également beaucoup de gens. Quelques heurts sont signalés avec des pro-gouvernementaux qui tentent de s'infiltrer. Mais on chante aussi :

 

 
Légende : Amid chante pour le départ immédiat de Moubarak, les manifestants - entraînés par un guitariste hors champ - reprennent en chœur la chanson en ce "Jour du Départ". - Et un commentateur traduit les paroles :  Faisons [en sorte] que Moubarak entende nos voix. Nous tous,  une seule main [voix], ne demandons qu'une chose : pars pars pars... À bas, à bas, Hosny Moubarak, à bas, à bas, Hosny Moubarak... Le peuple veut défaire le régime... Il doit partir, nous resterons... Il doit partir, nous ne partons pas... Nous tous, une seule main [voix], ne demandons qu'une chose : pars pars ... (vidéo reprise par Al Jazeera avec cet avertissement : AJ ne peut vérifier l'authenticité d'aucune vidéo sur YouTube. - Moi non plus !).

 
~ Step down, Mister Moubarak ! - Fin de l'épisode ~
 

Le point sur l'Égypte (5, 6, 7, 8 février)




Un montage pour le moins dramatique des événements récents en Égypte

 
 Samedi 5 février 2011

Contrairement à ce que j'ai pu penser en début de matinée, les grands journaux continuent de publier des fils d'actualité sur la situation égyptienne. Voici ceux que j'ai pris l'habitude de suivre : le live blog d'Al Jazeera, celui du Guardian et le newsticker du Spiegel.

La presse internationale continue également de titrer sur l'Égypte. - Le Monde : La pression internationale sur le pouvoir égyptien s'accentue - The Guardian : Les protestations réclament le départ de Moubarak - Der Spiegel : El Baradei mise sur des négociations avec l'armée - The New York Times : Les responsables égyptiens cherchent à se débarrasser de Moubarak en douceur - El Pais : Hillary Clinton signale le risque d'une "tempête parfaite" dans le monde arabe ...

L'information de la matinée concerne l'explosion d'un gazoduc dans le Nord du Sinaï (près d'El-Arish). [09:30](*) Selon la TV d'État citée par Al Jazeera : "Des saboteurs ont profité de la situation sécuritaire pour faire sauter le gazoduc".- On continue de spéculer sur les auteurs de l'attentat. - Selon Reuters, il s'agit du conduit desservant la Jordanie, et non de celui qui approvisionne Israël, comme on l'avait cru auparavant.

Peu de nouvelles filtrent dans l'après-midi. En principe, le couvre-feu ne commence qu'à 19:00 pour durer jusqu'à 06:00 demain matin. Al Jazeera signale quelques milliers de manifestants à la mosquée Qa'I'd Ibrahim, au centre d'Alexandrie, tandis que l'armée semble vouloir inciter les protestataires toujours réunis place Tharir au Caire de rentrer chez eux. Quelques heurts à 500 mètres de là. La situation au Musée National est décrite comme ceci par un correspondant de la chaîne qatarie : "Une altercation à la principale barricade protestataire au Musée Égyptien. Des soldats se rassemblent près de la barricade, et quelques protestataires sautent [...] De plus, il y a maintenant une colonne de soldats sur le square lui-même, séparant l'intérieur [du bâtiment] des protestataires sur la barricade du musée." [13:00] - Jour pluvieux au Caire ...

 
Quelques observations

Demain dimanche, la semaine de travail recommence en Égypte. Vu le peu d'informations relayées par les médias occidentaux, qui se focalisent sur les réactions internationales, les tractations secrètes avec le gouvernement égyptien et les attaques sur les journalistes dans le pays, je  crains qu'une certaine forme de black-out ne menace après la surexposition médiatique dont le soulèvement égyptien a fait l'objet la semaine dernière. Les gens - les "consommateurs" des médias - risquent de "se lasser" ! Comme je l'ai déjà remarqué, on veut du "spectaculaire", du "sensationnel". Et nous - consommateurs occidentaux - avons été "servis". En Tunisie d'abord, en Égypte ensuite. Maintenant, nous - comme les Tunisiens et les Égyptiens - retournons à nos soucis quotidiens : c'est le réel de la réalité, qui n'a rien de spectaculaire, rien de sensationnel. - La pauvreté est également présente dans les pays occidentaux. De plus en plus. Le black-out frappe également notre misère, comme la pauvreté vient de passer quasiment inaperçue en Égypte. Bien sûr, nous avons soulevé des problèmes économiques : le canal de Suez, les pipelines, le tourisme ! Et nous aimons à dire que le soulèvement égyptien n'a rien d'une émeute de la misère, qu'elle a de plus nobles aspirations : la liberté et la démocratie ! C'est sans doute vrai : les gens aspirent à la dignité, ils en ont assez de se faire arrêter, taper dessus, torturer, bâillonner. Ils en ont assez de la peur. Et il en faut, du courage, pour surmonter la peur qu'inspirent les régimes autoritaires comme ceux de Moubarak ou de Ben Ali, avec leurs forces de sécurité et leurs cachots. Trente ans de black-out sur les souffrances de ces peuples, tandis que nous - touristes occidentaux - goûtions aux charmes de l'île de Djerba et des Pyramides. À présent, nos feux de l'actualité sont braqués sur les formidables mobilisations populaires après une si longue période de dictature et de silence. - Mais pour combien de temps encore ?

Décidément l'Histoire est imprévisible : personne n'a vu venir ces révolutions, comme personne n'a prédit la percée du Rideau de Fer le soir du 9 novembre 1989 à Berlin. Les commentateurs appellent d'ailleurs les événements présents le "moment de chute du Mur" du monde arabe. - Les révolutions aussi ont quelque chose d'imprévisible : nul ne saurait en prévoir, à coup sûr, l'issue. - La révolution d'Octobre a sombré dans le système dictatorial de Staline. La Révolution Française s'est terminée par l'avènement de Napoléon,  l'Empire, puis la Restauration et une nouvelle infusion impériale. Avec deux brefs soubresauts de la République en 1830 et 48. Seules, la défaite contre la Prusse (1871) et la révolte de la Commune de Paris ont pu avoir raison de la "réaction", 82 ans plus tard ! 82 ans ! L'âge d'un homme.

L'issue de ce que certains appellent la "crise" dans le monde arabe ne se fera surement pas attendre aussi longtemps. L'incertitude concerne davantage le système politique que ces soulèvements populaires vont engendrer. On parle de la menace islamiste. L'islamisme s'est manifesté dans le vide produit par les dictatures avec le musèlement de l'opinion et la persécution des opposants, qui ont appauvri la vie publique à l'extrême. L'islamisme propose une vie publique respectueuse des règles coraniques qui, observées à la lettre, sanctionnent la répression de tout "déviationnisme" [les fameux "mécréants" ou "infidèles"]. Mais, aujourd'hui, Tunisiens et Égyptiens ont reconquis l'espace public. Et l'exemple de la Turquie montre bien que l'idée démocratique est tout à fait réalisable en terre d'Islam. La tentation d'un État religieux, néanmoins, existe. - L'autre issue fatale est le retour de l'autocratie laïque. Une victoire de la "réaction", aussi provisoire soit-elle. Où la démocratie ne serait que de façade, et où  une certaine diversité de l'opinion publique serait tolérée pour la forme, comme en Algérie par exemple.

