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SKARLET

France 2007
- épisode 3 -

SOMMAIRE :

>>> "Les primaires de la droite"
>>> "Gute Nacht, Herr Glücksmann !"

>>> "Identité nationale"
>>> "Chirac plombe Sarkozy... tout naturellement"
>>> Soutenance

Intermède théologico-politique
(commencé le jeudi, 14 décembre 2006)


     Les événements, s’ils ne se précipitent pas encore, laissent déjà entrevoir certaines tendances insoupçonnées dans ce branle-bas de combat, ce feu de tous bois, ces éructations criardes, qui se tissent actuellement sur la Toile. L’orientation du débat électoral est nettement "théologico-politique", - avatar des pactes entre les différents pouvoirs religieux et politiques, si explosifs et déterminés sur la planète que l’on doit craindre à plus ou moins long terme la régression mondiale à un stade d’abrutissement et de surdité, où un effort de réconciliation ou simplement d’apaisement ne serait même plus envisageable. Et, puisque la poussée intégriste, commune aux trois monothéismes, se propage comme une traînée de poudre à travers la planète, finissant par miner les démocraties occidentales et leur projet de laïcité, les citoyens français, qui sont appelés à élire le président d’une république laïque, risquent fort de se coltiner, par politiciens interposés, les affrontements entre les trois grandes religions et leurs ambitions planétaires de domination. En France et ailleurs, le sport national consiste déjà à proférer, au nom de la laïcité, des paroles forcément perçues comme insultantes par les croyants d’une confession particulière. Or, le problème est surtout que les attaques contre une religion déterminée déclenchent nécessairement des solidarités; qu’elles soient menées pour des raisons de médiatisation personnelle ou dans un but électoral, ces attaques vont évidemment interpeller l’ensemble des gens concernés par la religion incriminée, même s’ils entretiennent une relation personnelle tout à fait "détendue" ou "lointaine" avec leurs origines et la religion de leurs ancêtres. Mais ce n’est pas tout. Puisqu’il s’agit d’une élection présidentielle, toutes ces polémiques, dont on ne peut que redouter l’amplification, vont intégrer les différentes campagnes et tous les projecteurs vont se braquer sur les options politiques des polémistes, - même les forcenés de l’egotrip médiatique vont finir par se faire happer et choisir leur camp. -

Désorientation

 En gros, il n’y a plus qu’une alternative et deux discours. Le premier peut être considéré comme modéré, démocratique. Que l’on soit UMP, UDF ou PS, on sait bien qu’on ne changera pas fondamentalement les choses; on les aménagera au mieux et on essayera sans doute de sauver ce qui reste de l’Etat-Providence après une bonne trentaine d’années de crise mondiale afin d’éviter la guerre civile au pays. L’autre discours est ouvertement révolutionnaire. Que l’on soit de la gauche ou de la droite extrême, il faut en finir avec le "Système UMPS". Il faut que le peuple se réveille, se révolte contre des dirigeants incapables et malhonnêtes, qui l’ont trahi pendant des décennies. - Voilà les deux options entre lesquelles l’électorat français va être obligé de choisir. Sa confusion sera bien sûr immense. Non seulement, la différence traditionnelle entre la droite et la gauche parlementaires semble s’estomper. Mais, à force de le répéter contre tout bon sens politique, les extrêmes ont peut-être vraiment fini par se rejoindre. Et, avec cette perte de repères et d’orientation, les votes de l’électorat français risquent d’être à la hauteur de sa confusion, une fois encore, en dépit de tout bon sens politique.

