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PROTOCOLE DE LA RÉVOLUTION ÉGYPTIENNE
(1/2)

 

Nota : Ces messages ont été écrits et publiés au jour le jour, souvent heure par heure [ici] avec toutes les erreurs qu'une telle procédure peut engendrer. Voici le lien sur la seconde partie.

[Égypte] La contagion ? (25, 26, 27 janvier)

 
L'AFP rapporte ce soir (25-01-2011) : "Environ 15.000 personnes ont manifesté dans plusieurs quartiers du Caire, notamment aux abords des bâtiments officiels du centre-ville, selon les services de sécurité. - La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour tenter de disperser les manifestants. - Selon des spécialistes, ces manifestations anti-gouvernementales sont les plus importantes depuis les émeutes de 1977 provoquées par une hausse du prix du pain." [lire la note] Le site de Rue89 annonce "plusieurs morts". - Le slogan des manifestants était "Moubarak dégage". - Dans cette video d'Euronews, il semble que les frères musulmans participent au mouvement.




 

[actualisation, 26-01-2011] Le Monde rapporte que  : "Le gouvernement égyptien a tout fait, mercredi 26 janvier, pour tenter d'empêcher une répétition des manifestations de la veille. Au moins 500 personnes ont été arrêtées dans tout le pays, selon les services de sécurité. - Parmi celles-ci figurent 121 membres des Frères musulmans, organisation islamiste officiellement interdite mais tolérée dans les faits, interpellés à Assiout, au sud de la capitale égyptienne. Le ministère de l'intérieur égyptien avait prévenu qu'il interdisait toute nouvelle manifestation, mercredi et que tout contrevenant serait déféré devant la justice. L'agence Associated Press rapporte de son côté que 860 personnes ont été interpellées." - Malgré cette répression et la fermeture de l'accès au site de Facebook, les manifestations se sont poursuivies aujourd'hui.

À l'instant, l'ambassadeur d'Égypte en France conteste, sur l'antenne de BFM (19h), que l'accès à Twitter et Facebook a été fermé. Il parle d'une "saturation" du réseau, comparable à celle qui se produirait "au Stade de France" où "100.000 personnes" assisteraient à un match "France-Espagne" ! Interrogé sur le fait que le fils du président Hosni Moubarak, pressenti pour lui succéder, aurait quitté le pays avec sa famille, l'ambassadeur précise que celui-ci n'aurait aucune "ambition politique" et rappelle que des élections auront lieu dans neuf mois, mais qu'aucun candidat n'est encore connu pour l'instant.

Et voici les images de la journée diffusées sur BFM :

 



 

On rapporte la mort de quatre personnes hier, et de deux (un manifestant et un policier) aujourd'hui. - Une grande manifestation est annoncée pour après-demain, 28-01-2011.

[actualisation, 27-01-2011] L'AFP annonce l'arrive au Caire de l'opposant ElBaradei et un septième mort dans les manifestations qui se poursuivent aujourd'hui : "Dans le nord du Sinaï, un manifestant de 22 ans, Mohamed Atef, a été mortellement atteint d'une balle dans la tête lors d'un échange de tirs entre des manifestants bédouins et les forces de sécurité, ont indiqué des témoins.  [...] Au total, cinq manifestants et deux policiers sont morts et des dizaines de personnes ont été blessées depuis mardi. Selon un responsable des services de sécurité, "au moins mille personnes ont été arrêtées à travers le pays". - [...] A Suez (nord-est), des manifestants ont par ailleurs mis le feu à une caserne de pompiers après avoir lancé des cocktails molotov sur la police, a constaté un photographe de l'AFP. - [...] Outre l'attaque d'une caserne de pompiers, des accrochages ont opposé dans l'après-midi plusieurs centaines de manifestants aux forces de l'ordre à Suez, ainsi qu'à Ismaïliya, une cinquantaine de kilomètres plus au nord sur le canal de Suez. - A Suez, les manifestants réclamaient la libération des personnes arrêtées mardi et mercredi, quelque 75 selon une source au sein des services de sécurité." Et : "Conséquence du mouvement, la Bourse du Caire a accusé une forte chute jeudi, contraignant à une suspension provisoire qui n'a pas permis d'enrayer la baisse. Elle a clôturé en recul de plus de 10%. La veille, le principal indice EGX 30 avait accusé une baisse de 6%."

 

Un vendredi en Égypte (28 janvier 2011)

 

Le Monde publie ce matin (28-01-2011) un graphique d'Arbor Networks, qui semble montrer que les autorités égyptiennes ont entièrement coupé l'accès à Internet depuis minuit. Le journal écrit : "Considérée comme ennemi d'Internet par l'organisation Reporters sans frontières, l'Égypte procédait depuis des années à un harcèlement juridique et policier des blogueurs et internautes dénonçant la corruption ou la politique du régime de Moubarak. Mais contrairement à la Tunisie, l'Égypte n'avait pas mis en place de systèmes de filtrage de sites ou services Web. Une politique qui a changé avec le début des grandes manifestations de janvier : les autorités ont tour à tour bloqué temporairement des services comme Twitter ou Facebook. Jeudi, la ville de Suez, théâtre de violentes manifestations la veille, était presque entièrement coupée du monde, avec de très fortes perturbations dans l'accès à Internet, mais aussi aux réseaux mobiles et fixes. - D'après de nombreux témoins dans le pays, les SMS sont également bloqués ce vendredi. Des perturbations sont par ailleurs rapportées dans les services mobiles et fixes par endroit, sans qu'un blocage complet n'ait semble-t-il été mis en place.

[11:15, twitter] Everything ██is█████ ████ ████fine ███ █ ████ love. ████ █████ the ███ Egypt ███ ████ government ██ #jan25 #Egypt #censorship

[Traduction] Tout ██ va █████ ████ ████ bien ███ █ ████ j'aime ████ █████ le ███ gouvernement ███ ████ égyptien ██  Suivez les hashtags #

L'AFP annonce ce matin que Le Caire est quadrillé par les forces de sécurité. Le problème sera de faire sortir les informations du pays malgré la coupure d'Internet. Reste le bon vieux téléphone fixe.

 
 
De même, le journal Al-Masry Al-Youm, qui reste accessible pour l'instant, n'a pas été actualisé depuis hier soir (il est listé dans la colonne de gauche).

[13:00](*) BFM annonce des heurts entre manifestants et policiers en présence de l'opposant Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui vient de rentrer au pays. La chaîne d'information rapporte également que les reportages sont censurés et que la communication avec l'Égypte est très difficile.

Der Spiegel titre :  La police égyptienne a la permission de tirer. Le site de l'hebdomadaire allemand rapporte la mise en service de canons à eau et des jets de pierre dans les rangs des manifestants. Il y aurait de nombreuses arrestations au Caire notamment sur les places Tahrir et Ramsès ainsi que dans le quartier d'al-Isaaf. Beaucoup de gens auraient été contrôlés et fouillés.  Dans la matinée, de nouvelles protestations auraient également eu lieu à Suez. - Selon une information émanant du milieu de la sécurité égyptienne, "la police a reçu des consignes claires d'empêcher toute manifestation et de tirer, le cas échéant, sur les manifestants". - D'après un avocat, "la police égyptienne aurait arrêté dans la nuit au moins 20 membres du mouvement oppositionnel des Frères musulmans, dont cinq ex-députés du parlement."

[14:00] Die Zeit titre : La police utilise la violence contre les opposants à Moubarak. "Après la prière du vendredi, des heurts se sont produits entre la police et les manifestants devant une mosquée au centre du Caire. Auparavant, l'opposant politique Mohamed El Baradei avait fait la prière en compagnie de 2000 fidèles sur une place devant l'édifice religieux. Après la prière, des participants s'étaient mis à demander en chœur  la démission du président Hosni Moubarak. Quelques secondes plus tard, la police effectuait des tirs  d'avertissement en l'air avec des projectiles en caoutchouc, utilisait des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser la foule réunie sur la place, rapporte un correspondant du journal britannique Guardian." Le site de l'hebdomadaire allemand rapporte aussi que des tanks et des véhicules de transport de troupes  s'étaient positionnés sur les grandes places et dans de nombreuses rues de la capitale. Des heurts  auraient également lieu à Alexandrie.

[14:30] De nombreuses sources rapportent que les communications mobiles ont été suspendues dans le pays. Les affrontements semblent se faire de plus en plus violents. Le Spiegel et le Guardian annoncent que Mohamed El Baradei aurait été arrêté. Al Jazeera, qui diffuse en boucle des images en provenance d'Égypte, montre des combats de rue acharnés. La chaîne d'information annonce que la police a détruit des caméras de journalistes occidentaux, notamment allemands. Le studio égyptien de la station est envahi par des gaz lacrymogènes, quand la présentatrice ouvre la fenêtre pour faire entendre le chœur des manifestants qui crie "À bas le régime".