En effet, on ne saurait prédire avec certitude l'évolution de la situation présente. Y aura-t-il un embrasement général de la région ? Les peuples algériens et marocains vont-ils bouger ? Ceux de Libye, de Jordanie, de Syrie ? - Oui, l'Histoire est imprévisible. - Mais il faut dire et répéter que la démocratie n'est pas la propriété privée des pays d'Occident. Car elle a pour principe la promotion et le respect des droits universels dont chaque être humain devrait pouvoir bénéficier sur cette terre. Et elle permet aux citoyens d'exprimer librement leur pensée, d'être des "libres-penseurs". Tout citoyen d'un pays démocratique a certes le droit de manifester sa foi religieuse, mais il n'en a pas l'obligation. Il y a certes une religion majoritaire, mais elle ne doit pas envahir l'espace public ni régenter la politique, la justice et l'éducation. Ces principes démocratiques, et quelques autres comme des élections libres et équitables, sont universels. Ils n'ont pas besoin d'être "adaptés". Nés à Athènes voici 2500 ans, ils ont été progressivement mis en forme par les divers mouvements révolutionnaires autour de l'an 1800. Et ils sont maintenant libres de droits : Creative Commons !

Voici d'autres points de vue sur la situation avec l'interview parallèle de Tariq Ramadan et Slavoj Žižek diffusée hier matin, 4-02-11, par Al Jazeera, que j'ai déjà évoquée.  - Les deux intellectuels s'expriment en anglais.

 

 
 Quelques nouvelles

 Ce soir, Al Jazeera montre à nouveau son plan fixe de la place Tahrir au Caire. Malgré le couvre-feu et la nuit, on aperçoit un certain nombre de manifestants et de banderoles. - Au téléphone, un correspondant d'Alexandrie parle d'une dizaine de milliers de protestataires réunis en ville. Il rappelle que la journée d'hier a probablement vu la plus grande manifestation de l'histoire d'Alexandrie, avec la présence d'un million de personnes ou plus dans les rues.

Peu d'informations également à 22:00 (*). Les membres du comité exécutif du PND, le parti du régime, ont démissionné, dont Gamal Moubarak, le fils du président, ce qui est considéré comme une avancée par les observateurs. - Place Tahrir, on veut organiser une nouvelle journée de protestation demain, appelée "Jour des Martyrs". Les coptes ont quant à eux annoncé que leur messe dominicale aurait lieu sur cette même place de la Libération. - La grande inconnue reste l'attitude du président en exercice depuis trente ans qui, s'il déclare éprouver de la lassitude dans l'exercice de ses fonctions, cherche toujours une sortie honorable que le peuple semble vouloir lui refuser.

 
 Dimanche 6 février 2011

   Place Tahrir, ce dimanche matin (image : al jazeera)

La nouvelle de la matinée annoncée sur Al Jazeera concerne les Frères Musulmans qui ont finalement accepté de rencontrer le vice-président Omar Suleiman dans le cadre des concertations prévues avec les partis d'opposition. L'autre information importante, c'est la réouverture des banques officiellement fixée à 10:00 (*) ce matin. - Voici les liens sur les fils d'actualité du jour : [Al Jazeera] [Guardian] [Spiegel]

Les titres de la  presse internationale se ressemblent. Der Spiegel : Le Frères Musulmans veulent négocier avec le régime - The Guardian : Le pouvoir de Moubarak s'estompe à mesure que les États-Unis soutiennent son remplaçant [le VP Suleiman] - El Pais : Les Frères Musulmans se joignent aux concertations pour la transition en Égypte - Le Monde : Les Frères musulmans acceptent de négocier avec le pouvoir ...

A midi, Al Jazeera rapporte des files d'attente aux guichets des banques, qui ouvrent pendant trois heures et demie aujourd'hui, après une semaine de fermeture. - Les coptes ont rejoint les manifestants place Tahrir : des prières en mémoire des victimes des violences seront conduites en alternance par les musulmans et les chrétiens en ce "Jour des Martyrs".

Toujours aussi peu d'informations ce soir, comparées à l'avalanche de ces derniers jours. Al Jazeera montre par intermittence son plan fixe habituel de la place centrale du Caire, où l'on aperçoit encore "des milliers de personnes" avec des banderoles. Selon la chaîne qatarie, des centaines de milliers de manifestants auraient défilé aujourd'hui dans la capitale, mais de grands rassemblements auraient également eu lieu dans d'autres villes comme Suez, Alexandrie et Muhalla. - Selon une déclaration à CNN du Premier ministre, Ahmed Shafiq, le président Moubarak resterait en place "jusqu'à fin septembre" [2011]. Et, selon l'AFP, le vice-président Omar Suleiman a rejeté des appels à prendre les fonctions de chef d'État. Ce dernier a également rencontré les partis d'opposition aujourd'hui. Comme l'écrit le Guardian, certaines concessions auraient été faites, dont la "libéralisation" des médias et la libération de prisonniers politiques. Le bureau du vice-président annonce que la transition du pouvoir se fera "dans le cadre constitutionnel". Cette rencontre a cependant été critiquée par deux leaders oppositionnels, Ayman Nour du mouvement El-Ghad ("Demain") et Mohamed El Baradei, qui déclare : "Le processus est opaque. À ce stade, personne ne sait qui parle avec qui. C'est géré par le vice-président Suleiman. Tout est géré par les militaires, et cela fait partie du problème. Je n'ai pas été invité à prendre part à ces négociations ou ce dialogue, mais j'ai suivi ce qui se passe. Si vous voulez vraiment bâtir la confiance, il faut inclure le reste du peuple égyptien - les civils." - Dans une interview accordée ce dimanche à  CNN, M. El Baradei parle en outre d'une période de transition d'un an avec un "gouvernement transitionnel d'unité nationale", qui serait nécessaire pour garantir des élections équitables et libres. Permettre au régime actuel de superviser des élections au cours des prochains mois, cela conduirait à une "fausse démocratie". La transition vers la démocratie ne serait pas possible avec les "instruments du régime dictatorial" (la constitution et le parlement actuels) (in Spiegel). 
 

 Lundi 7 février 2011

Fils d'actualité  [Al Jazeera] [Guardian]

  image : al jazeera


 
Quatorzième jour de protestations en Égypte. Le gouvernement annonce 11 morts depuis le début du soulèvement, le 25 janvier, les organisations internationales en comptent plus de 300 ! - Un autre chiffre concerne la fortune des Moubarak, qui s'élèverait à 70 milliards de dollars, amassés au cours de trente ans de "règne". C'est donc moins un sentiment patriotique qu'un calcul économique qui semble animer le président dans sa recherche d'une "sortie honorable", étant donnée la confiscation des avoirs de son collègue tunisien Ben Ali. - Dans le même registre, il est question de la mainmise sur l'économie égyptienne opérée par les hommes du parti au pouvoir (PND), dont certains membres dirigeants - aujourd'hui démissionnaires - sont également des chefs d'entreprise influents qui auraient constitué des cartels. Et le quotidien égyptien Al-Masry al-Youm (listé dans la colonne de droite) mentionne cinq autres milliardaires du régime : Ahmed Ezz, l'ex-secrétaire du PND, et les ex-ministres Ahmed al-Maghraby (Logement), Zuhair Garrana (Tourisme), Rashid Mohamed Rashid (Commerce et Industrie), Habib al-Adly (Intérieur). Le journal ne mentionne pas la fortune personnelle de Gamal Moubarak, également démissionnaire du PND.

Pour la plupart des mouvements d'opposition, dont les Frères Musulmans (à en croire une déclaration de ce matin), le départ du président Moubarak reste la condition sine qua non pour toute négociation avec le pouvoir. - Pendant ce temps, l'armée cherche à restreindre l'espace des manifestants qui campent toujours sur la place Tahrir, tandis que les affaires reprennent au Caire avec l'ouverture des banques et des commerces : business as usual !

