news visuels textes traduction deutsch english interact archiv/es messages guestbook bureau links contact home

 

Retour au sommaire

SKARLET

France 2007
- épisode 5 -

SOMMAIRE :

Démocratie à la Française (27 avril 2007)
Débat ou dialogue ? (28 avril 2007)
Note sur le pouvoir politique, économique et médiatique (2 mai 2007)
"Je ne m’énerve pas, je suis en colère" (5 mai 2007)
Aux urnes, citoyens ! (5 mai 2007)

 

Bayrou recentre le débat
(26 avril 2007)

Au moment où F. Bayrou s’adresse à la presse, Ph. de Villiers appelle à voter pour N. Sarkozy qui, un peu plus tard, fait une prestation télévisée sur TF1 (20:10) avant que S. Royal ne fasse la sienne sur France 2 (21:00). Le bilan de cette journée hautement médiatique d’hier (25 avril 2007) reste mitigé : l’annonce attendue d’un nouveau parti démocrate par M. Bayrou, qui n’aura donné aucune consigne de vote à ses quelque 7 millions d’électeurs sans cependant se priver de faire un grand nombre d’allusions permettant aux commentateurs de donner libre cours à leur imagination, l’essoufflement de M. Sarkozy qui, pour la première fois peut-être, est apparu comme un perdant potentiel ou, si l’on préfère, comme un challenger, et enfin la cacophonie qui régna sur le plateau de la chaîne publique où les deux journalistes (Arlette Chabot et Gilles Leclerq) n’ont cessé de couper la parole à Ségolène Royal. Cette dernière prestation de plus de 90 minutes a sans doute été particulièrement pénible pour la candidate socialiste car, interrogée sur tous les sujets possibles et imaginables d’une façon pas toujours correcte, si l’on admet qu’il faut laisser parler les gens, elle n’a que difficilement pu aller au bout de ses idées en faisant cependant preuve de présence d’esprit et d’humanité. Mme Royal doit en effet "tendre la main" à son électorat potentiel du centre-gauche sans décevoir les antilibéraux qui lui ont, au soir du premier tour, donné carte blanche en appelant à voter contre le candidat sortant, une épreuve dont elle s’est d’ailleurs plutôt bien sortie, quoi qu’en pense A. Krivine, porte-parole d’O. Besancenot, qui commence à amender les options prises par son mouvement pour le second tour. Soumis à une épreuve plus courte et des questions succinctes qui lui ont permis de s’exprimer librement, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment convaincu : certainement plus médiatique que sa rivale, il s’est laissé aller à la facilité de la répétition et de la réduction de complexité tout en cherchant à ouvrir lui aussi la porte vers le centre-gauche en reprenant, d’une façon un peu moins crédible, certaines idées séduisantes pour l’électorat de M. Bayrou qui ne lui est pas vraiment favorable. En effet, le leader centriste a fustigé le candidat de l’UMP au cours de sa conférence de presse: "Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l’intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d’attiser, il risque d’aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d’avantage au plus riche." Et l’on a également pu noter un léger avantage pour la candidate du PS dans l’esprit de François Bayrou, qui adresse cependant une critique sévère au programme trop étatiste des socialistes: "Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n’ait rien fait quand il était au pouvoir pour corriger ces maux, plus attentive à l’égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l’État, perpétuant l’illusion que c’est à l’État de s’occuper de tout, et qu’il peut s’occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l’encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre." Ce soir (26 avril 2007), les dispositifs très différents de TF1 et de France 2 seront inversés : Mme Royal sera face à MM. Poivre d’Arvor et F. Bachy de la chaîne privée, tandis que M. Sarkozy affrontera les feux croisés de Mme Chabot et M. Leclerq. Ce sera la dernière épreuve médiatique avant le duel télévisé du 2 mai 2007 (21:00) qui déterminera sans doute le choix de ces électeurs de François Bayrou, qu’il faut désormais appeler les "démocrates".

 

Démocratie à la Française
(27 avril 2007)