[15:00] BFM annonce que quatre journalistes français ont été arrêtés. Le correspondant de la chaîne rapporte que, depuis une heure, des grenades lacrymogènes sont lancées toutes les 20 secondes et que la police matraque les manifestants. - Selon son fils interrogé par Al Jazeera, le leader oppositionnel Ayman Nour a été transporté à l'hôpital et se trouve aux soins intensifs, après avoir été blessé à la tête. Le Guardian précise que la pierre qui l'a touché a été lancée par un agent du gouvernement. M. Noun souffre de diabète et de troubles cardiaques. Il avait  été candidat aux présidentielles de 2005 contre Hosni Moubarak et jeté en prison par la suite.

[15:15] Al Jazeera et le Guardian annoncent qu'une jeune manifestante a été tuée sur la place Tahrir, dans le  centre du Caire. - Un commentateur de la chaîne d'information lance : "c'est le chaos... c'est le chaos absolu !"

[15:30] Peter Bouckaert, de l'organisation Human Rights Watch, en poste à Alexandrie, raconte que : "La police a mis fin au combat avec les manifestants. Les deux parties discutent à présent, et les manifestants apportent de l'eau et du vinaigre (contre le gaz lacrymogène) à la police. L'appel à la prière de l'après-midi vient d'être fait lancé, et des centaines de personnes prient devant la mosquée d'Alexandrie Est." (in Guardian)

[15:45] Selon Peter Beaumont, une bataille entre la police et des manifestants fait rage au pont sur le Nil de Kassr : "La gaz a tout blanchi, mais les manifestants font reculer la police". Comme Jack Shenker et Human Rights Watch, Peter a également noté que les manifestants cherchent à persuader la police de se rallier à eux (in Guardian).  Et voici une vidéo d'Associated Press prise aujourd'hui au Caire [son très faible] :

 


 
[16:00] Der Spiegel annonce : "Des scènes dramatiques aux abords du pont du 6 Octobre, au cœur du Caire. Les manifestants jettent des pierres sur les véhicules blindés de la police, les fonctionnaires répliquent avec brutalité et tirent des grenades lacrymogènes dans la foule. Des manifestants en sang passent devant la caméra de la chaine Al Jazeera, beaucoup de blessés gisent par terre et sont soignés par les gens."

[16:15] La police est en train de reconquérir le pont du Caire à coups de grenades lacrymogènes que les manifestants essayent de lui renvoyer.- Selon Al Jazeera, les manifestants ont pris le contrôle de la place centrale de Suez. Il n'y a plus de présence policière. Selon le correspondant de la chaîne, "la police a été totalement défaite par le pouvoir du peuple". (in Guardian). Trois véhicules blindés ont été incendiés à Suez, selon la chaine d'information qatarie.
 

 
[16:30] Une journaliste d'Al Jazeera compare Le Caire à une zone de guerre : "Il pleut des grenades lacrymogènes". -  Reuters rapporte la mort d'un manifestant à Suez. - Des agents de la sécurité égyptienne annoncent que le prix Nobel Mohamed El Baradei est placé en résidence surveillée.

[16:45] Sur twitter, on annonce la destruction des sièges du Parti National Démocratique (PND) de Hosni Moubarak à Dumyat (Daniette) et Almansoura. - Rawya Rageh d'Al Jazeera affirme qu'elle a vu un manifestant tué à Alexandrie, son corps en sang transporté à travers les rues par la foule scandant : "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu." La correspondante ajoute que la police est maintenant dépassée par les manifestants dans cette ville.

[17:00] Selon un commentaire sur Al Jazeera, l'armée, qui s'est tenue à l'écart jusqu'à présent, pourrait faire son apparition. -  D'après le Guardian, la foule du Caire réclame les renforts et le soutien de l'armée :  "Où est l'armée ? Venez voir ce que la police nous fait. Nous voulons l'armée", criait-on dans le centre.ville avant que les grenades lacrymogènes ne recommencent à pleuvoir. - Le site du journal égyptien Al-Masry Al-Youm est à nouveau actualisé. Dernière information : "À l'Est du Caire, des milliers de manifestants se dirigeraient vers le palais présidentiel à Héliopolis."

[17:30] Les médias d'État décrètent un couvre-feu dans 30 minutes, qui durera de 18:00 à 7:00 demain matin et concerne les villes du Caire, d'Alexandrie et de Suez. D'après la Guardian, les protestataires ne semblent pas près de s'y plier et la police ne paraît pas en mesure de les y contraindre. - Une petite trêve des hostilités pour la prière du soir, tandis que les réverbères oranges s'allument...

 
[17:45] La TV égyptienne annonce que le président Moubarak a demandé à l'armée d'assurer le maintien de l'ordre aux côtés de la police, sans doute pour imposer le couvre-feu qui commence dans 15 minutes. - Selon le correspondant du Spiegel : "des milliers de manifestants sont sur le point de prendre le contrôle de la place Tahrir au centre du Caire. Ils portent des banderoles et des pièces en métal pour se protéger. Ils ne se laissent pas intimider et bravent le gaz lacrymogène. Ils se battent pour avancer mètre par mètre. La police ne semble pas disposée à affronter la foule plus longtemps."

[18:00] Début du couvre-feu. La nuit tombe sur Le Caire. Sur Al Jazeera, on aperçoit de la fumée qui s'échappe d'un bâtiment proche du siège du PND. - Les manifestants incendient un véhicule blindé qu'ils ont essayé de jeter dans le Nil. - Le décret du couvre-feu ne semble faire aucun effet.

[18:15]  Selon le Guardian et Al Jazeera, le président Moubarak se préparerait à faire un discours télévisé ce vendredi soir. - Nuit noire. Les flammes jaillissent d'un véhicule incendié. - D'après Al Jazeera, des véhicules blindées, des tanks de l'armée se dirigent vers les centres du Caire et de Suez. - Selon le Guardian, qui se base sur des images TV, c'est le siège du parti gouvernemental PND qui est en feu. L'information est confirmée par Amin Iskander, un opposant du parti nassériste Al-Karama, au téléphone sur Al Jazeera, qui affirme que tous les autres sièges du parti seront incendiés.

[18:30] Les véhicules militaires patrouillent, mais on ignore encore quel camp l'armée va soutenir, selon Peter Beaumont, le correspondant du Guardian au Caire.- Sur Al Jazeera, on entend un grand nombre de détonations, interprétées comme des coups de feu. - Reuters signale des tanks à Suez. - Selon Al Jazeera, un poste de police au centre du Caire, des véhicules de patrouille et un réservoir d'essence devant le poste sont en flammes. À l'instant, le commentateur croit reconnaître le bruit d'une fusillade intense.

Le Guardian vient de publier une vidéo qui résume la journée (en anglais) après les prières du vendredi :

 

[19:00] CNN rapporte qu'un manifestant a été abattu au Caire en ramassant une pierre qu'il voulait lancer sur les forces de l'ordre. Des témoins et la police ont confirmé la mort de l'homme.- Al Jazeera fait un plan fixe sur l'important incendie d'un bâtiment au Caire. - À l'instant, la ministre américaine des Affaires étrangères, Hillary Clinton, qui se dit "très préoccupée par l'usage de la force", lance un appel au calme, exhorte le gouvernement égyptien à rétablir les communications et à mettre en œuvre des réformes. Vu la situation présente, elle aura peu de chances d'être entendue.

[19:15] On continue de rapporter des patrouilles militaires dans les rues du Caire. Sur une image d'Al Jazeera, on voit quelques personnes applaudir à leur passage. - Selon Associated Press, des milliers de protestataires essayent de prendre d'assaut les bâtiments du ministère des Affaires étrangères et de la télévision d'État.- Les intentions de l'armée restent incertaines. - Le nombre des véhicules incendiés augmente. - Le couvre-feu n'a aucun effet, pour l'instant.