Les protestataires savent bien que si les choses en restent là, ils n'auront pas obtenu grand-chose. Le régime n'a pas fondamentalement changé et les "forces de l'ordre", auteurs de terribles exactions, dont les commandants n'ont été ni limogés ni même appelés à rendre des comptes pour leurs agissements face à la population, restent l'un des piliers du pouvoir en place.  Par ailleurs, le travail des journalistes étrangers devient de plus en plus difficile dans les circonstances actuelles, le flux d'informations en provenance d'Égypte commence à tarir, et le public occidental va finir par se désintéresser de la situation, à mesure que la propagande et la désinformation augmentent, comme on peut le craindre. Dès lors, un redoutable black-out médiatique menace à nouveau de frapper le pays, à l'ombre duquel le régime pourrait faire un retour en force. Les leaders politiques internationaux, pour solidaires qu'ils soient avec le soulèvement du peuple égyptien, n'ont aucun pouvoir d'interposition ou d'intervention. Seule, la rue peut désormais empêcher le rétablissement de l'État policier.

Cet après-midi, le Guardian intègre cette petite balade à travers le campement de la place Tahrir :

 

 
 [17:30] Comme le montrent les images d'Al Jazeera, la place centrale du Caire se remplit quelque peu, à 1h30 du couvre-feu, alors que l'armée réduit peu à peu le périmètre des manifestants. - Le régime égyptien cherche de toute évidence un retour à la normale, la reprise des affaires et le retour du tourisme. - Il a promis des investigations sur les violences de mercredi et jeudi derniers, dont les images commencent à apparaître et pourraient impliquer certains militaires, selon l'envoyé spécial d'Al Jazeera au Caire, qui rapporte aussi un sentiment d'espoir dans la ville, partagé par le président Obama dans sa déclaration d'hier (sur Fox) : "L'Égypte ne redeviendra pas ce qu'elle était".

[18:00] Le Guardian rapporte que le site des Frères Musulmans met un lien sur les câbles égyptiens de la diplomatie américaine publiés par WikiLeaks. L'une des dépêches dit : "Le danger principal, aux yeux de Soliman [Omar Suleiman], était l'exploitation que fait le groupe [des Frères Musulmans] de la religion pour  influencer et mobiliser le public. Soliman appelle 'malheureux' le récent succès des FM aux élections du parlement, ajoutant qu'à son avis, même si le groupe était techniquement illégal, les lois égyptiennes existantes ne suffisaient pas à tenir les FM en échec." - Le quotidien britannique publie également un message de Reuters, qui rapporte un message aux Égyptiens du leader du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah (traduction littérale de la version anglaise) : " Votre mouvement va entièrement changer la face de notre région dans l'intérêt de son propre peuple. - Vous traversez la bataille de la dignité arabe, rétablissant la dignité du peuple arabe." [Your movement will entirely change the face of our region for the interest of its own people  - You are going through the battle of Arab dignity, restoring the dignity of Arab people]

[18:30] Le Guardian publie quelques conseils de l'économiste égyptien Inji Amr, permettant à la population de mieux gérer la situation pendant les émeutes :
 
Ne paniquez pas. La panique, c'est mauvais... Votre argent ne va nulle part, vous n'avez pas besoin de tout retirer. Assurons-nous qu'il y ait suffisamment de liquidités pour garantir la marche normale des opérations d'affaires.
• N'achetez des dollars que s'ils sont essentiels à vos opérations d'affaires.... Un taux d'échange stable sera reçu très positivement par l'arène globale et permettra un rétablissement plus rapide quand les choses seront réglées.
• Soutenez les petits. Les fruits et légumes, par exemple, sont très périssables : quand vous les achetez, achetez chez le petit revendeur avec la carriole en bois au coin de la rue, plutôt que dans les hypermarchés du monde.
• Optez pour le local... Quelques-uns des acteurs non-égyptiens du marché se sont temporairement délocalisés, d'autres ont retiré leurs fonds et affaires pour de bon. Cela a créé une opportunité sur le marché (Je sais que c'est une façon de voir incroyablement verre-à-moitié-plein).
• Soyez efficient sur le plan de l'essence. Limitez l'utilisation de votre engin à moteur, de votre parc de voitures, marchez ou faites du vélo.
• Passez vos vacances en Égypte. Le secteur du tourisme a été touché pour un moment, mais ce n'est absolument pas une raison pour ne pas apprendre à mieux connaître votre pays.
[19:30] Un certain nombre de personnes arrêtées ont été libérées : Daniel Williams (Human Rights Watch, détenu pendant 36 heures), Wael Ghonim (employé de Google et activiste politique sur Internet, captif depuis le 28 janvier, @ghonim), Ayman Mohyeldin (Al Jazeera, détenu pendant 9 heures). Ce dernier rapporte la présence de trois autres journalistes, dont un reporter du New York Times (immédiatement relâché parce qu'il n'a pas d' "ascendance égyptienne"), et il parle de brutalités de la part des militaires, confirmées également par Daniel Williams.

Le site de Radio-Canada résume les annonces de la journée : "Les membres du nouveau gouvernement dirigé par l'ex-ministre de l'Aviation, Ahmed Chafik, se réunissaient tous pour la première fois lundi [en présence du président Moubarak]. D'entrée de jeu, le gouvernement a annoncé une augmentation de 15 % du salaire des fonctionnaires et de leurs prestations de retraite. - À cela s'ajoute un fonds d'indemnisation de 800 millions de dollars pour les Égyptiens qui ont été victimes de vol et de vandalisme lors des émeutes qui ont secoué les grandes villes du pays. - La bourse du Caire, où les transactions sont interrompues depuis le 27 janvier dernier, devrait quant à elle rouvrir ses portes le 13 février."

 Mardi 8 février 2011

Fils d'actualité [Al Jazeera] [Guardian


 
Quinzième jour de protestations. Tôt ce matin, le correspondant d'Al Jazeera au Caire évoque les images d'une violence extrême, qui témoignent de la brutalité des affrontements de mercredi et jeudi derniers. Contrairement aux annonces officielles, le nombre des victimes pourrait être très élevé. On remarque notamment des marqueurs au laser qui précèdent les tirs des snipers.

Sur son live blog, la chaîne qatarie nous apprend ceci : "Le Hamas suit l'ascension des Frères musulmans. - Un changement de régime chez le voisin égyptien pourrait entraîner un essor considérable du mouvement du Hamas qui régente Gaza depuis quatre ans. À l'origine, le Hamas est issu de la Confrérie musulmane et les deux groupes ont toujours des liens très étroits."

Voici quelques extraits d'un historique du Point (6-02-11) intitulé L'ombre des Frères musulmans :
 
Les Ikwanes - les Frères, en arabe - n'ont pas légalement le droit de participer à la vie politique, puisque la Constitution égyptienne interdit les partis religieux. Aussi des membres de la confrérie font-ils campagne sous l'étiquette d'"indépendants". Leur slogan, "l'islam est la solution", leur tient lieu de programme. Tout a commencé en 1928, quand un instituteur, Hassan el-Bana, s'est insurgé contre la vie jugée frivole, contraire aux préceptes de l'islam, menée par la grande bourgeoisie du Caire et d'Alexandrie. Le mouvement qu'il organise prône un retour à la stricte observance des préceptes du Coran. Dans les années 1940, la confrérie compte déjà deux millions d'adeptes et commence à inquiéter l'État. D'autant plus que Hassan el-Bana demande l'application de la charia (le droit coranique) et veut que la confrérie soit associée à la vie politique. [...]
 