Sans doute faut-il régler un certain nombre de choses dans la démocratie française, comme l’influence grandissante des sondages sur l’opinion publique et l’organisation des débats entre candidats souhaitant prendre à témoin cette même opinion publique, par exemple en mettant l’accent non plus sur les points de discorde mais sur des accords qui pourraient être trouvés en vue d’une rénovation indispensable la vie politique et sociale du pays. D’un côté, on note que tous les instituts de sondage français misent systématiquement sur le même homme depuis le début de la campagne et que la publication de leurs résultats unanimes reste possible jusqu’à l’avant-veille du scrutin lui-même; de l’autre, on constate qu’il a été impossible d’organiser des débats entre les candidats présidentiables dès avant le premier tour afin que l’électorat puisse se faire une opinion personnelle et "juger sur pièces"; de plus, on peut craindre que seul le débat entre les deux "finalistes" aura lieu, alors que 18,5% des électeurs ont donné leurs suffrages à un "troisième homme" qui entend bien peser sur le scrutin du 6 mai 2007, ce qui paraît légitime. Plus avant, il semble que le régime présidentiel à la française, avec tous les risques de concentration du pouvoir qu’il comporte, n’est plus compatible avec le paysage politique actuel, qui tend aujourd’hui vers un gouvernement de coalition entre un "centre démocratique" et une "social-démocratie", deux nouveaux mouvements politiques en France, qui se heurtent encore au poids du passé et des traditions. Si l’on veut que le scrutin du 22 avril 2007 se traduise dans les faits, ce qui serait la moindre des choses pour une démocratie moderne, il faut profondément rénover le système électoral en donnant du poids au parlement, appelé à élire le chef du gouvernement par le jeu des alliances entre fractions parlementaires. Si le président peut continuer d’être élu au suffrage universel, son pouvoir devrait être réduit pour, par exemple, se limiter à une "Haute Autorité" garante de la Constitution avec une option d’intervention et de décision finale dans des situations de crise intérieure et extérieure. Mais c’est à l’Assemblée Nationale, qui pourrait être élue à la fois avec une bonne dose de proportionnelle et un "numerus clausus" à 5%, qui obligerait les petits partis à se regrouper pour entrer au parlement, de valider la proposition d’un Premier ministre faite par le chef de l’État ou, le cas échéant, de voter la défiance. Or, le système étant ce qu’il est, on peut craindre que le scrutin du 22 avril 2007 n’influencera que très moyennement, voire pas du tout, la politique effectivement suivie au cours de ces cinq prochaines années, ce qui donnera un espace encore plus grand à la "politique virtuelle", mise en scène par les sondages et les médias, et à la prévisible manipulation de l’opinion publique, frustrée pour combien de temps encore d’une "démocratie réelle" que, pourtant, elle appelle de ses voeux, à en croire la sanction des urnes, que l’on tente d’ignorer par tous les moyens.

 

Débat ou dialogue ?
(28 avril 2007)


Doit-on appeler débat ou dialogue la rencontre entre François Bayrou et Ségolène Royal ce 28 avril 2007 ? Toujours fallait-il écouter RMC ou regarder BFM pour suivre leur discussion en direct, les sites de ces deux diffuseurs associés étant difficilement accessibles ce matin vers 11:00, heure annoncée pour ce rendez-vous qui, semble-t-il, n’a pas pu être réalisé sur une antenne publique ou moins confidentielle.


Petit compte-rendu


A la question liminaire et désormais rituelle du modérateur principal, O. Mazerolles, sur une "consigne de vote" ou un éventuel "soutien", F. Bayrou comme S. Royal ont déclaré qu’il n’était pas question de "ralliement", que cette rencontre avait un autre sens, qui s’est d’ailleurs très vite imposé au public, car il semble qu’il soit possible de parler des véritables problèmes en cherchant non plus seulement à mettre en exergue les points de désaccord, avec l’agressivité et la partialité que cela comporte, mais en avançant également vers des stratégies communes, en trouvant des solutions acceptables pour une majorité de citoyens. C’est sans doute la naissance d’une nouvelle façon de parler ensemble, moins désobligeante et simpliste, où l’humour et l’esprit ont leur place, ce que les deux politiciens n’ont pas manqué de prouver, peut-être pour la première fois dans l’histoire récente de France, sans pour autant sacrifier à une politique d’alliance totalisante, dépouillant les interlocuteurs de leur caractère propre, de leur originalité ou, si l’on veut, de leurs "différences constructives". Avec une série de points communs sur la nécessaire réforme de l’État, du parlement et des futurs scrutins législatifs, plusieurs divergences sont apparues: Sur la question de la dépense publique, notamment sociale, François Bayrou remarque que "l’État n’a plus un sou", que les "partenaires sociaux" doivent négocier sans en appeler aux finances publiques. Par contre, il s’accorde avec Ségolène Royal sur l’augmentation des minima sociaux, en particulier des petites retraites et du minimum vieillesse, concédant qu’il serait "plus dépensier" que son interlocutrice sur ce plan-là, en invoquant les 640 euros de retraite que touche sa mère. Dans certains emplois subventionnés, S. Royal voit quant à elle un investissement de l’État sur l’avenir et donc une possible rentabilité à moyen ou plus long terme; elle pense également que les énergies renouvelables représentent un domaine d’activités porteur dans lequel l’État peut investir sans avoir à redouter des pertes financières puisque l’on contribuerait ainsi à relancer la croissance. De son côté, M. Bayrou reste partisan de l’énergie nucléaire, même s’il est d’accord pour remettre le projet de construction de l’EPR sur la table de négociation, alors que le gouvernement sortant vient de l’avaliser à la hâte et sans concertation préalable. Il approuve également le maintien de la carte scolaire, en renvoyant dos à dos N. Sarkozy, dont par ailleurs on n’aura pas beaucoup parlé lors de cette rencontre, et S. Royal, qui se défend de cette identification avec un rire un peu rauque et plutôt séduisant, en invoquant le soutien scolaire gratuit qu’elle accorderait, dès la rentrée 2007, à tous les élèves en difficulté et qui pourrait être effectué à titre gracieux par des étudiants boursiers dans le cadre de leur cursus universitaire et par des enseignants volontaires qui seraient alors payés en heures supplémentaires (contrairement à certaines affirmations dans une réunion piratée sur le Net, qui avait beaucoup fait jaser). Les deux politiciens ont paru plutôt en accord sur l’analyse des problèmes dans les quartiers réputés "difficiles", même s’ils divergent quelque peu sur les solutions qu’il convient d’y apporter, comme la sanction pénale dès le premier acte de délinquance ou la création d’internats de proximité, préconisés par Mme Royal, qui aura montré plus d’autorité dans la discussion que lors de ses précédentes prestations télévisées (voir ci-dessus). Ce sont encore des éclats de rire et des applaudissements qui, avec la question rituelle du modérateur restée une nouvelle fois sans réponse, ont clos cette rencontre plutôt intéressante, vivante et importante pour l’avenir de la démocratie en France. Lorsqu’on leur demande, avec une naïveté feinte ou réelle, s’ils comptent "vivre ensemble", les deux politiciens ont formellement démenti, et Ségolène Royal d’éclater dans un nouveau rire rauque: "Il s’appelle François, mais n’exagérons rien...!" Quant au fondateur du nouveau "parti démocrate" français, il renvoie au "débat" du 2 mai, auquel le candidat sortant continue de penser en termes de "finale", comme s’il s’agissait d’une simple rencontre sportive, pour décider du nom qu’il glissera dans l’urne le dimanche 6 mai 2007, en même temps que 6,8 millions d’autres électeurs "démocrates", promis à rester, pour la semaine et sans doute les mois, voire les années à venir, au "centre" des préoccupations, tant à droite qu’à gauche.