 
 

France 2007
Les "primaires de la droite"
(commencé le lundi, 15 janvier 2007)



Voilà donc Nicolas Sarkozy "intronisé", - si l’on peut dire, en parlant de M. Sárközy de Nagy-Bócsay, - comme candidat officiel de l’UMP à la présidence de la République Française. Après le scénario à trois de l’investiture socialiste, les électeurs ont eu droit, ce dimanche 14 janvier 2007, à un panneau "Ensemble tout devient possible" derrière lequel, pendant une heure et demie, un homme seul donne de la voix pour rassembler personnalités et militants (plus ou moins) conquis d’avance. Remerciements liminaires à Alain Juppé, Edouard Balladur et Jacques Chirac. Adresses personnelles tout au long du discours, par exemple à "Jean-Pierre" (Raffarin), "François" (Fillon), "Michèle" (Alliot-Marie), "Philippe" (Douste-Blazy) ou "Renaud" (Donnedieu de Vabres). Main tendue, également, à tous les Français, et surtout à ceux qui travaillent, qu’ils soient de droite ou de gauche. Place à l’émotion ensuite dans ce discours fleuve, qui passe en revue "nos origines" avec l’histoire de la République Française et la Résistance, la laïcité et deux mille ans de chrétienté. Qui présente le projet d’une "République réelle" avec une "école de l’autorité", sans "casquette" ni "voile", où les élèves "se lèvent" lorsque le "maître" entre dans la classe, où les bénéficiaires des minima sociaux fournissent un minimum de travail d’intérêt général, où "les gens ne meurent pas sur les trottoirs" grâce au "droit opposable sur le logement", où la "propriété devient un rêve accessible à tous", où les jeunes gens accomplissent un "service civique obligatoire de six mois", où l’on ne refuse pas "plus de deux offres d’emploi successives", car "le travail c’est la liberté", où les fonctionnaires sont moins nombreux mais mieux payés, dessinant ainsi le modèle d’une "démocratie irréprochable" qui fonctionne comme un véritable climax rhétorique. - Introduisant ensuite toutes ses phrases par "je veux être le président d’une France qui", Nicolas Sarkozy aborde plus succinctement les questions européennes et mondiales, affirme son oui à une Europe sans Turquie, sans "régularisation massive des immigrés" parce que "les autres c’est devenu chez nous". Et de rappeler son mot d’ordre d’une "immigration choisie", d’exposer ses ambitions méditerranéennes, africaines, atlantiques, d’embrayer très brièvement sur les questions du "réchauffement climatique", du "développement durable". De conclure enfin, du "fond du coeur" et dans une salve (mesurée) d’applaudissements, sur un "vive la République, vive la France, vive notre Patrie" pour rejoindre un choeur de garçons chantant l’hymne national, avant d’accueillir sur la scène ornée de deux larges étendards bleu blanc rouge les personnalités de l’UMP qui, submergés par l’émotion, se mettent également à chantonner. Rideau sur les "primaires de la droite".

Il y aurait beaucoup à dire sur ce discours d’investiture. Certains s’offusqueront sans doute d’un "travail c’est la liberté" qui rappelle le tristement célèbre "Arbeit macht frei" inscrit au-dessus des portails d’entrée des camps de concentration nazis comme message de bienvenue aux millions de personnes voués au travail de la mort. Le conseiller en communication et les "nègres" de M. Sárközy de Nagy-Bócsay sont-ils à ce point incultes pour laisser leur patron faire de telles phrases, quand il paraît lui-même ne pas savoir ce qu’il remue là. Un autre point est l’antinomie oratoire qu’il fait entre une République "virtuelle", que nous subirions actuellement, et une République "réelle", dont nous bénéficierions après son élection. A-t-il oublié qu’il est l’actuel ministre de l’Intérieur de la "République virtuelle" qu’il fustige ? Et n’a-t-il donc pas conscience de la signification et de l’emploi du mot "réel" dans ce contexte politique qui est le sien ? Désignant à l’origine la chose du roi, et non une chose publique, cet adjectif est en effet utilisé avec prédilection par les royalistes et l’extrême droite à l’image du fameux "pays réel" qui figure dans tous les messages d’accueil de Radio Courtoisie. On commence vraiment à se demander s’il n’y a pas un job à prendre dans le comité de rédaction de M. nagybócsay Sárközy.