Les Frères musulmans ne reculent pas devant la violence et vont assassiner deux Premiers ministres, Ahmed Maher Pacha (en 1945) et Nokrachi Pacha (en 1948). Devenus un réel danger pour l'Égypte, les Ikwanes sont pourchassés et la police secrète élimine Hassan el-Bana, le 12 février 1949. - L'absence de transparence dans l'organisation du mouvement lui permet de survivre. En 1952, Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate prennent des contacts discrets avec les Frères musulmans et obtiennent leur appui pour détrôner le roi Farouk. Nasser ne leur en sera pas reconnaissant et, en 1954, les Frères tentent de l'assassiner à Alexandrie. La riposte du raïs est implacable. Onze dirigeants sont condamnés à mort et des milliers de militants sont emprisonnés. Virement de bord en 1970. En Égypte, comme ailleurs dans le monde arabe, le pouvoir flirte avec les Frères musulmans pour lutter contre les communistes. Mais le 6 octobre 1981, Sadate est assassiné par un soldat membre de la Jihad Islamiya, un groupuscule qui ne pardonne pas au raïs d'avoir signé la paix avec Israël. - Sous Moubarak, pendant une quinzaine d'années, les Frères et l'État ont des relations en dents de scie. En 1997, la confrérie renonce solennellement à la violence. Elle va jouer un rôle restreint au Parlement jusqu'aux élections de 2005, qui voient les "indépendants" emporter le cinquième des sièges. Mais en novembre 2010, la fraude massive aux législatives leur a concédé un seul député.
Le Spiegel publie un article sur la possible venue de Hosni Moubarak en Allemagne pour effectuer de nouveaux soins médicaux après ceux de l'an passé. De plus, les responsables politiques évoquent l'éventualité d'accueillir - au moins temporairement - le président égyptien sur le sol allemand si celui-ci se décidait pour l'exil. Il faudrait, dit-on, lui "faire signe discrètement" qu'une telle possibilité existe. Voilà qui est fait, même si la proposition n'a plus rien de "discret". - Il faut ajouter que les militants des droits de l'Homme menacent de déposer plainte contre Hosni Moubarak dès son arrivée en République Fédérale.

Le live blog du Guardian rappelle que Human Rights Watch évalue le nombre des tués à 297 au moins depuis le 28 janvier : 232 morts au Caire, 52 en Alexandrie et 13 à Suez. Ce chiffre se base sur des recherches effectuées dans cinq hôpitaux de la capitale, deux en Alexandrie et un à Suez. Mais il pourrait être bien plus élevé car l'organisation n'a pris en compte que les décès qu'elle a pu vérifier par elle-même. De plus les responsables des hôpitaux pourrait avoir eu pour consigne de revoir à la baisse le nombre total des victimes.

Tandis que la place Tahrir se transforme en "permanence révolutionnaire", une nouvelle mobilisation importante est prévue après les prières de midi...

[12:00](*)  Reuters rapporte une déclaration d'Omar Suleiman sur la TV d'État, après un briefing avec Hosni Moubarak sur le dialogue national : "Le président a salué le consensus national, confirmant que nous empruntons le bon chemin pour sortir de la crise actuelle [...] Une feuille de route claire a été établie avec un  calendrier fixe pour réaliser le transfert pacifique et organisé du pouvoir". - AP ajoute : "Moubarak a également ordonné une enquête sur les affrontements de la semaine dernière entre les protestataires et les supporters du président".(in Guardian) - Dans la journée, Omar Suleiman a encore annoncé que le président Moubarak avait signé un décret permettant d'amender la Constitution (Al Jazeera).

[13:00] Al Jazeera écrit : "Aujourd'hui, les militaires interdisent l'accès à la place Tahrir aux reporters étrangers en Égypte qui n'ont pas d'accréditation locale. Le Comité pour la protection des Journalistes basé à New-York vient de publier un communiqué accusant l'armée de détenir des journalistes et de confisquer leur matériel. Depuis le 30 janvier, il y aurait eu au moins 140 attaques directes contre des journalistes essayant de couvrir le soulèvement égyptien."

[14:50] Al Jazeera montre des images de la place centrale du Caire : des "centaines de milliers" de protestataires y sont déjà réunis, beaucoup d'autres sont attendus... Dans la ville d'Alexandrie, des "milliers" de personnes se sont également rassemblées...

[16:30] La foule continue d'affluer vers la place Tahrir. Selon le correspondant d'Al Jazeera, les habitants de toute l'Égypte se sont joints aux protestations. Professeurs, étudiants et médecins y participent également.

[17:30] Une correspondante de la chaîne qatarie signale que quelques milliers de manifestants ont quitté la place centrale pour s'installer devant le parlement...

[20:00] Début du couvre-feu (reculé d'une heure) alors que la place Tahrir ne désemplit pas...

Depuis le début de l'après-midi, le fil d'actualité du Guardian n'est plus mis à jour, celui du Spiegel a été abandonné avant-hier.

Rien, pour l'heure, n'est joué. D'un côté le régime cherche, apparemment, à s'amender. Apparemment. De l'autre, la rue n'en démord pas : la population exige le départ du président Moubarak, qui fait tout pour conserver le pouvoir et son immense fortune (entre 40 et 70 milliards de dollars pour l'ensemble du clan, selon Le Monde). À ce propos, un comité d'avocats égyptiens va lancer une investigation sur la provenance de cet argent, arguant que le président pourrait s'être servi dans les caisses de l'État. - Une nouvelle "mobilisation générale" du peuple égyptien est prévue pour vendredi prochain (11-02-11), le début du week-end dans le monde arabe. D'ici là, les gens vont tenter d'assurer l'ordinaire, comme nous tous...


 
image : al jazeera
 

~ Le point sur l'Égypte - Fin de l'épisode ~

[Égypte] Fin de régime (9, 10, 11 février)

 
Ce tableau publié par le site américain journalism.org montre l'impact extraordinaire que les événements égyptiens ont eu sur les médias aux États-Unis. C'est "le sujet international le plus important de ces quatre dernières années - dépassant tous les comptes-rendus sur la guerre en Irak, le tremblement de terre en Haïti et le conflit en Afghanistan." - Dès lors, on peut parler d'un véritable "overkill médiatique" : une surenchère et un matraquage, qui ne sont pas sans conséquences sur les événements eux-mêmes. Car "le monde entier regarde l'Égypte" : toute information qui concerne le pays est aussitôt analysée, "décryptée", commentée. Et c'est ce "regard du monde" qui donne au soulèvement du peuple égyptien contre la dictature une dimension  "mondiale" qu'il n'aurait sans doute pas eue sans sa "projection" médiatique, qui représente également un danger important. Car si le "monde entier" a tendance à projeter ses propres attentes et ses peurs, on risque de manquer à la fois ce qui se passe réellement en Égypte et les véritables aspirations de la population égyptienne. En effet, les diverses projections, qu'elles viennent d'Occident ou des groupes islamistes par exemple, "doublent" le soulèvement populaire dans une polyphonie bruyante de commentaires et d'interprétations, dont le brouhaha peut finir par rendre inaudibles les voix de l'opposition égyptienne elle-même, pourtant indispensables à l'avènement de la démocratie sur les bords du Nil.

Le problème est qu'il s'agit sans doute de la première révolution populaire "couverte en direct et en continu" par les médias internationaux et relayée à une échelle gigantesque par Internet. "Tout le monde" veut donc être au premier rang, quitte à noyer et à priver d'audience les voix égyptiennes, qui doivent lutter contre l'énorme "visibilité" de telle déclaration d'un secrétaire d'État américain ou de telle autre d'un leader islamiste, qui doivent se faire entendre dans le bruit engendré par les commentaires de telle annonce du vice-président Suleiman ou de telle autre du porte-parole de la Confrérie musulmane. Difficile dans ces conditions d'instaurer un débat démocratique à l'échelle nationale, où toutes les voix égyptiennes auraient le même poids, le même "temps d'antenne", comme on disait naguère.