[19:30] Un membre du groupe autour de M. El Baradei annonce sur Al Jazeera que 80.000 personnes protestent à Port Saïd, où un enfant de 14 ans aurait été tué. - La chancelière allemande Angela Merkel, qui participe au forum économique mondial de Davos, exhorte le gouvernement égyptien à autoriser des protestations pacifiques. Elle affirme que la stabilité du pays est extrêmement importante, mais que la liberté d'expression doit y être garantie (in Spiegel)

[19:45] Le couvre-feu vient d'être étendu à l'ensemble du pays, comme l'annonce la TV d'État. - Selon Reuters, dix personnes ont été blessées au Caire aujourd'hui, certains par balles. - Peter Bouckaert (Human Rights Watch) : "L'armée s'est déployée à Alexandrie, mais l'ambiance est calme. Les soldats parlent avec les protestataires. Les incendies du bâtiment du gouvernorat et de beaucoup de commissariats d'Alexandrie se confirment." (in Guardian) - On continue d'attendre l'intervention du chef de l'État, annoncé deux heures plus tôt, tandis que les forces de l'ordre protègent les bâtiments officiels. - "Où est Moubarak ?" demande le Spiegel.

[20:15] On entend les sirènes des véhicules de pompiers. On craint que les flammes s'emparent du Musée National d'Égypte au Caire. À entendre le bruit sur le microphone du commentateur d'Al Jazeera, il semble y avoir beaucoup de vent. - Les images montrent á présent des manifestants qui acclament les chars de l'armée.

[20:30] Interviews de manifestants sur France 3, qui réclament de l'eau, de la nourriture, du travail. - Les mêmes images passent en boucle sur Al Jazeera, qui suit les événements depuis le début de la journée. - Selon une information non confirmée, diffusée sur Al Jazeera, l'armée se serait heurtée aux forces de police au Caire. - Le Spiegel rapporte que les protestataires ont pris d'assaut le bâtiment de la télévision d'État, qui selon la chaîne d'information  al-Arabiya (de Dubaï) continue d'émettre.

[20:45] Titres d'Al Jazeera : Plusieurs bâtiments en feu à Suez, tandis que les manifestants bravent le couvre-feu.- Au Caire, les protestataires ont pillé le QG du parti gouvernemental en proie aux flammes. - On avance le chiffre de 870 blessés pour la seule ville du Caire (Reuters, rapports médicaux).

[21:00] France 2, interview d'une femme : "Celui qui succède à Moubarak je m'en fiche, pourvu qu'il s'occupe des pauvres !" Compte-rendu au Caire : Couvre-feu non respecté, voitures incendiées, plusieurs bâtiments en feu. Commentaire de Charles Enderlin : "Le Caire va passer une soirée, une nuit très, très longue." - Titre d'Al Jazeera : Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, condamne la coupure d'Internet et exhorte le gouvernement égyptien à éviter d'autres violences. "L'un des principes fondamentaux de la démocratie est la protection et la garantie de la liberté d'expression des citoyens", a-t-il déclaré en marge du forum de Davos (in Spiegel). - La compagnie Egypt Air suspend tous ses vols pendant 12 heures à partir de maintenant (21:00).

[21:15] La Maison Blanche vient d'annoncer qu'elle diffère la conférence de presse prévue sur la situation égyptienne. On spécule que le président Obama pourrait s'exprimer en personne (in Guardian). - Selon des sources médicales, au moins cinq personnes ont été tuées au Caire (in Spiegel).

[21:30] Reuters rapporte qu'un témoin a vu l'armée disperser les protestataires qui ont cherché à s'emparer du bâtiment de la télévision dans le centre du Caire (in Guardian). - Le Spiegel écrit : "Le chef du parti libéral du Wafd,  Sajjid al-Badawi, exige ce vendredi soir la formation d'un gouvernement de transition et un changement de la Constitution. Il déclare aussi que son parti refuse pendant cette phase critique "toute ingérence étrangère". La chaîne d'information al-Arabiya a retransmis la conférence de presse. Le parti du Wafd est réputé traditionaliste. C'est le premier groupe politique à prendre la parole dans la situation confuse qui règne au Caire." - La compagnie allemande Lufthansa annule un vol prévu pour 4:50 demain matin en raison du couvre-feu.

[21:45] D'après le Guardian, Nile TV, une chaîne publique rattachée à la télévision d'État (ERTU), diffuse à présent des images des protestations. Le journal ajoute : "C'est peut-être un événement significatif car ces images sont en contradiction avec les émissions précédentes du diffuseur."- Titre d'Al Jazeera : Une douzaine de véhicules incendiées près du QG du parti gouvernemental.

[22:00] Le Guardian rapporte cet échange :  "Ben Wedeman de CNN  – qui a fait de l'excellent travail toute la journée – est interrogé sur la raison pour laquelle les choses se sont calmées au Caire. "Jim,  les choses se sont calmées parce qu'il n'y a pas de gouvernement ici." Autrement dit, l'armée et la police ont disparu." - Par ailleurs, on commence à s'inquiéter pour le tourisme, qui est une source importante de revenus pour le pays. Les différents ministères ont donné des consignes aux visiteurs européens et nord-américains sur place. Selon une voyageuse citée par le Guardian, les sites touristiques ne seraient pas ou peu touchés par les mouvements de protestation.

[22:15] Le Guardian annonce que la conférence de presse sur l'Égypte vient de commencer à la Maison Blanche. - Le Spiegel rapporte que le président Obama a été "briefé" pendant 40 minutes par ses conseillers spéciaux, dont  Tom Donilon, sur la situation égyptienne. - Or, c'est Robert Gibbs, attaché de presse de la Maison Blanche, qui répond aux journalistes. Il confirme que le président n'est pas entré en contact avec Hosni Moubarak. Un certain nombre de ses réponses sont évasives : rien d'important ne filtre. (in Guardian) - Selon le Spiegel, "il semble que les manifestations s'accompagnent de pillages au Caire. Un jeune manifestant a déclaré sur al-Arabiya qu'il aurait vu des hommes piller des magasins dans le quartier résidentiel  de  Mohandesien. Aucun policier, aucun soldat ne se seraient interposés.  Un patron de restaurant a dit : "Ce chaos sera une leçon pour les jeunes gens cultivés, qui ont organisé leurs manifs sur Internet. Voilà qu'ils ont fait sortir la populace et les pillards dans la rue, ce n'est surement pas ce qu'ils voulaient faire"."

 [22:45] Sur Al Jazeera, un observateur pense que Hosni Moubarak a perdu la confiance du peuple, mais également celle de l'armée. Il est décrit comme une personne arrogante sans aucune écoute. -. La chaîne annonce 11 morts et 200 blessés à Suez. - Une journaliste a interrogé des soldats qui ont déclaré que leurs ordres se résumaient à protéger les gens et la ville.

[23:00]  Al Jazeera montre le bâtiment du PND en flammes. Un titre souvent répété veut que les manifestants applaudissent au passage des véhicules militaires. Sur les images, l'enthousiasme populaire semble plutôt modéré. En effet, on ne connaît toujours pas la position de l'armée. - Le Spiegel rapporte que le chef d'état-major de l'armée égyptienne, le général Sami Enan écourte une visite aux États-Unis pour rentrer au pays. - Al Jazeera annonce que les soldats se seraient joints aux protestataires pour protéger le Musée National du Caire. - Un tweet (!) de Ben Wedeman (@bencnn) au Caire pour CNN : "Vu le QG du parti au pouvoir en flammes, la police se réfugier à la caserne quand les protestataires ont essayé de les poursuivre. Entendu que le parlement brûle."

[23:30] Al Jazeera signale l'imminence d'une "annonce importante" du parlement égyptien. - Reuters parle maintenant de 1030 blessés au Caire où 5 morts sont déplorés jusqu'à présent ; le nombre de morts à Suez est passé à 13, auxquels s'ajoutent 75 blessés dans cette ville.

[00:00]  Tous les derniers tweets de Ben Wedeman semblent avoir disparu de son compte. À présent, il dit "bonne nuit" dans un message vieux de six heures ! Le nombre d'abonnés a également diminué d'un tiers. - Sur Al Jazeera, on continue de se faire des soucis : "Où est le président ? Où est le Premier ministre ? L'Égypte n'a pas de vice-président !" On attend l'annonce "importante" et "imminente" du porte-parole de l'Assemblée populaire...

[00:15] C'est le président Moubarak en personne qui se charge de la déclaration en direct sur Al Jazeera. Son utilisation du "nous" laisse présager qu'il a l'intention de s'accrocher au pouvoir. Il déplore les "victimes innocentes des deux côtés" et fustige la violence, le chaos, le pillage de ce que "nous" avons construit. Il comprend la souffrance du peuple, les problèmes de chômage. Il parle de "réformes" qu'il faut poursuivre, il promet "plus de démocratie", de "liberté des citoyens". Il annonce qu'il nommera demain un nouveau gouvernement, et qu'il fera tout le nécessaire pour maintenir la sécurité dans le pays.  "Que Dieu bénisse l'Égypte" etc.