D’autres diront que c’est là une communication réussie. C’est vrai qu’il faut le faire. Haranguer, en évoquant "la gauche de Jaurès ou de Blum", les "travailleurs", les petits, les braves, qui auraient été trahis par leur camp, en leur faisant miroiter la "propriété", érigée ici en principe suprême, dont la vocation première est de servir les intérêts d’un patronat qui, sous la bannière de l’idéologie néo-libérale, exploite sauvagement le travail humain et les ressources naturelles de la planète. C’est vrai qu’il faut le faire. - L’éditorial du Monde daté du mardi 16 janvier 2007 intitulé "Un nouveau Sarkozy" souligne que le candidat officiel de l’UMP n’a pas prononcé une seule fois le nom de sa concurrente directe ni d’ailleurs le mot de "rupture" qui lui était si cher ces derniers temps. Étrange éditorial qui se conclut ainsi: Le candidat de l’UMP ne s’est pas contenté de faire référence à la "grande voix" de Jaurès. Il a parlé de la "valeur travail" et des travailleurs comme jamais M. Chirac ne l’avait fait, même en 1995, au temps de la "fracture sociale". Or ce thème est aussi celui de Ségolène Royal, qui veut rompre avec l’assistanat et réhabiliter la valeur travail. Cela peut être un vrai débat pour une élection présidentielle. Le rédacteur, anonyme, aurait-il des vues sur le job décrit plus haut ?

Le Figaro du lundi 15 janvier 2007 fait une place au côté people de la célébration: les Doc Gynéco, Orlando, Pascal Sevran, Steevy, José Arthur, Christian Clavier ne sortent pas du carré VIP, que les télévisions ne sont d’ailleurs pas autorisées à filmer. Bien renseigné sur les coulisses, l’article de Bruno Jeudy (un ancien du Parisien Libéré) fait également état des "tensions" à l’intérieur du parti que ne reflètent pas les "98,1% des suffrages des 229 303 votants (avec une participation de 69,06 % des inscrits)" en faveur de M. nagybócsay Sárközy: Villepin, toujours souriant, boit un café. Les deux hommes se disent quelques mots. Puis se quittent. Villepin est resté trente-sept minutes. Une visite incognito et finalement sans incident. Les chiraquiens Henri Cuq et Jean-Louis Debré ne s’attardent pas. « Toute la famille est réunie, c’est bien », sourit le président de l’Assemblée nationale. Autour de qui, lui demande-t-on ? « De la famille ! », réplique-t-il. « Tout s’est bien passé selon le scénario prévu », se félicite François Baroin, benjamin chiraquien du gouvernement et probable futur ministre de l’Intérieur quand Sarkozy quittera Beauvau. L’article du Figaro semble paradoxalement plus critique ou en tout cas plus ironique que l’éditorial du Monde, comme si l’on s’y réjouissait un peu moins de l’intronisation de M. Sarkozy. Mais, depuis que le Figaro recrute au Nouvel Observateur, que le Front National engage des écrivains "marxistes", il ne faut plus s’étonner de rien. Ni d’un "front populaire" à la Sarkozy ni d’une "mise au pas" à la Royal.

France 2007

"Gute Nacht, Herr Glücksmann !"

(commencé le samedi, 3 février 2007)

Comme prévu, la campagne prend un tournant imprévu ! Il s’agit là d’un paradoxe, mais non d’une absurdité. - Dans le Monde daté du mardi 30 janvier, le philosophe André Glucksmann déclare son soutien à Nicolas Sarkozy (UMP). - Et François Bayrou (UDF) est actuellement crédité de 14% d’intentions de vote (LH2, lundi 29 janvier). - Enfin, José Bové (ex-porte-parole de la Confédération Paysanne) vient d’annoncer sa candidature à la présidence de la République Française (ce jeudi 1er février). On se demande d’ailleurs comment les sondages ne lui concèdent que 3% d’intentions de vote, quand on connaît la popularité du leader charismatique de l’altermondialisme, qui risque quatre mois de prison ferme dès le 4 février pour "arrachage" de plants OGM. - Après que les deux candidats "officiels" de la "droite et de la "gauche" ont essayé d’orienter la campagne sur des affaires personnelles, sous la menace constante d’un "troisième homme" bien décidé à se retrouver une nouvelle fois au second tour des présidentielles françaises, ils ont maintenant deux autres rivaux consistants, car François Bayrou est en passe d’incarner une droite libérale plus crédible et pondérée; José Bové rend, quant à lui, ses lettres de noblesse à la gauche révolutionnaire et promet de réunir la majorité des voix de la "gauche de la gauche", étant donnée notamment sa popularité internationale dont la presse mondiale ne manquera pas de se faire l’écho (*)