On est en droit de se demander :  quel est le but des "médiatiques" dont les voix s'élèvent sur la scène de l'information globalisée ? S'agit-il d'une "auto-promotion", d'une mise en valeur de leur propre personne ou de l'organe auquel ils appartiennent ? S'agit-il d'influencer les événements et les acteurs égyptiens ? S'agit-il de profiter de cette plate-forme événementielle pour délivrer un tout autre message ? - On serait tenté de répondre par l'affirmative à ces trois questions :

1) Les commentateurs indépendants (et je ne m'exclus pas) cherchent bien sûr le "buzz". Pour nous, il n'y a aucun danger à lâcher notre fiel (ce que je ne fais pas). La sécurité ne risque pas de frapper à notre porte, en pleine nuit, ou de nous enlever en pleine rue, pour un interrogatoire musclé et un séjour au cachot. En Égypte, cette partie est loin d'être gagnée. Les journalistes "officiels" en savent quelque chose. - Quant à Al Jazeera, dont la "couverture" en continu a été utile au mouvement populaire, elle est depuis la guerre en Irak (2003) privée de diffusion sur le réseau câblé des États-Unis : elle profite aujourd'hui de ses comptes-rendus en effet importants pour demander son intégration, qui lui sera sans doute accordée. - Google a eu droit à deux publicités gratuites : D'abord le géant américain a mis au point avec Twitter (et SayNow) un dispositif permettant aux Égyptiens de tweeter par téléphone, que le groupe n'a pas manqué de "dédier au peuple égyptien" ; ensuite la récente gloire de Wael Ghonim, invariablement présenté comme un Google executive et online activist, rejaillit évidemment sur la compagnie californienne...

2) Les tentatives d'influencer les événements égyptiens et ses acteurs sont nombreuses. Les craintes occidentales concernent d'abord la stabilité politique au Proche-Orient qui, si l'on y regarde de plus près, ressemble davantage à une poudrière menaçant d'exploser au moindre faux-pas. Elles concernent ensuite la stabilité économique en cette période de faillites et de chômage, de crashs financiers à répétition. Une petite goutte d'eau du Nil pourrait ici aussi faire déborder le vase. Elles concernent enfin le fameux "choc des civilisations", prôné conjointement par les idéologues de George W. Bush et d'Osama Ben Laden, et repris ces jours-ci, d'une façon très insidieuse, par les intellectuels français Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut  à travers leur peur quasi obsessionnelle de l'islamisme (cf. l'analyse de Pascal Boniface). Ces craintes occidentales, auxquelles on peut ajouter celles des régimes autocratiques du monde arabe et bien sûr du gouvernement israélien actuel, donnent lieu à différentes tentatives de récupération et de désinformation souvent contradictoires ...

3) Les politiciens de tous les pays profitent évidemment de ces événements pour faire passer leurs propres messages et contrer leurs adversaires. En France, la polémique autour de la ministre des Affaires étrangères, Alliot-Marie (à laquelle viennent aujourd'hui s'ajouter les vacances égyptiennes du Premier ministre Fillon) est symptomatique pour l'utilisation "franco-française" du soulèvement égyptien (perceptible également dans les déclarations de MM. Adler, Lévy et Finkielkraut). - D'autres messages peuvent également être délivrés, et notamment la publicité pour nos sociétés libérales de consommation qui, à tout prendre, ne sont pas aussi mauvaises que l'on pourrait le croire en étudiant les chiffres du chômage, le nombre de familles qui vivent aux confins du seuil de pauvreté, de celles qui sont surendettées, qui subsistent avec les minimas sociaux ...

 
Mercredi 9  février 2011

 Fils d'actualité  [Al Jazeera] [Guardian]


[17:00](*) Voici un résumé des informations sur la seizième journée de protestations qui ont filtré sur Al Jazeera :

 
- Dans la nuit et au petit matin, des affrontements ont eu lieu dans le gouvernorat d'Al-Wadi al-Jadid, qui englobe le quart sud-ouest désertique du pays. Selon le journal égyptien Youm7, les protestataires ont incendié au moins un véhicule de police, qui a ouvert le feu sur eux. Au moins 8 personnes seraient gravement blessées, d'autres seraient mortes, sans que cette nouvelle ait pu être confirmée. - Actualisations : Deux morts et des douzaines de blessés dans la province d'Al-Wadi al-Jadid, qui comprend cinq groupes épars d'oasis. Selon l'AFP, il y aurait même 3 morts et une centaine de blessés dans les affrontements qui durent depuis deux jours : "La foule furieuse a répondu en incendiant sept bâtiments officiels, dont deux commissariats et un baraquement de police, une tribunal et le QG local du Parti National Démocrate de Hosni Moubarak." - Ce soir, le bilan s'élève à cinq tués, qui ont succombé aux tirs de la police dans la foule.

 
- Les trois syndicats indépendants d'Égypte ont appelé à manifester à 11h du matin. - De nouvelles grèves ont lieu à Mahalla et Suez. Quelque 10.000 travailleurs dans différentes usines et villes se sont mis en grève au cours de ces dernières 24 heures. La plupart réclament une augmentation et de meilleures conditions de travail, mais ils renforcent le mouvement en faveur de la démocratie. - Actualisation : 6.000 ouvriers seraient en grève dans la seule ville du Caire, selon une correspondante d'Al Jazeera, qui précise que les syndicats ne réclament pas la démission de Moubarak, mais qu'ils profitent de l'occasion pour faire entendre leurs revendications salariales et leur mécontentement du gouvernement. Al Masry Al Youm rapporte que 3.000 cheminots se sont mis en grève aujourd'hui, certains s'asseyant sur les rails pour empêcher les trains de passer. La mobilisation des conducteurs de bus est prévue pour demain.

 
- Le ministre égyptien de la Santé continue de contester le nombre des victimes des violences avancé par Human Rights Watch, qui parle maintenant de 302 morts au moins. Le ministère entend publier ses propres statistiques d'ici quelques jours.

- Les propos d'Omar Suleiman de mardi dernier sont vivement critiqués. Les protestataires craignent notamment un coup de force. Selon Abdul-Rahman Samir, un porte-parole des cinq grands mouvements de jeunesse présents place Tahrir, "il menace d'imposer la loi martiale, ce qui veut dire que tout le monde, place Tahrir, sera écrasé... mais que fera-t-il des 70 millions d'Égyptiens restants, qui viendront après nous ?" Il est en train de concocter un "scénario désastreux... Nous sommes en grève, nous protesterons et nous ne négocierons pas jusqu'à ce que Moubarak démissionne. Si quelqu'un veut nous menacer, qu'il le fasse..." - Avec la place centrale du Caire, les manifestants ont également pris possession des abords du parlement, où ils se sont installés pour un "temps indéfini". - L'armée a renforcé sa présence, à l'extérieur et à l'intérieur du bâtiment, mais il n'y a pour l'heure aucun signe d'hostilité envers les manifestants.