[00:30] L'heure est maintenant aux comptes et aux commentaires. Mais il n'est pas certain que la rue renonce aussi vite, et sur des promesses aussi vagues et rhétoriques, à une parole qu'elle vient tout juste de prendre.

 
~ Un vendredi en Égypte - Fin de l'épisode  ~
 

Comptes et commentaires (29 janvier 2011)

 
Dans la nuit au samedi, le président Obama est finalement intervenu en personne à la télévision. Il a demandé aux autorités égyptiennes de "renoncer à la violence contre les protestataires" et réclamé "des mesures concrètes pour garantir les droits de la population" sur le plan économique, social et politique.  "En dernier ressort, c'est le peuple qui déterminera l'avenir de l'Égypte, et nous pensons que le peuple veut la même chose que nous. Le peuple égyptien veut un avenir en rapport avec l'héritage d'une grande et ancienne civilisation."  Le président déclare aussi que les États-Unis sont "prêts à collaborer avec le gouvernement et la population pour atteindre ce but". Il précise enfin qu'il "vient de s'entretenir avec le président Moubarak après son discours" pour lui dire "qu'il est de sa responsabilité de donner du sens à ses paroles". Car "la violence n'est pas une réponse aux revendications du peuple."

 
Ce samedi matin (29-01-2011), Al Jazeera annonce au moins 53 morts dans le pays pour la journée d'hier. Puis un intertitre fait état, sans autre précision, de 95 morts au moins dans les protestations à travers l'Égypte. À l'image, en direct du Caire, on voit défiler un grand nombre de personnes. La chaîne annonce 50.000 protestataires rassemblés sur la place Tahrir au centre-ville. En effet, une foule importante, qui scande des mots d'ordre, apparaît maintenant à l'écran. Le commentaire précise que la police est pour l'instant absente, mais que l'armée est positionnée à des points stratégiques de la ville. Plus tôt ce matin, des chars bloquant une grande artère ont été montrés. On a également pu voir des véhicules carbonisés et des bâtiments incendiés, dont la fumée s'échappait encore. - Un commentateur dit qu'Internet est toujours coupé (depuis 36 heures maintenant).

 
[13:00] Le journal de France 2 montre des images terribles d'affrontements qui ont eu lieu dans la nuit entre l'armée et les protestataires, des véhicules tentant de s'échapper en fauchant des manifestants. On voit le siège du parti gouvernemental (PND) flamber, des scènes de pillage "ciblé", comme dit le commentaire. Cependant, le Musée National du Caire, situé à côté du building du PND, a été protégé par les gens. - La grande préoccupation du journal est le tourisme. On entend des "voyagistes" parler de "pertes sèches".

 
Voici quelques informations du fil d'actualités d'Al Jazeera, mis en ligne ce matin (heure du Caire) :

 
[07:00] La téléphonie mobile est partiellement rétablie en Égypte. - On rapporte que la police aurait ouvert le feu sur des manifestants place Tahrir.
[08:30] La correspondante Rawya Rageh affirme avoir vu vingt corps à Alexandrie.
[08:45] Les protestataires sont de retour dans les rues du Caire.
[09:45] Rawya Rageh fait état d'importants rassemblements à Alexandrie.
[11:00] Une centaine de personnes se rassemblent près de la morgue du Suez, où 12 corps reposeraient.
[12:38] La télévision d'État annonce officiellement que le gouvernement a démissionné.
[12:50] Heurts entre les manifestants et la police, qui utilise des balles réelles pour contenir la foule (Reuters)
[13:10] L'opposant et prix Nobel de la paix Mohamed El Baradei, assigné à résidence, déclare sur la chaîne que le président Moubarak devrait s'en aller. Son discours télévisé aurait été "décevant pour les Égyptiens". - À Alexandrie, le nombre officiel des morts est passé à 27.
[14:00] Près de la frontière israélienne, un groupe de bédouins a attaqué un poste de la sécurité d'État, tuant trois policiers, selon des témoins et une source officielle. - Le siège du PND à Luxor a été incendié. Les chars entrent dans la ville.
[14:10] L'armée ferme l'accès touristique aux pyramides.
[15:00] Un correspondant "confirme" maintenant 36 morts en Alexandrie, où plusieurs postes de police ont été incendiés. Les protestataires, moins nombreux qu'hier, se rassemblent sur la Corniche. - Au moins 8 personnes tuées par balles dans une prison près du Caire. Les autorités demandent la fermeture de toutes les banques.
 

Il semble que, pour l'heure, la colère de la population ne s'est pas apaisée. La nomination d'un nouveau gouvernement va-t-elle changer les choses ? Il est permis d'en douter. - Les commentaires de la chaîne qatarie laissent planer le doute sur la position réelle de l'armée. Certains reportages tendent à montrer une certaine solidarité des militaires avec la population, d'autres font apparaître des signes d'hostilité, voire des actes de brutalité. - À présent, un correspondant dit qu'il a vu les gens offrir des fleurs aux soldats.

La Bourse saoudienne, la plus grande place financière du monde arabe, a chuté de 6,43% ce samedi en raison des "tensions égyptiennes". Les traders craignent que d'autres marchés du Golfe, qui ouvrent le dimanche, soient entraînés dans la chute.

 [15:30] Aucune confrontation entre militaires et protestataires n'a été rapportée dans la capitale. L'armée est toujours accueillie amicalement, quelques roses sont offertes aux soldats. Le correspondant d'Al Jazeera, Ayman Mohyeldin a également remarqué que les manifestants n'arborent aucun signe de reconnaissance politique.

[15:45] Un millier de personnes essayent de prendre d'assaut le ministère de l'Intérieur au Caire, connu sous le nom de "maison de la torture".

Le Guardian a mis en ligne un nouveau fil d'actualité. Voici quelques informations (heure du Caire):

[13:20] Selon Reuters, 74 personnes auraient été tuées et 2.000 blessées à ce jour dans les manifestations (sources médicales, hôpitaux, témoins). L'agence précise qu'il ne s'agit pas de chiffres officiels et rapporte  68 morts au Caire, à Suez et en Alexandrie pour la journée d'hier, et au moins six personnes tuées auparavant.

[13:50] La TV d'État annonce que le couvre-feu imposé au Caire, à Suez et en Alexandrie est maintenant en vigueur de 16:00 aujourd'hui à 08:00 demain matin.

[15:15] Mise en ligne d'une vidéo d'Associated Press enregistrée ce matin : 

 

 
[15:35]  Reuters rapporte une déclaration de l'armée selon laquelle toute personne violant le couvre-feu se mettrait en danger. - Une personnalité religieuse se serait rendue à la télévision d'État pour mettre en garde les musulmans contre le "versement du sang", un "acte contraire à la loi islamique".

[16:00] À propos des protestations au centre du Caire, AP rapporte que la manifestation sur la place Tahrir a débuté dans le calme, puis les policiers ont commencé à tirer sur la foule près du ministère de l'Intérieur. On ne sait pas s'ils utilisent des balles réelles ou caoutchoutées. Un capitaine de l'armée a rejoint les manifestants qui l'ont porté sur les épaules en scandant des slogans hostiles à Moubarak. L'officier a déchiré un portrait du président.

 
[16:45] La caméra d'Al Jazeera fait un panoramique sur la vaste place Tahrir : une foule compacte y déambule en scandant des slogans hostiles au régime et au président ; on aperçoit des drapeaux égyptiens ; il n'y a pas de signes de violence. - Le couvre-feu en vigueur depuis 45 minutes ne semble faire aucun effet.

[17:00] Les images montrent à présent un char léger roulant avec des dizaines de personnes sur sa plate-forme, entouré de manifestants agitant de grands drapeaux nationaux. Le commentateur parle d'une manifestation extrêmement pacifique. Les militaires ne sont pas pour l'instant intervenus contre les protestataires pour faire respecter le couvre-feu. - Pour la journée d'hier, la chaîne d'information recense à présent au moins 25 morts au Caire,  38 à Suez et 36 en Alexandrie, ce qui fait un total d'au moins 99 (quatre-vingt-dix-neuf ou nonante-neuf) personnes tuées (*). Un chiffre énorme qui, avec les milliers de blessés, donne une idée de la violence des affrontements d'hier !

[17:10] On voit à présent un cortège de manifestants au Caire, qui transportent un corps recouvert du drapeau égyptien en guise de linceul. L'un des protestataires découvre le visage du mort.