André Glucksmann semble trop obnubilé par une constellation binaire Sarkozy-Royal, dont on rebat les oreilles de l’électorat français depuis plusieurs mois. Comble de malchance pour M. Chance ("Glücksmann"), sa déclaration est obsolète deux jours après avoir été publiée, car elle n’a pas intégré la nouvelle alternative Bové. Son collègue Michel Onfray s’est d’ailleurs immédiatement rallié à la candidature de José Bové, quand M. Glucksmann assortit son option pour Nicolas Sarkozy de déclarations aussi privées que paradoxales: "Fils de juifs autrichiens qui combattirent les nazis en France, ce pays est mon choix et la gauche ma famille d’origine. (...) - J’ai un temps rêvé d’une candidature de Bernard Kouchner, restituant à la gauche française une dimension internationale perdue." (in Le Monde, 30/01/07) Or, surprise, José Bové déclare dès à présent qu’il appellera à voter Ségolène Royal, si elle se qualifie pour le second tour (comme ce 2 février sur RTL). Et, pour la "dimension internationale" de la gauche française, on n’a pas encore fait mieux que le Californien du Larzac. - D’ailleurs, pourquoi M. Glucksmann n’appelle-t-il pas à voter François Bayrou, qui déclare : "Élu président de la République, je ferai travailler ensemble au sein d’un gouvernement d’union, de rassemblement des gens compétents qui viendront des deux camps, qui auront été ou qui seront aux yeux des Français la garantie que les décisions qu’on leur proposera de prendre, elles ne seront pas faites dans l’intérêt des uns, d’un camp, ou dans l’intérêt de l’autre camp, que ce seront des décisions d’intérêt général" (RTL, 30/01/07, interview : Jean-Michel Apathie) ? - On connaîtra sans doute très prochainement la position des autres penseurs médiatiques, comme Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, ou Bernard-Henri Lévy. En tout cas, Herr Glücksmann signe ici l’entrée en campagne de ces intellectuels français qui inspirent une inquiétude légitime à l’éminent professeur Jacques Bouveresse (Collège de France): "Perry Anderson, après avoir constaté que la mort a rattrapé à peu près tous les grands noms de la pensée française (Roland Barthes, Jacques Lacan, Raymond Aron, Michel Foucault, Fernand Braudel, Guy Debord, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Pierre Bourdieu, auxquels s’est ajouté, peu de temps après la parution de son analyse, Jacques Derrida [- puis, tout récemment, Jean Baudrillard, ndrl -] ), observe avec pertinence qu’aucun intellectuel français ne s’est acquis une réputation internationale comparable à la leur, et que ce qui donne l’idée la plus exacte du niveau auquel nous sommes descendus est probablement l’importance démesurée accordée à un intellectuel comme Bernard-Henri Lévy : « Il serait difficile d’imaginer une inversion plus radicale des normes nationales en matière de goût et d’intelligence que l’attention accordée par la sphère publique en France à ce grand nigaud, en dépit des preuves innombrables de son incapacité à saisir correctement un fait ou une idée. Une telle caricature pourrait-elle exister dans une autre grande culture occidentale aujourd’hui ? »" (On en est là... in Le Monde Diplomatique, mai 2006) - Dans ces conditions, il ne reste plus qu’à souhaiter une bonne nuit à ces "fast thinkers" médiatiques, dont M. Glucksmann, car, si elle n’apporte sans doute pas de "dimension internationale" à leur pensée, il paraît cependant qu’elle porte conseil.