- L'un des problèmes soulevés par un commentateur d'Al Jazeera est celui-ci : Les manifestants demandent la démission du président. Si celui-ci s'en va réellement, le pouvoir sera transféré, non au vice-président, mais au président du parlement, qui devra organiser des élections sous soixante jours sans être à même de changer la Constitution. Or, celle-ci est favorable au Parti National Démocrate. En effet, 90% du parlement est constitué de députés membres du PND. Et un tiers du parlement au moins doit donner son aval à toute nouvelle candidature aux fonctions suprêmes de l'État. Un véritable dilemme !
.
Le Guardian rapporte l'avis du journaliste et blogueur Hossam El-Hamalawy sur l'entrée en scène des travailleurs : "L'Histoire nous a montré que la classe ouvrière industrielle est la dernière classe sociale à rejoindre une révolte, et leur intervention est en fait la plus cruciale. Nous l'avons vu en Iran, et en Tunisie : quand la classe ouvrière entre dans l'arène avec des grèves massives, c'est la fin du régime. Aujourd'hui, la classe ouvrière a officiellement rejoint la bataille. Au cours des dernières semaines, depuis le début du soulèvement, les travailleurs ont certes pris part aux protestations, mais simplement comme manifestants, non comme partie intégrante d'un mouvement ouvrier organisé. Ils se sont engagés dans des actions indépendantes. Mais à présent les grèves massives commencent, et nous voyons des travailleurs qui ne formulent pas seulement des demandes en relation avec leurs droits économiques, mais également des exigences ouvertement politiques, et ça change tout."

[19:15] Al Jazeera rapporte que la situation semble s'être durcie à Ismailiya (au Nord-Est du pays, entre Suez et Port Saïd) où des protestataires ont pris d'assaut un bâtiment gouvernemental et incendié la voiture du gouverneur. L'AFP précise que les protestataires, furieux parce que leurs demandes de meilleurs logements avaient été ignorées, sont arrivés de "bidonvilles environnants" où ils ont vécu "dans des abris de fortune depuis 15 ans". La police, note l'agence, a "largement disparu" de la ville depuis le début des protestations...

Ahram) Ce soir, de nombreux manifestants y sont encore rassemblés, et un sit-in est organisé devant le parlement, dont on demande la dissolution. (Al Jazeera & Guardian)


Jeudi 10  février 2011

 Fils d'actualité [Al Jazeera] [Guardian]
Twitter [#25jan #Egypt #Tahrir]


 
(image : al jazeera)

 
[12:00](*) Ce matin du dix-septième jour de protestations, le Guardian rapporte que l'armée a secrètement détenu des centaines, peut-être des milliers d'opposants au régime, certains d'entre eux ayant été torturés,  parfois à l'électricité, d'après des témoignages recueillis par le quotidien britannique. - Selon des militants des droits de l'Homme, l'armée ne serait plus neutre et participerait à des enlèvements et des actes de tortures, des exactions que les Égyptiens avaient toujours attribuées à la sécurité d'État et non aux militaires. - Al Jazeera signale que le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Abul Gheit, menace que l'armée, une force majoritairement neutre jusqu'à présent, allait intervenir en cas d'escalade : "Si le chaos devait régner, les forces armées interviendraient pour contrôler le pays, un pas... qui entraînerait une situation très dangereuse." (source : agence de presse égyptienne MENA) - La chaîne qatarie nous apprend également que le nouveau ministre de la Culture, Gaber Asfour, a démissionné. D'après sa famille, il l'a fait pour des raisons de santé, mais  selon le quotidien égyptien al-Ahram Asfour, qui est également écrivain, a été critiqué par ses collègues littérateurs pour avoir accepté le poste. Il était le seul nouveau visage dans ce gouvernement remanié. .

La petite phrase du vice-président sur la chaîne américaine ABC, mardi soir : Omar Suleiman a déclaré vouloir la démocratie. "Mais quand allons-nous l'instaurer ? Quand les gens d'ici auront la culture de la démocratie." Dixit. - Il avait également déclaré à la TV américaine qu'il ne veut ni prendre les fonctions de chef de l'État à la place du président Moubarak ni être candidat aux élections de septembre 2011. Raison  invoquée : je vieillis ! (Né en 1936, il aura 75 ans en juillet, Hosni Moubarak en a 8 de plus !)

[13:15] Quelque 3.000 avocats ont défilé depuis  leurs bureaux syndicaux au centre du Caire jusqu'au palais Abedeen, un bâtiment historique qui est l'une des résidences officielles du président. Ils se dirigent à présent vers la place Tahrir pour y rejoindre les protestataires..

[13:40] Une délégation d'un millier de médecins en blouse blanche est arrivée place Tahrir sous les applaudissements de la foule.

[14:00] Sur Al Jazeera, on apprend que le chef de la sécurité de la ville de Wadi al-Jadid (gouvernorat de la Nouvelle Vallée) a été limogé et que le capitaine de police qui a donné l'ordre de tirer sur les manifestants a été arrêté et  devra rendre des comptes à la justice : au moins cinq personnes avaient été tuées et des douzaines blessées lors des trois jours d'affrontements entre la police et les citoyens. - Le tribunal correctionnel a interdit à trois ex-ministres de quitter le pays et leurs avoirs ont été gelés par le gouvernement. - Le Premier ministre déclare former un comité pour rassembler des preuves sur les "pratiques illégitimes" qui ont jalonné les événements de ces dernières semaines. Le comité prendra en compte des informations fournies par les citoyens et les organisations de la société civile pour ensuite présenter un rapport au procureur d'État. 

[15:00] Voici quelques nouvelles publiées par le Guardian : À Port-Saïd, des centaines de protestataires, qui réclament une baisse des loyers, ont incendié un commissariat et au moins dix véhicules de la sécurité. Actualisation : Les choses semblent se calmer dans cette ville à l'embouchure méditerranéenne du canal de Suez. -  Au Caire, des milliers de personnes manifestent à nouveau place Tahrir. Pendant ce temps, des travailleurs et des syndicalistes organisent des grèves et des sit-ins dans une série d'entreprises et d'agences de l'État. Les activistes des mouvements de jeunesse espèrent que les protestations prévues demain égaleront celles de mardi et vendredi derniers. - En Alexandrie et dans les villes de Sohag et Assiut au Sud du pays, des grèves et des sit-ins ont également lieu, selon certaines sources.- Un parti d'opposition agréé par l'État, Tagammu, s'est retiré des discussions sur les réformes avec le gouvernement, en déclarant que l'administration Moubarak n'a pas intégré le "niveau minimal des revendications populaires".

[15:45]  Hoda Abdel-Hamid (Al Jazeera)  signale que les Cairotes reçoivent des SMS de la part de Mahmoud Wagdy, le nouveau ministre de l'Intérieur, qui écrit : "La police est de retour dans les rues et se met au service de la population." La journaliste se demande s'il ne s'agit pas d'une "campagne de relations publiques, étant donné que les forces de sécurité et le ministère de l'Intérieur sont détestés, même de ceux qui ne soutiennent pas les protestations."

[17:00] Place Tahrir, Hoda Abdel-Hamid rapporte que les organisations de jeunesse se sont mises d'accord avec les autres mouvements d'opposition, Confrérie musulmane comprise, pour demander la démission des hommes du régime et la dissolution du parlement, la formation d'un nouveau gouvernement de transition, comprenant un représentant de l'armée, un juge et sans doute des représentants de la vie civile, ainsi que l'application d'une constitution provisoire, élaborée par des experts,  afin de pouvoir organiser des élections législatives et présidentielles d'ici un an. - La correspondante d'Al Jazeera signale également des textos en circulation, qui appellent à la mobilisation de 20 millions de personnes pour ce week-end qui débute demain vendredi.