 
Omar Suleiman

[17:20] Omar Suleiman est nommé vice-président (et donc remplaçant du président en cas de défection). Un commentateur critique aussitôt cette décision qui, malgré la respectabilité de la personne nommée, interviendrait trop tard. Il l'interprète également comme un signe annonçant que H. Moubarak est sur le point de quitter le pouvoir. - Directeur du renseignement égyptien (Jihaz al-Mukhabarat al-Amma) et ministre sans portefeuille,  le lieutenant général Omar Suleiman est présenté comme "l'espion en chef" du gouvernement, chargé notamment des négociations avec les autorités israéliennes et palestiniennes.

[18:00]  La nuit est tombée sur l'Égypte. - Al Jazeera confirme que 8 prisonniers ont été tués par la police dans une maison d'arrêt près du Caire lors d'une tentative d'évasion. On parle d'actes de pillage et de vandalisme. Selon les reporters, les forces de police semblent être absentes. - Cependant, Reuters rapporte qu'au moins cinq protestataires ont été blessés par la police lors de l'opération visant le ministère de l'Intérieur, ce qui contredit un rapport précédant faisant état de 3 morts dans cette tentative d'assaut (in Guardian).

 
[18:15] Le ministre de l'Air (Aviation), Ahmed Shafiq, vient d'être nommé Premier ministre et doit former le nouveau gouvernement. - Les deux fils du président Moubarak, Gamal et Aalai, seraient arrivés à Londres (Al Jazeera).

[18:50] Dans le quartier al-Mahdi du Caire, un témoin très remonté rapporte au téléphone des vols et des pillages en demandant : "Où est la police ?" La présentatrice espère que l'armée viendra prêter main forte aux habitants qui essaient d'organiser la protection de leurs biens (Al Jazeera).

[19:00] Al Jazeera a passé quelques images terribles de corps ensanglantés entreposés dans les morgues, de toute évidence des personnes tuées par balles. Dehors, des femmes et des hommes en colère et en deuil, brandissant les cartes d'identité des défunts et criant leur haine pour le président Moubarak, qui doit "lui aussi partir".

[19:15] Un appel officiel sur la TV d'État, relayé par Al Jazeera, exhortant les citoyens à se défendre contre les pillards, qui sont devenus un vrai problème. - Un peu plus tôt, un militaire posté sur un tank a fait la même annonce par mégaphone, disant que l'armée était aux côtés de la population, mais qu'elle ne saurait mener seule la lutte contre les voleurs. - La correspondante de la chaîne à Suez, Sherine Tadros rapporte que l'armée entend faire respecter le couvre-feu dans le centre-ville. Les protestataires se sont mis en colère contre les militaires, provoquant une échauffourée. Mais Mme Tadros a également pu observer des gens qui prenaient tranquillement le café avec les soldats.

Pendant ce temps, l'Égypte reste injoignable sur Internet :

 

 
[19:40] Mohamed El Baradei intervient par téléphone sur la chaîne qatarie pour exhorter à nouveau le président Moubarak à la démission immédiate. Il est partisan d'un gouvernement d'unité nationale qui comprendrait des personnalités de la vie civile afin de sortir le pays de la dictature qui y règne depuis une trentaine d'années. Selon M. El Baradei, le président a tenu hier soir un discours vide de sens. - Par ailleurs, le prix Nobel de la paix ne veut pas que les préoccupations de politique étrangère interviennent dans le débat national. Il souhaite une loi civile et non militaire. Il salue la jeunesse dans la rue, qui est l'avenir de l'Égypte, et lui demande de protéger le bien public. Il adresse également un message à l'armée, dont le rôle consiste à protéger la population.

[20:00] "Des résidents cairotes signalent des bandes de jeunes, certaines à moto, qui vrombissent à travers les rues, pillent supermarchés, centres commerciaux et magasins. Certaines de ces bandes font irruption dans les quartiers résidentiels de la banlieue proche pour cambrioler les appartements et villas de luxe.  Des coups de feu ont pu être entendu dans le centre-ville et dans les quartiers périphériques." (in Guardian)

[20:15] Le Guardian donne les chiffres d'Associated Press, qui diffèrent de ceux d'Al Jazeera : Un total de 62 morts pour les journées d'hier et d'aujourd'hui.

[20:30] Le journal de France 3 montre des images de banques étrangères saccagées au Caire. - Le commentaire remarque que peu ou pas de femmes ont participé aux manifestations de la journée.

[20:45] Al Jazeera rapporte que dans un vaste district d'Alexandrie, l'eau a été coupée. On parle également d'affrontements entre citoyens et provocateurs, mais la situation est trop dangereuse pour une investigation journalistique. On note une absence totale des forces policières et militaires dans cette ville ; les citoyens essaient d'éviter un effondrement complet de l'ordre et de la sécurité (info reprise par le Guardian). - Un porte parole du Musée Égyptien du Caire rappelle que deux momies et un sarcophage ont été saccagés (Al Jazeera). - Plus tôt dans la journée, un porte-parole de l'Assemblée populaire déclare qu'il n'y aura pas de présidentielles anticipées : ces élections sont en principe prévues pour septembre 2011 (in Der Spiegel).

[21:00] Le correspondant de France 2 au Caire rapporte que beaucoup de gens rentrent à présent chez eux, par crainte des pillages et en raison de la fatigue. La chaîne publique se montre toujours aussi concernée par les problèmes du tourisme.

[21:30] Al Jazeera montre des images du Musée Égyptien. Outre les deux momies et le sarcophage, des vitrines ont été brisés et des objets "sans prix" détruits. Après que la population eut essayé de protéger les lieux contre le vandalisme, l'armée a pris le contrôle du musée archéologique. - Dans la ville d'Alexandrie des milliers de personnes bravent le couvre-feu. La place Tahrir du Caire reste également un point de ralliement. Si l'on excepte la lutte contre les pillards et les affrontements autour du ministère de l'Intérieur, aucun acte de violence n'a été rapporté ce soir.


 


(*) Le chiffre de 38 morts alexandrins avait d'abord été donné, un chiffre revu à la baisse ce soir [20:00, heure du Caire].

Silence sur l'Égypte (30 janvier 2011)

 
image : DPA - Spiegel

 
Ce dimanche matin (30-01-2011), on apprend que la chaîne d'information qatarie Al Jazeera, qui assurait depuis quelques jours la couverture des événements en direct et en continu, a été interdite en Égypte. Après la suspension d'Internet et de la téléphonie mobile, elle était devenue la principale source de renseignements dans le pays.

Parmi d'autres organes de presse, Le Monde continue de proposer un fil d'actualités, de même que le quotidien britannique Guardian, qui reprend les dépêches de l'agence Reuters, ainsi que l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

À 12:00, heure locale, Al Jazeera reprend pourtant ses reportages en direct du Caire : sur un plan fixe, on aperçoit des tanks barrant une avenue, sur un autre on constate que le trafic est apparemment normal en ce premier jour ouvrable de la semaine : business as usual ? - Or, l'émission se poursuit à présent en studio et les correspondants utilisent le téléphone. - Le Monde rapporte que la réception de la chaîne est bloquée à travers le pays.

 
 image : al jazeera

 
Le Spiegel rapporte que la Bourse égyptienne restera fermée aujourd'hui et lundi. - De même, la frontière avec la bande de Gaza est bouclée. - Par ailleurs, le journal signale que l'armée a fait son entrée à Charm el-Cheikh, haut-lieu du tourisme égyptien.

[13:00] (*) Le Monde rapporte la présence massive de l'armée et l'absence quasi totale des forces de police. au Caire. Peu de manifestants pour l'heure : les manifestations auraient lieu cet après-midi. - Selon Reuters,  la prison de Wadi el-Natroun, à 120 km au Nord-Ouest du Caire  a été prise d'assaut : plusieurs milliers de détenus auraient été libérés dont 34 membres des Frères Musulmans, parmi eux 7 leaders de l'organisation (source : Mohamed Osama, responsable du bureau des Frères Musulmans).

Dans une interview au quotidien berlinois Der Tagesspiegel, la directrice du Musée Égyptien du Caire, Wafaa al-Saddik, accuse gardiens et policiers de vol et de saccage : "C'étaient les gardiens du musée, notre propre personnel !" Certains policiers auraient apparemment tombé leurs vestes "pour ne pas être identifiables". Un second groupe serait entré par le toit. Les destructions ont toutes été perpétrés au premier étage, où se trouve le célèbre trésor de Toutankhamon : "Beaucoup de statues ont été jetées par terre et détruites, parmi elles des représentations de divinités appartenant au trésor de Toutankhamon." Les pillards ont volé plusieurs bijoux et parures pharaoniques. Deux momies ont été gravement endommagées lors de l'effraction.