(*) Ajout (mai 2007) : Le pronostic donné ici sur le score de José Bové ne s’est pas confirmé. Sans doute la personnalité, mais peut-être aussi la campagne de ce leader altermondialiste et internationaliste n’ont-elles pas convaincu et permis le rassemblement de la gauche antilibérale en France. Ce sont également le succès d’Olivier Besancenot (LCR), bien plus "médiatique", ainsi qu’une division de l’extrême-gauche française savamment entretenue et totalement "contre-productive", qui peuvent expliquer cet échec. - De même, le médiatique M. Onfray, après s’être rallié à J. Bové, a fini par soutenir le médiatique O. Besancenot. - Affaire à suivre...

France 2007

"Identité Nationale"
(dimanche 11 mars 2007)

Après le soutien de M. Glucksmann à Nicolas Sarkozy (voir ci-dessus), Mme Simone Veil vient d’y ajouter le sien, deux jours à peine avant l’annonce de la création, "si je suis président", comme se plaît à dire le candidat de l’UMP, d’un ministère "de l’Immigration et de l’Identité nationale". Ainsi, les "fautes à pas de chance" s’accumulent, à commencer par le soutien du chanteur populaire Johnny qui, peu de temps après, s’évade en Suisse et voudrait à nouveau prendre la nationalité belge pour des raisons ouvertement fiscales. C’est ensuite l’animateur Pascal Sevran, escaladeur convaincu de la roche de Solutré aux côtés de son ami feu le président Mitterrand, qui vient soutenir le candidat Sarkozy pour se faire remarquer par quelques tirades particulièrement indécentes sur l’Afrique, qui révèlent avec une inculture fondamentale un mépris indéniable pour les peuples condamnés à la misère. Une vidéo (>>>doc-gyneco-pete-les-plombs) montre un autre soutien de M. Sarkozy en train de "partir en live" dans un élan de vulgarité sans nom, peut-être convaincu que son ami ministre de l’Intérieur restera à ce poste pour l’éternité afin de permettre au chanteur Doc Gynéco de tenir le genre de discours mafieux que l’on profère quand on pense faire partie de la bande dominante et que le caïd viendra bientôt soumettre tous les récalcitrants: un discours du genre "racaille". Si M. Sarkozy avait déjà misé sur le "mauvais cheval" en 1995 avec son soutien à Edouard Balladur, la malchance semble ne pas vouloir lâcher prise. A cela s’ajoute le goût prononcé de l’intéressé pour l’effet d’annonce et "la formule qui tue", de sorte qu’aujourd’hui beaucoup de libéraux se détournent de lui, simplement par peur d’un ego surdimensionné toujours à l’affût de reconnaissance et prêt à tout pour rester au pouvoir. On finit alors par lui préférer M. Bayrou, dont la nature plus effacée semble plus propice à la bonne marche des affaires, qu’un vrai libéral devrait placer au-dessus de tout. - Et puis voilà que, fort du soutien de Mme Veil, ancienne déportée dans l’univers concentrationnaire, ministre sous le président Giscard d’Estaing (UDF), à l’origine de la loi qui légalisa l’avortement en France, M. Sarkozy "craque", sans doute sous la pression des sondages qui apportent un crédit phénoménal à la candidature de François Bayrou, certainement son concurrent le plus direct, pour venir "chasser sur le territoire du Front National", comme ne manque pas de titrer la presse. Et Jean-Marie Le Pen ne se prive pas, pour une fois, d’abonder dans le sens des médias. Mme Veil doit être franchement catastrophée de voir le candidat, à qui elle vient tout juste d’apporter une caution pour le moins "antifasciste", se laisser aller à de tels excès. Or, en politique, les chemins sont sans retour. M. Sarkozy ne pourra pas faire marche arrière. Et Mme Veil non plus. Car ce ne serait pas sérieux. Puisqu’on se situe actuellement sur le seul terrain virtuel des effets d’annonce, dont l’électorat pense à juste titre qu’il n’a aucun rapport avec la politique qui sera effectivement menée après l’élection, tout recul ferait immédiatement apparaître la supercherie de cette bataille des formules et des programmes. Cependant, Mme Veil pourrait simplement prendre ses distances, pour des raisons, disons, "’personnelles"...