[17:15] La nouvelle traverse les rédactions du monde : Le président Moubarak pourrait démissionner ce soir !  Voici le communiqué de la BBC : Un membre du parti au pouvoir en Égypte a déclaré à la BBC qu'il "espèrait" que le président Hosni Moubarak allait transférer le pouvoir au vice-président Omar Suleiman. Hossan Badrawi, le secrétaire général du Parti National Démocrate (PND), a dit que M. Moubarak allait "probablement" s'adresser à la nation ce soir. Ce commentaires a suivi les propos du Premier ministre, Ahmed Shafiq, tenus sur BBC Arabic :  selon ce dernier, le scénario de la démission du président Moubarak faisait l'objet de discussions. (in Guardian)
 

 
[17:30] Al Jazeera parle d'une déclaration "ambiguë" de l'armée (à l'instant sur la TV d'État) confirmant "son engagement et sa responsabilité pour la protection de la population et la sauvegarde des intérêts de la Nation, ainsi que son devoir de protéger les richesses et les biens de la population et de l'Égypte". Le porte-parole de l'armée a mentionné que les demandes des gens étaient "légaux et légitimes". Selon le rédacteur du live blog, le Conseil militaire pourrait s'être réuni sans le président Moubarak, qui est pourtant le commandant en chef des armées. Cette information significative semble se confirmer un peu plus tard.

[18:00] Les live blogs citent un responsable de la CIA qui affirme que la démission de Hosni Moubarak est "très vraisemblable" (Guardian, Al Jazeera).

[18:15] Toujours en direct de la place Tahrir,  Hoda Abdel-Hamid a l'impression que les manifestations massives prévues pour demain viennent déjà de commencer : en effet, les images montrent une foule impressionnante sur la place centrale du Caire, qui s'agite et chante dans la lumière des réverbères et des projecteurs.

[18:30] Le Guardian cite à présent les propos du Premier ministre, Ahmed Shafiq :  "Tout est normal. [!] Tout est toujours aux mains du  président. Le Guide suprême [Moubarak] est tenu informé de tout ce qui se passe au sein du Conseil suprême des armées."

[19:00] Selon la TV d'État, le président Moubarak fera une déclaration ce soir.  - Les journaux  - comme Le Monde et Der Spiegel - qui avaient interrompu leurs fils d'actualités ces derniers jours les ont remis  en ligne depuis une heure ou deux. D'autres les imitent.

[20:00] Dans l'incertitude où ils sont placés, les commentateurs meublent l'attente avec prudence : personne ne veut se tromper, mais tout le monde veut être aux premières loges pour annoncer, analyser, commenter le retrait attendu du président Moubarak et prendre la température place Tahrir.

 
[20:15] Le Guardian répercute (avec Associated Press) un communiqué du ministère de l'Information selon lequel Moubarak ne démissionnera pas (source : TV d'État).

[20:40] À l'occasion d'une rencontre avec des étudiants, le président Obama évoque brièvement l'Égypte : "Il est parfaitement clair que nous sommes en train d'assister à la marche de l'Histoire... C'est un moment de transformation car le peuple égyptien appelle au changement... Une population de tous âges et milieux... Mais la jeunesse est aux avant-postes... Une nouvelle génération, votre génération... et nous voulons que cette jeunesse sache que les États-Unis d'Amérique soutiendront une [hésitation] transition dans les règles vers la démocratie."

[20:45] Nouveau fil d'actualité du Guardian. - L'adresse à la Nation du président Moubarak est attendue à 22:00(*).

[21:10] Selon Al Arabiya, Hosni Moubarak annoncerait de nouvelles procédures constitutionnelles avant de transmettre ses pouvoirs au vice-président Omar Suleiman (source : correspondance de la chaîne).

[22:00] La place Tahrir, où des centaines de milliers de manifestants sont réunis, l'ensemble de l'Égypte branchée sur la télévision d'État et le monde entier rivé sur Al Jazeera s'impatientent. La déclaration présidentielle est imminente... Tandis que le ministre de l'Information, Anas el Fekky, le répète à l'agence Reuters  :  "Il est certain que le président ne démissionnera pas" (definitely not going to step down).

[22:15] Le Guardian rappelle que la dernière intervention du président était également programmée à 22:00, mais n'avait eu lieu qu'à minuit...

[22:40] Selon les informations d'Al Arabiya citées par Reuters, le président annoncera des amendements de la Constitution et la suppression d'un article, peut-être également la fin de l'état d'urgence ; il s'excusera pour les victimes de la violence mais ne démissionnera pas...

[22:45] Le discours télévisé, que le président Moubarak lit sur un prompteur, commence. Quelques fragments notés en passant (repris ensuite) : Il s'adresse à la jeunesse de la place Tahrir ... avec un discours qui vient du cœur... comme un père s'adresse à ses enfants [!]... Il présente ses condoléances aux familles des victimes... Il veut tenir toutes ses promesses... Les revendications de la population sont justes et légitimes...  Il ne veut pas se faire dicter ses actions par des forces extérieures ... Il veut garantir la Constitution et rester en poste jusqu'à la désignation d'un nouveau président en septembre 2011 par la voie d'élections libres et équitables...  Il rappelle qu'il ne s'y  représentera pas... Il veut garantir une transition pacifique du pouvoir... Il diligente une investigation sur les violences... Six articles de la Constitution seront amendés... Il transfère une partie [non précisée] du pouvoir au vice-président Suleiman... Sa priorité est de rétablir la confiance des Égyptiens .. La situation présente ne peut plus durer... Cette situation n'a rien à voir avec lui... avec Hosni Moubarak [!]... Il appelle au dialogue national... au rétablissement de la confiance dans l'économie... Il recommence à mettre en valeur sa carrière politico-militaire... Il se dit peiné par les propos de certains de ses compatriotes... Il entend placer l'intérêt de la Nation au-dessus de tout... La patrie se remettra sur pieds... Il en appelle à la fierté de l'Égypte... il se perd dans des digressions propres à suggérer l'unité nationale...  Il ne quittera pas le sol égyptien avant d'y être enterré... [Amen !]

[23:00] Place Tahrir, la foule est d'autant plus furieuse qu'elle s'était réjouie d'obtenir enfin satisfaction ce soir... Les gens brandissent leurs chaussures en guise d'insulte à Moubarak... Dès qu'il fut acquis que le président ne démissionnerait pas, les gens ont cessé d'écouter le discours retransmis sur la place et commencé à crier : "Pars ! Va-t-en !"

 
 image : al jazeera

Il est fort possible que ce discours ait mis de l'huile sur le feu étant donnés les effets d'annonce et les (fausses) joies qui l'ont précédé. Une nouvelle fois, la réalité a pris la révolution à contre-pied... mais l'Histoire n'a jamais dit son dernier mot !

[23:35] C'est à présent Omar Suleiman qui prend la parole sur la TV d'État. Voici quelques  bribes  saisies au vol (complétées ensuite) : Il en appelle au peuple égyptien... Il rappelle que le dialogue est ouvert... que le calendrier a été fixé... il parle de la transition pacifique... Il dit vouloir implémenter tous les processus qu'il a promis... Il appelle tous les citoyens à se tourner vers le futur... Il dit que "nous" en ferons un futur radieux ... Il évoque la démocratie et la liberté... Il dit que l'on ne peut pas tolérer le chaos... qu'il faut se prendre par la main... que la patrie est la plus grande priorité... Il demande à la jeunesse de rentrer chez elle... de retourner au travail... de ne pas  écouter les chaînes satellite [i. e. Al Jazeera]... de n'écouter que sa conscience... Il dit que nous nous en remettons à Dieu, aux institutions et aux forces armées... Il appelle à la marche en avant... au travail en équipe... Il déclare travailler de toutes ses forces pour cette patrie...