 
[14:00] Sur Al Jazeera, on s'interroge : "Que va faire l'armée ?" - Selon des chaînes d'information arabes, non nommées par le Spiegel, on parle maintenant de 150 morts au moins depuis la journée meurtrière de vendredi, après plusieurs actions dans la nuit contre des prisons situées à l'extérieur du Caire.

[14:30] Le Guardian met en ligne cette vidéo d'Associated Press qui rend compte des "manifestations pacifiques" de la matinée.

 

 
[15:00] Al Jazeera et le Spiegel annoncent le rassemblement de plusieurs milliers de protestataires place de la Libération au Caire. - Malgré l'interdiction qui la frappe, la chaîne qatarie est en mesure de diffuser quelques images en direct de la place, où l'on aperçoit une foule grandissante. - Aucune violence n'est rapportée pour l'instant. - Selon Peter Beaumont, des "chars US-américains modernes" ont été déployées au Caire. Le journaliste en a compté sept. Cela semble confirmer la rumeur selon laquelle certaines troupes d'élite stationnées dans le désert rejoignent la capitale (in Guardian). - Selon le Spiegel, beaucoup d'États évacuent leurs citoyens d'Égypte, notamment la Jordanie, le Qatar, le Koweït,  l'Arabie Saoudite et les émirats du Golfe. Un grand nombre d'US-Américains, de Turcs et d'Italiens attendent également leurs avions : il y aurait  une "bousculade terrible" à l'aéroport du Caire. Par ailleurs, les États-Unis proposent au personnel d'ambassade de rentrer à la maison : tous ceux qui ne participent pas directement aux affaires courantes sont autorisés à quitter le pays.

[15:45] Un responsable des Frères Musulmans prend la parole sur Al Jazeera (par téléphone) : il demande la démission du gouvernement et déclare soutenir l'organisation de Mohamed El Baradei, l'Association pour un Changement Politique, pour la formation d'un "gouvernement de salut national". - Des milliers de protestataires se rassemblent sur la place Tahrir, au centre du Caire.- La présence militaire au centre du Caire reste massive, un hélicoptère de l'armée tourne au-dessus de la place Tahrir, pas d'affrontement entre manifestants et soldats pour l'heure. Al Jazeera parle d'avions de combat  qui volent en basse altitude au-dessus du centre-ville. Selon une correspondante au téléphone, il s'agirait de faire peur au gens : "Mais les gens n'ont pas peur", ajoute-t-telle. À l'antenne, on entend la clameur impressionnante de la foule entrecoupée du vrombissement des avions à réaction.

[16:00] C'est en principe le début du couvre-feu, décrété hier à cette heure de la journée. Et, en effet, la TV d'État confirme la mesure gouvernementale. Or, la foule des manifestants est de plus en plus dense. - Tout porte à croire que le gouvernement Moubarak tente un coup de force (désespéré). L'évacuation des ressortissants étrangers et l'arrivée de forces spéciales, rapportée au conditionnel par Peter Beaumont, pourraient être interprétées dans ce sens. - Au téléphone, une correspondante d'Al Jazeera, qui paraît assez angoissée, dit également qu'une escalade se préparerait.

[17:30]  Des fausses rumeurs sur la chute de Moubarak ont été accueillies par des acclamations et des embrassades place Tahrir, selon Peter Beaumont, qui rapporte de possibles préparatifs de l'armée en vue d'une intervention : les canons à eau sont apparus et les chars ont été rangés en double colonne (in Guardian). - Sur CNN, Mohamed El Baradei a réclamé le départ immédiat du président Moubarak. L'opposant dit qu'il a été mandaté par les organisateurs du mouvement de protestation pour négocier un gouvernement d'union nationale avec le pouvoir : "J'espère entrer rapidement en contact avec les militaires. Nous devons travailler ensemble" (in Spiegel).

[18:00] Peu à peu, la nuit enveloppe Le Caire. - Le Spiegel rapporte que "l'élite égyptienne quitte le pays" : 45 jets privés ont décollé de l'aéroport du Caire contre 19 la veille, emmenant des entrepreneurs, des diplomates et des artistes (!). D'autres passagers privés attendent le départ dans un terminal spécial, selon l'administration de l'aéroport. - Mohammed El Baradei serait en route pour rejoindre les protestataires de la place Tahrir. Certains commentateurs pensent qu'il serait en train de faire le "pitch" pour devenir le chef du gouvernement d'union nationale qu'il réclame (in Guardian).

[18:15] Au téléphone, un correspondant d'Al Jazeera place Tahrir dit que l'arrivée de M. El Baradei serait imminente. - La chaîne qatarie annonce que l'armée a arrêté 3200 personnes depuis les pillages d'hier soir,  la plupart seraient des criminels et des prisonniers évadés.

[18:30] Le correspondant Jack Shenkers rapporte que M. El Baradei est arrivé place Tahrir ; selon le journaliste, "les gens sentent que la chute du régime est imminente" (in Guardian). Al Jazeera confirme l'arrivée du prix Nobel de la paix.

[18:45] Selon des témoins, quelque 7000 protestataires bravent le couvre-feu sur la place Tahrir. La foule scande : "Il [Moubarak] s'en va, nous pas !" (in Spiegel)

 

 
[19:15] Sans donner de précisions, Al Jazeera mentionne d'autres mobilisations à travers le pays ce soir. - Les téléspectateurs égyptiens ne peuvent pas voir les images de M. El Baradei sur la place Tahrir diffusées par Al Jazeera puisque la chaîne continue d'être bannie des écrans nationaux  (in Guardian). Normalement, on la capte via le satellite Nilesat, où elle a été bloquée. En principe, elle devrait toujours être accessible par Hotbird  et Astra (il suffit de réorienter la parabole !).

[19:30] Reuters annonce que la police serait de retour demain pour régler la circulation et combattre la criminalité, mais non pour intervenir contre les manifestants (source : sécurité égyptienne).

[19:45] Sur Al Jazeera, un observateur dit que "c'est un mouvement politique" ; peu de gens auraient réclamé du pain ou du travail, la plupart ont scandé : "à bas le régime, à bas Moubarak".  - Sur son fil d'actualités, Al Jazeera annnonce que des dizaines de milliers de protestataires demandent le départ du président Moubarak à Mansoura (située à 120 km au Nord-Est du Caire).

[20:00] À travers un mégaphone, M. El Baradei s'est adressé aux manifestants : "Vous avez récupéré vos droits et ce qui a été commencé ne peut être repris... Nous demandons... la fin du régime et le début d'une nouvelle ère, d'une nouvelle Égypte... Je vous demande de la patience, le changement va intervenir dans peu de jours." - Des milliers de protestataires sont signalés en Alexandrie (Al Jazeera).

 
Mohamed El Baradei, place Tahrir, ce soir (image : al jazeera)

Le journaliste Simon Tisdall du Guardian donne les précisions suivantes : Des centaines de membres des Frères Musulmans étaient parmi les milliers de prisonniers qui se sont échappés lors d'évasions massives de quatre prisons égyptiennes la nuit dernière. Des bandes armées ont profité du chaos qui régnait au Caire et dans d'autres villes pour libérer les prisonniers, mettre le feu et engager des fusillades avec les gardiens. Un certain nombre de détenus ont été tués, d'autres ont été repris (source : sécurité égyptienne).

 
Le Caire, place Tahrir, ce soir (image : DPA - Der Spiegel)

[20:45] Al Jazeera rapporte qu'un char militaire a rejoint la marche des protestataires à travers la ville d'Alexandrie. Le commandant du tank dit que l'armée "n'a pas l'intention de mettre fin à la manifestation". - La chaîne qatarie signale que le fils du président, Gamal Moubarak, aurait été vu à Knightsbridge (Londres), où il possède une résidence.

Selon le Spiegel, la chancelière allemande Angela Merkel a téléphoné dans l'après-midi à Hosni Moubarak  pour lui dire de mettre en œuvre les réformes annoncées et de renoncer à la violence. De plus, elle lui a demandé d'établir un dialogue avec la population et de "répondre favorablement à ses exigences légitimes" (source : gouvernement fédéral).