Devant le tollé général, M. Sarkozy trouvera sans doute un moyen de désamorcer l’annonce explosive d’un "ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale". Mais la tache s’annonce difficile. Cette tendance à l’excès s’était déjà manifestée avec sa formule suspecte du "travail c’est la liberté", prononcée lors de son discours d’investiture (voir ci-dessus, "Arbeit macht frei"), ou encore avec le manichéen "la France, on l’aime ou on la quitte" et, bien sûr, avec le fameux mot de "racaille", qu’il aura ensuite fallu nuancer pour éviter un début de guerre civile dans les banlieues. M. Bayrou n’est pas le seul à noter que cette dernière association en date entre les expressions "immigration" et "identité nationale" visant à définir le cadre d’un nouveau ministère et d’une politique autoritaire semble pour le moins douteuse. Venant d’un enfant d’immigrés hongrois et grecs, dont le père s’était enfui aux États-Unis, cette insistance sur la notion d’identité nationale est révélatrice, d’autant que le discours d’investiture du candidat l’avait fondée sur "deux mille ans de chrétienneté" (sic) alors que la France actuelle se distingue surtout par la "rupture" avec l’État traditionnel et ses "autorités théologico-politiques", mise en oeuvre par la Révolution Française et la promulgation des Droits de l’Homme. Mais ce qui est plus grave encore pour M. Sarkozy que la "dérive autoritaire" (ou totalitaire) qui lui est reprochée, c’est sa personnalité qui se manifeste plus clairement jour après jour, annonce après annonce et qui, aux yeux d’une partie croissante de l’opinion publique, paraît de moins en moins compatible avec la fonction de président de la République Française, dont on est en droit d’attendre une attitude réfléchie, quelque circonspection et un brin de sérénité...


France 2007

"Chirac plombe Sarkozy... tout naturellement"
(dimanche 25 mars 2007)

 

Le soutien du président Chirac à son ministre Sarkozy, accordé "tout naturellement" ce mardi 20 mars 2007 (>>> video), a été amplement commenté par la presse. Quelques jours plus tôt, ses "adieux télévisés" n’avaient pas fourni d’indice sur l’option qu’il allait prendre : les commentateurs avaient prévu que le caractère "solennel" de cette communication présidentielle, présumée ultime, n’autorisait aucune prise de position, par définition "partisane"; avec sa déclaration d’amour pour les Français et la France, émouvante pour les uns, pathétique pour les autres, le président Chirac avait surtout formulé des mises en garde, contre la tentation et la dérive extrémistes par exemple, qui pointeraient leur nez dans l’annonce faite le 8 mars par le candidat Sarkozy d’un "ministère de l’Immigration et de l’identité nationale" (voir ci-dessus), pour insister ensuite sur ses choix de politique étrangère, passant sous silence ses débuts catastrophiques à l’Elysée en 1995 avec sa reprise des essais nucléaires dans le Pacifique Sud, qui lui avaient valu les foudres de l’opinion internationale, et souligner sa résistance contre la politique agressive de l’administration Bush en Irak (mars 2003).

Mais que faut-il donc penser du soutien que le futur ex-président français accorde au candidat choisi par les militants de l’UMP, parti qu’il avait lui-même fondé en 2002 pour asseoir sa (prodigieuse) majorité au second tour (82%) ? - Récemment, on a vu l’humoriste politique Dieudonné apporter, contre toute attente, son soutien à l’altermondialiste José Bové (le 15 janvier) qui, un jour plus tard, réplique: "Je n’en veux pas. Je suis en total désaccord avec les prises de position et les initiatives récentes de Dieudonné. C’est une manœuvre médiatique" (dans le Parisien Libéré du 16/01/07).