[23:45] Les commentateurs parlent de la colère des gens, après ces deux discours qui n'apportent rien de nouveau...

 
Vendredi 11  février 2011 

 Fils d'actualités [Al Jazeera] [Guardian] [Spiegel] [Le Monde] 

[00:00] Sur Al Jazeera, un militaire, major en retraite, qualifie au téléphone ces interventions de grave erreur. Il diagnostique une maladie mentale chez le président et parle d'une insulte au peuple. Il attend la seconde déclaration du Conseil suprême des armées en espérant que le président sera démis de ses fonctions. - Edward Beck, ex-ambassadeur des États-Unis en Égypte, arrive lui aussi à la conclusion que les militaires pourraient prendre les choses en main, tout en redoutant une grande "tourmente" (turmoil) dans les prochains jours.

[00:30] Le Guardian cite une interview (sur CNN) de l'ambassadeur égyptien aux USA, Sameh Shoukry, qui affirme que Hosni Mubarak a transféré tous ses pouvoirs au vice-président Omar Suleiman. M. Shoukry a dit que M. Moubarak était "le président de jure" et que M. Suleiman était à présent "le président de facto", puis il a précisé : "Je tiens cela [cette information] du vice-président". Et d'ajouter : "Il [O. Suleiman] a maintenant la charge de l'entière autorité de la présidence en regard de la Constitution".

[9:25] Dix-huitième journée de protestations. - Selon Al Jazeera, qui reprend un communiqué de l'agence égyptienne MENA, les hauts responsables de l'armée ont tenu une réunion "importante" et feront une déclaration à la population. Le commandant en chef et ministre de la Défense, Hussein Tantawi, a présidé cette réunion du Conseil suprême des forces armées.

[9:50] Un officier qui a rejoint les protestataires place Tahrir dit que 15 autres officiers de rang moyen sont passés du côté des manifestants. "Le mouvement de solidarité des forces armées avec le peuple a commencé", déclare le major Ahmed Ali Shouman à Reuters (in Al Jazeera).

[11:50] La déclaration de l'armée vient de tomber . il sera mis fin à l'état d'urgence lorsque la situation actuelle sera réglée ; la transition vers la démocratie, des élections présidentielles libres et équitables, des modifications de la Constitution et la protection de la nation seront garanties. Il n'a été fait aucune mention de MM. Moubarak et Suleiman. Pendant ce temps, la place Tahrir se remplit, alors que la prière du vendredi se prépare...

[12:00] Les commentateurs estiment que cette déclaration reste vague et ne correspond pas aux attentes de la population. L'armée semble également plaider pour l'évacuation de la rue et un retour à la normale (qui permettrait de mettre fin à l'état d'urgence).

[13:30] Après la prière du vendredi, les gens continuent d'affluer sur la vaste place centrale du Caire où, semble-t-il, l'espace commence sérieusement à manquer.

 
image : al jazeera

 
[14:00] Le Conseil suprême des forces armées est à nouveau en réunion : on attend la déclaration n°3. - Dans la ville d'Alexandrie, la foule a également pris possession de la rue. - Selon al-Arabiya TV, les protestataires auraient pris le contrôle d'institutions gouvernementales à Suez. - Sur Twitter, on rapporte que la police aéroportuaire aurait rejoint les ouvriers en grève (in Guardian). - Sur Al Jazeera, on apprend que des milliers de protestataires sont descendus dans la rue à Mahala, Tanta, Ismailia et Suez en scandant "Moubarak doit partir". - Selon le Guardian, un mot d'ordre circule place Tahrir : "La place est pleine, rendez-vous au palais présidentiel".

[14:40] Le blogueur égyptien Zeinobia dit que la mobilisation toucherait à présent les villes suivantes :  Le Caire, Alexandrie, Mansoura, Damnhur, Tanta, Mahalla, Asuit, Sohag, Bani Sawfi, Suez, Port-Saïd, Damietta (in Guardian).


Un petit moment de détente dans cette situation stressante :

 
Al Jazeera propose une traduction anglaise de quelques-unes des paroles (je retraduis) : Je suis descendu et j'ai dit que je ne reviendrai pas - J'ai écrit sur tous les murs que je ne reviendrai pas - Toutes les barrières se sont effondrées, notre arme était notre rêve, le futur est d'une clarté cristalline pour nous - Nous avons attendu longtemps, nous cherchons toujours notre place, nous cherchons encore une place qui nous appartienne, dans tous les coins du pays. - L'air de la liberté appelle, à chaque coin de rue de notre pays, l'air de la liberté retentit. - Nous réécrivons l'Histoire, si tu es l'un de nous, rejoins-nous et ne nous empêche pas d'accomplir notre rêve. -  L'air de la liberté appelle...

 
[16:00] Le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen est le premier dirigeant européen à demander publiquement le retrait du président Moubarak : "Moubarak appartient à l'histoire. Moubarak doit démissionner." (in Guardian) - Selon le parti gouvernemental, le président a quitté la capitale avec sa famille pour Charm el-Cheikh, où il vient d'arriver... (in Spiegel) - C'est l'organe de presse d'État, le journal Al Ahram qui le signale : Des dizaines de milliers de protestataires ont entouré dix bâtiments gouvernementaux à Suez, clamant qu'ils resteraient jusqu'à la démission de Moubarak.

[16:20] Selon un correspondant d'Al Jazeera, des dizaines voire des centaines de milliers de protestataires marchent sur le palais Ras el-Tin, une autre résidence officielle du président, en Alexandrie.- Le Spiegel rapporte que tout le quartier cairote d'Héliopolis, où se trouve le palais présidentiel, est verrouillé. L'armée a amené l'artillerie lourde pour empêcher l'assaut du palais. La police militaire contrôle les gens et en arrête certains temporairement. Mais les protestataires restent pacifiques, et la foule continue d'affluer vers le palais..."

[16:40] Une nouveauté : La TV d'État retransmet des images en direct des manifestations (reprises par Al Jazeera), tandis que la foule se rassemble devant ses locaux. - Al Jazeera rapporte que les manifestants quittent la place Tahrir pour rejoindre d'autres points clefs du Caire...

 
[17:00] Deux communiqués importants sont attendus : l'un émanant de la présidence, l'autre des forces armées. Les commentateurs s'impatientent et se perdent en conjectures...

Nouveau fil d'actualité du Guardian

[18:03](*) Omar Suleiman vient de l'annoncer : Le président Hosni Moubarak a démissionné ! - La République a été confiée à l'armée.

Voici le verbatim de ce bref communiqué du vice-président sur la TV d'État : Dans ces circonstances difficiles que traverse le pays, le président Mohammed Hosni Mubarak a decidé de quitter ses fonctions à la présidence. Il a chargé le Conseil des forces armées de diriger les affaires de l'État.
 
 

 
Et voici les images :

 
- Fin de cette chronique du soulèvement populaire en Égypte  -

 
Appel à la prudence : cette histoire n'est pas terminée - les prochains jours, semaines et mois montreront si l'armée, qui est maintenant aux affaires, tiendra ses promesses d'une transition pacifique vers la démocratie en permettant l'organisation d'élections libres et équitables dans un délai raisonnable, en rétablissant la liberté de la presse et la diversité de l'opinion publique et en veillant à un meilleur partage des richesses... 

 

(*) Heure du Caire [+1]  
 
Je dédie ces pages aux résistants de la ميدان التحرير‎. - Qu'ils puissent lire ces lignes au grand air de la liberté.


 

 [première partie ]

 

news visuels textes traduction deutsch english interact archiv/es messages guestbook bureau links contact home