[21.00] Il semble que les forces de police pourraient refaire leur entrée dans la ville du Caire dès ce soir . Pour l'instant, aucune présence policière n'a été signalée au centre-ville (Al Jazeera).  - Le journal de France 2 montre un reportage sur les comités d'auto-défense des citoyens qui, armés de bâtons ou de sabres, établissent des barrages un peu partout dans la capitale, qui compte 20 millions d'habitants. - D'après le commentaire, les magasins et les stations service commencent à se vider et des problèmes d'approvisionnement seraient à prévoir. - Le correspondant de la chaîne publique parle de pressions exercées sur les médias après la fermeture du bureau cairote d'Al Jazeera. Puis une brève séquence montre le président Sarkozy qui déclare : "La violence n'est jamais une solution. La violence appelle toujours la violence". Enfin, la mention obligatoire des problèmes touristiques. Et rideau sur l'Égypte vue de France !

[21:30] Dans la ville côtière d'Alexandrie, les funérailles des victimes de la violence ont donné lieu à des actions de protestation : plusieurs commissariats ont déjà été incendiés et les manifestants continuent de braver le couvre-feu qui, selon une annonce de la TV d'État, prendra effet dès 15:00 à partir de lundi (Al Jazeera).

Dans la journée, le président Moubarak est apparu à la télévision en compagnie de son nouveau vice-président, Omar Suleiman, et de l'actuel ministre de la Défense Mohammed Hussein Tantawi. Il visitait un centre opérationnel de l'armée et, selon le commentaire d'Ian Black du Guardian, "écoutait les briefings comme s'il commandait une bataille".

[21:45] Selon le Guardian, le président Obama a téléphoné aux chefs d'État de Turquie, d'Israël, d'Arabie Saoudite et de Grande Bretagne, appelant à la modération et aux droits universels, dont le rassemblement pacifique et la liberté d'expression. Il s'est également opposé à la violence et a souhaité la formation d'un gouvernement de transition en accord avec les aspirations du peuple égyptien (source : Maison Blanche).

[22:00] Heba Fatma Morayef de l'organisation Human Rights Watch se trouve sur la place Tahrir. Elle raconte : "Plusieurs milliers de personnes sont restées sur la place Tahrir, beaucoup disent qu'elles y passeront la nuit et resteront jusqu'à la démission de Moubarak. Il y eut une vague d'enthousiasme quand on a entendu que Mohamed El Baradei arrivait, mais malheureusement la plupart d'entre nous n'avons pas pu écouter ce qu'il disait - pas de hauts-parleurs, apparemment. - La place s'est vidée depuis cet après-midi, mais il y a toujours une ambiance géniale, un sens de la solidarité ; les gens se comportent très bien - ils sont assis autour de feux de joie ou se promènent en ramassant les détritus. Les groupes qui tombent sur un pillard occasionnel l'attrapent et le remettent aux militaires. Et pas de harcèlement sexuel - ce qui n'est pas la norme au centre-ville, notamment les jours de grande affluence ! On est contents de manger du kushari - heureusement que les vendeurs ambulants proposent encore de la nourriture, parce qu'on meurt de faim." (in Guardian)

[22.30] Selon un reporter de la BBC, des douzaines de juges se trouveraient parmi les manifestants de la place Tahrir. L'un deux accuse la police de corruption et de destruction de matériel compromettant (in Spiegel). - Sur place, Peter Beaumont rapporte des "coups de feu qui proviennent apparemment de l'Est de la ville [du Caire]. Les balles traçantes de gros calibre suggèrent qu'il pourrait s'agir de militaires. Des explosions du côté de l'aéroport et d'Héliopolis, où se trouve le palais présidentiel. Des chars semblent se diriger rapidement vers l'Est." (in Guardian)

[22:45] Un journaliste d'Al Jazeera signale que, malgré la censure d'Internet, le site de micro-blogging Twitter fait apparaître une grande activité en Égypte. De même, beaucoup de vidéos d'actualité seraient mises en ligne sur YouTube.

 
Ce matin sur la chaîne d'information i>Télé, Tariq Ramadan, d'origine égyptienne et petit-fils du fondateur des Frères Musulmans, s'exprimait sur la situation du pays. Son interlocuteur est Robert Ménard, le fondateur et secrétaire général (jusqu'en 2008) de l'association Reporters Sans Frontières.

 

 
[23:00] Al Jazeera annonce que les forces de police ont fait leur apparition dans les rues d'Égypte.

[23:30] Une correspondante de la chaîne qatarie au Caire signale des coups de feu qui durent depuis une heure maintenant. Elle dit aussi que les pillages ne sont pas dans les habitudes égyptiennes, qu'il pourrait s'agir de pauvres qui profitent de la situation. - Les États-Unis annoncent l'évacuation de milliers de ressortissants qui veulent quitter l'Égypte. L'opération débuterait lundi et nécessiterait un grand nombre de vols, selon la secrétaire d'État adjointe Janice Jacobs (in Guardian)

[00:00] 1500 protestataires peuplent encore la vaste place Tahrir au centre du Caire. D'autres manifestants sont signalés à Suez, Mansoura et Alexandrie. - Aucune violence n'a été rapportée...

 
~ Silence sur l'Égypte - Fin de l'épisode ~

Une semaine en Égypte (31 janvier)

 
Le point sur la situation

 
Les protestations durent maintenant depuis le mardi 25 janvier 2011. Pour l'heure, le président Moubarak s'accroche au pouvoir. Il a nommé un vice-président, Omar Suleiman, et un nouveau Premier ministre, Ahmed Shafiq, ancien ministre de l'Air. - Les protestations n'ont pas pour autant cessé. - L'accès à Internet et la téléphonie mobile restent bloqués à travers tout le pays. Le bureau cairote d'Al Jazeera a été fermé : ces derniers jours, la chaîne d'information diffusait des comptes-rendus sur la situation égyptienne en continu et en direct, qui permettaient aux manifestants de s'organiser.sans Internet et mobiles. De plus, la diffusion de la chaîne qatarie via Nilesat a été suspendue. - Depuis quelques jours, le monde a les yeux rivés sur l'Égypte. Beaucoup de journaux ont des correspondants sur place et proposent des fils d'actualité, parmi eux le  quotidien britannique The Guardian et le journal Le Monde (flux du 31-01). On peut également suivre les hashtags #25jan, #Egypt et #censorship sur Twitter. - Certains chefs d'État occidentaux, dont le président Obama, sont intervenus pour demander à Hosni Moubarak d'éviter la violence, d'autoriser les manifestations pacifiques et de permettre la libre expression des citoyens. On l'exhorte également à mettre en oeuvre des réformes en vue d'une démocratie réelle. En principe, des élections présidentielles sont prévues en septembre 2011. - Le prix Nobel de la paix, Mohammed El Baradei est rentré au pays : il a rejoint hier les manifestants et se profile comme un leader crédible de l'opposition politique. D'autre part, le mouvement des Frères Musulmans commence à se faire entendre et accorde son soutien à M. El Baradei pour la formation d'un gouvernement de transition que tous les protestataires continuent de réclamer en même temps que la démission du président Moubarak et la fin du régime. - Les chiffres varient, mais on parle d'au moins 150 morts et de milliers de blessés au cours des protestations de ces derniers jours.

 
Lundi 31 janvier 2011

 
[14:00] (*) Des milliers de personnes sont à nouveau rassemblées place Tahrir au centre du Caire. Al Jazeera diffuse des images en direct d'une foule impressionnante. Pendant ce temps, la TV d'État montre un pont sur le Nil à l'apparence très ordinaire et un hélicoptère militaire qui tourne au-dessus de la ville. - Les mouvements d'opposition appellent à une "manifestation d'un million de personnes" (!) pour demain, mardi (1-02-11). - Comme ils l'ont fait hier, les commentateurs de la chaîne évoquent à nouveau  la possibilité d'une vaste action  répressive que le régime pourrait organiser. - On apprend également que les Frères Musulmans sont en train de conduire leur première manifestation depuis le début du soulèvement populaire. - Par ailleurs, le président Moubarak vient de nommer le général en retraite, Mahmoud Wagdy, ancien responsable des prisons égyptiennes (!), au ministère de l'Intérieur, une annonce aussitôt désapprouvée par les manifestants  qui scandent : "Nous voulons un gouvernement civil !" En effet, tous les membres du nouveau gouvernement connus jusqu'à présent appartiennent à l'armée. - Al Jazeera signale également l'arrestation de six de ses journalistes au Caire. Néanmoins, la chaîne d'information, qui prend une nouvelle dimension avec le soulèvement égyptien, continue de rendre compte de la situation en continu [stream] [live blog, 31-01]. Par précaution, les correspondants au téléphone ne donnent plus leur nom.