Pour M. Sarkozy, certains soutiens "people" ont également eu de fâcheuses conséquences (voir ci-dessus). Mais on le voit mal prendre ses distances avec ce "soutien suprême" qui rend pourtant plus difficile (ou moins crédible) son discours de "rupture". Car cette affaire-là marche dans les deux sens : si tu acceptes mon soutien, tu ne peux plus me désavouer...

Une autre option du Président de la République était de soutenir François Bayrou, sans doute plus proche de ses idées. Or, comme le candidat centriste n’a aucune chance d’être élu s’il ne maintient pas son projet de "rupture radicale" avec la droite et la gauche "traditionnelles", un tel soutien ne lui aurait pas rendu service, ce que le Président n’est pas sans ignorer, comme il sait certainement que tout soutien qu’il peut aujourd’hui formuler prend la forme d’un couteau à deux lames ou, si l’on préfère, d’un cadeau empoisonné.

Enfin, le président Chirac aurait pu s’abstenir de tout soutien car il prend, malgré tout, un gros risque en misant sur un perdant potentiel, puisque le candidat Sarkozy peut être battu au second tour par M. Bayrou qui, de son côté, n’est pas assuré de passer le premier. Mais cet "abstentionnisme" eût été contre la "nature" de l’animal politique Chirac...

Si, comme beaucoup de commentateurs s’accordent à le penser sans toujours le dire, le soutien officiel (et un peu trop formel pour être crédible) de M. Chirac au candidat choisi par sa "famille politique" constitue l’une des dernières "manoeuvres politiques" du président, il faudrait sérieusement se demander en quoi elle consiste, tout en sachant qu’il n’aura pas toujours eu la main heureuse sur ce terrain-là (comme avec sa fameuse "dissolution" de 1997). - Et il faut dire qu’avec ce soutien au ministre Sarkozy, le président Chirac annonce également, avant tout le reste, qu’il accepte sa démission pour le lundi 26 mars, ce qui veut dire que, désormais, certains pourraient impunément faire feu de tout bois sur le simple citoyen Nicolas Sarkozy, cependant que le futur ex-président français continue de tirer encore un peu les ficelles à l’Élysée avant de prendre une retraite politique "méritée" (car "il y a une vie après la politique") pour peut-être s’asseoir au bord de l’eau et voir passer les proverbiales dépouilles de ses ennemis les plus intimes...

France 2007

Soutenance
(vendredi 6 avril 2007)

 

Nicolas Sarkozy a l’avantage d’être soutenu par l’ensemble du gouvernement sortant, président de la République et première dame de France compris. Aux yeux de beaucoup de citoyens, il en procède une "crédibilité " qui tient du prestige que l’on associe à l’exercice du pouvoir dans les plus hautes sphères de l’État. Mais cet avantage comporte aussi un inconvénient lié aux échecs de l’équipe sortante, qui risque de faire l’objet de l’un de ces "votes sanction" dont l’électorat français a le secret (2002, 2005). Il s’agit dès lors de savoir si  les arguments pragmatiques et les bonnes paroles de l’équipe au pouvoir visant à justifier un bilan difficile contrebalanceront une sanction électorale prévisible. Or, en considérant les soutiens du candidat Sarkozy, on se demandera surtout si les promesses de "changement" et le fameux argument de "rupture" ont encore un sens.

 

Ajout (mai 2007) : Pour le premier point traité ci-dessus (le soutien de J. Chirac à N. Sarkozy), l’affaire n’est pas finie. Car même avec la victoire "annoncée" aux Législatives, il faut encore que le nouveau président Sarkozy puisse venir à bout des forces politiques "extra-parlementaires" qui risquent de se manifester avec violence au cours du quinquennat à venir si certaines mesures autoritaires annoncées se heurtent, comme c’est prévisible, à la "grogne" populaire. Dans cette perspective, l’exercice autoritaire du pouvoir risque de laminer Nicolas Sarkozy. - Le second point (le "vote sanction") ne s’est pas confirmé. A droite, on dit que l’erreur de la gauche a été d’y appeler avec trop d’insistance. Mais, une fois encore, ce vote pourrait intervenir plus tard et les "voix" pourraient également se faire entendre d’une tout autre manière...

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