 
Une de Libération remise en ligne par le Guardian ce matin

 
On continue de s'interroger sur la possibilité de propagation des soulèvements tunisiens et égyptiens dans le monde arabe. - Dans une interview au quotidien espagnol El Pais, le cousin du roi du Maroc,  Hicham, qui réside à Paris, affirme qu'une contagion est tout à fait possible dans son pays et conseille à Mohammed VI d'engager des réformes. Également appelé le "Prince rouge", Hicham accuse l'Europe d'utiliser la menace islamiste pour soutenir les régimes autoritaires du monde arabe : "La religion ne joue aucun rôle dans ces nouveaux mouvements sociaux", affirme-t-il. "Il s'agit d'une génération largement sécularisée qui réclame la liberté et la dignité dans la confrontation avec des régimes qui violent les droits de l'Homme." (in Guardian)

 
[15:00] Début du couvre-feu qui doit durer jusqu'à 8:00 demain matin ! Or, la foule se fait de plus en plus dense, place Tahrir. - La TV d'État reprise par Al Jazeera montre la réception officielle du "nouveau" gouvernement par le président Moubarak, qui apparaît très fatigué : à part l'Intérieur, tous les ministères clefs conservent leur personnel !

[15:30] Au téléphone, un blogueur cairote raconte que des ouvriers se sont emparés de deux usines (Al Jazeera). - Les six journalistes de la chaîne qatarie ont été relâchés, mais leur matériel a été confisqué.

 
Le Guardian met en ligne cette vidéo datant d'hier où un général s'adresse aux manifestants en leur reconnaissant le droit à la libre expression, à la protestation et au libre choix de leur leader :

 

 
[21:00] Tweets d'un correspondant d'Al Jazeera au Caire :

 
.* À la place Tahrir, même nombre de protestataires qu'hier soir [plusieurs milliers], la plupart des chars sont partis, la présence militaire est réduite.
 * La police ne s'est pas encore redéployée. Plus tôt au Caire, à Gizeh, au ministère de l'Intérieur, j'en ai vu des douzaines monter dans des camions, mais toujours pas visibles dans un grand nombre de secteurs.
 * Des policiers règlent la circulation aux grandes intersections, ailleurs les rues sont toujours contrôlées par l'armée et les citoyens ordinaires.

Reuters confirme des rapports sur la position de l'armée égyptienne qui déclare qu'elle n'utiliserait  pas la force contre les manifestants réclamant le départ de Moubarak (in Guardian).
 

 
Le black-out médiatique sur l'Égypte commence à se faire sentir : le journal de France 2 ouvre sur l'arrivée de l'équipe française, championne du monde de hand, enchaîne sur deux faits divers (un enlèvement et une agression de petites filles), puis évoque longuement le procès imminent du président Chirac (qui n'a pas la maladie d'Alzheimer : source médicale !). - Al Jazeera retransmet le briefing journalistique de Robert Gibbs, l'attaché de presse de la Maison Blanche. Le gouvernement US veut voir "des actions" de la part du pouvoir égyptien et souhaite une évolution pacifique menant à des élections libres et équitables.

Sur France 2, on parle enfin de l'Égypte. David Pujadas : "Tentative de reprise en main,  la police est de retour dans les rues, les journalistes ont de plus en plus de mal à travailler !"  Un correspondant : "La population n'est toujours pas disposée à baisser la tête."  En direct de son hôtel, Charles Enderlin commente la déclaration de neutralité de l'armée :  "On nous a parlé de dissensions au sein de l'armée... Le grand test, ce sera demain, [la manifestation monstre annoncée d'un million de personnes] pourrait vraiment ébranler le pouvoir de Hosni Moubarak."  Puis c'est le reportage sur l'aéroport  et les soucis des ressortissants français : "Il est de plus en plus difficile de quitter l'Égypte... Des vols sont annulés... Le lycée français [du Caire] est fermé..." Le reporter signale également des agents de sécurité qui empêchent l'équipe de tourner.  - Dans un autre passage, on entend des "coups de feu qui sont régulièrement tirés par les comités de quartier" pour manifester leur présence et rassurer les habitants..- Enfin, une séquence surprenante montre Omar Sharif dans sa chambre d'hôtel cairote, qui donne sur la place Tahrir. Le célèbre acteur égyptien, qui avait déjà déclaré qu'il soutenait le mouvement, est ravi par le spectacle du rassemblement populaire sous son balcon : "Moi, je suis avec les jeunes... je crois que le président va se démettre... quand même, ca suffit !"  Et, à propos de possibles représailles : "Vous savez, on verse très peu le sang en Égypte,...Le peuple égyptien est très gentil !" Puis de conclure, espiègle et candide :  "Qu'il y ait la démocratie dans le monde arabe, ça  ne me gêne pas du tout,  moi... J'ai toujours pensé qu'il n'y aurait jamais la démocratie dans un pays arabe." - Magnifique !

[22:05] Al Jazeera relaye la déclaration du nouveau vice-président, le général Omar Suleiman sur la TV d'État, qui annonce des réformes constitutionnelles et législatives, après un "dialogue avec les forces politiques", ainsi que des mesures pour "rétablir la confiance dans l'économie égyptienne", pour lutter contre le chômage, la pauvreté et la corruption, pour "équilibrer la balance entre les revenus et les prix". - Il ne semble pas faire grand cas des revendications populaires, qui sont politiques avant d'être économiques. La sourde oreille ! - Déclaration plus intéressante ensuite du porte-parole des armées, qui souligne très clairement que les militaires sont là pour protéger, non pour user de violence contre le peuple.de "la  grande nation" d'Égypte : On sent que le soldat s'adresse vraiment aux gens dans la rue pour les rassurer et dissiper leurs craintes !

[22:30] Sur Al Jazeera, un observateur rappelle que les protestataires réclament un changement complet de régime [et non les accommodations qui viennent d'être annoncées par le vice.président] - Puis la chaîne d'information montre les images de la journée en provenance d'Alexandrie : On aperçoit quelques policiers aux carrefours, mais surtout des citoyens qui s'auto-organisent, ramassent les ordures, règlent eux aussi la circulation au besoin... Et on voit des cortèges de manifestants...  -  Dans un autre reportage, un manifestant s'écrie : "Je suis ici depuis trois jours, je suis préparé à rester ici... à mourir ici !"

[23:07] En direct de la place Tahrir, une observatrice au téléphone compare l'ambiance qui règne parmi les protestataires, encore nombreux, à celle d'un "festival de rock" ! - Un autre intervenant parle de "résistance imaginative" lorsqu'il est interrogé sur les manques de nourriture et de protection contre le froid que peuvent rencontrer les gens. - Ensuite, une "activiste cairote" (sous-titre d'Al Jazeera) dit qu'un "point de non retour" a été atteint... - Un commentateur répète que la journée de demain "sera décisive". Il affirme que le régime vit ses derniers jours...

On peut se poser la question : Est-ce que les caciques égyptiens regardent Al Jazeera ? Peut-être préfèrent-ils tout-de-même les parades de chars, les ballets d'hélicoptères et les émissions de cuisine diffusés par la chaîne d'État...

Sur la chaîne qatarie, un analyste en duplex de Washington explicite la position américaine qui doit à la fois affirmer ses préférences -  règlement non violent du conflit, liberté de parole et de presse - et se garder de paraître "interventionniste". L'homme au visage triste et à la cravate rouge parle ensuite d'un "moment historique" que "nous ne devrions pas rater". Or, l'attitude du président Obama, qui avait appelé Hosni Moubarak après ses déclarations, vendredi dernier, à la télévision égyptienne, fait preuve d'une certaine fermeté, quand il insiste sur la nécessité d'une transition pacifique en vue d'élections libres et démocratiques. - Depuis, le gouvernement US a annoncé le rapatriement de milliers de ressortissants américains, qui "veulent quitter le pays". - On attend les dépêches diplomatiques de cette fin janvier 2011 qui seront peut-être un jour rendues publiques !

[23:35] La correspondante du Guardian, Harriet Sherwood, se trouve place Tahrir. Elle rapporte ces propos : "On a parlé. Quand les citoyens parlent, on ne peut plus revenir en arrière, dit Ahmed Mustafa. Je suis venu vaincre la peur en moi. Maintenant, les gens n'ont plus peur. - Pour la première fois, je suis fière d'être une Égyptienne, dit Suzanne Saleh, 38 ans, mère de trois enfants. Les gens explosent. Moubarak est face à la pression de son peuple et c'est impossible qu'il reste. - C'est la fin, dit Ala'adin al Sahabi simplement, une conviction reflétée par beaucoup d'écriteaux manuscrits. Quelqu'un dit : La partie est finie, Moubarak."
 

 [seconde partie ]

 

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