 

Note sur le pouvoir politique, économique et médiatique
(2 mai 2007)


Hier soir, 1 mai 2007, et donc à la veille du débat décisif des présidentielles, TF1 diffuse un volet du "Droit de savoir", l’émission d’information si édifiante de Charles Villeneuve, dont la voix agressive réduit les complexités, généralise les cas particuliers, fait parler les visuels, donne du relief aux visages floutés. Le poids des images, le choc des mots. L’épisode traite des fraudes et des fraudeurs au RMI, au chômage, à la Sécu, bref de tout ce domaine où le candidat sortant entend faire le ménage, en faisant se lever ces "fainéants", qui ne pourront plus refuser des offres d’emploi précaires, sous-payés et inadéquats, qui devront exercer une activité à caractère social et sans doute non rémunérée s’ils entendent "profiter" de ces minimas sociaux avec lesquels personne ne peut décemment vivre, qui verront comment ils pourront se soigner lorsque les déremboursements et la Sécurité Sociale à deux vitesses seront vraiment mis en place. Voici quelques années, Pierre Carles, dans son film "Pas vu, pas pris" (1998), avait interviewé, au même titre que toute la crème des directeurs d’information de la télévision française, ce même Charles Villeneuve. Il s’agissait de savoir pourquoi une discussion entre un directeur de TF1 et un homme politique portant à droite, qui montrait clairement les accointances entre le pouvoir politique, économique et médiatique et qui avait été filmée à l’insu des deux interlocuteurs, n’avait jamais été diffusée et commentée à la télévision française, alors que tous les journalistes connaissaient ces images hautement compromettantes. Censure, autocensure? Charles Villeneuve avait été particulièrement odieux dans ce reportage interdit de télévision de Pierre Carles qui, d’ailleurs, a fait un autre film sur les chômeurs ("Danger, travail", 2002) où l’on voit le revers de la médaille, où l’on peut éventuellement comprendre pourquoi certains refusent de travailler dans cette société basé notamment sur "l’exploitation de l’homme par l’homme", comme on disait à une époque pas si lointaine qui faisait encore travailler des enfants, une pratique ayant toujours le vent en poupe dans certains coins du globe, ce qui d’ailleurs explique certaines de nos "délocalisations". Mais alors, le rapport entre l’émission d’hier et le débat de ce soir? Si vous ne le voyez pas, c’est promis, le candidat sortant vous l’expliquera. Mais ce sont surtout le thème choisi, la manière de le traiter et la date de diffusion qui devraient vous mettre sur la voie.

 

"Je ne m’énerve pas, je suis en colère"
(5 mai 2007)


Dans sa quotidienne politique (France 5, 18:00) d’hier (4 mai 2007), le journaliste Yves Calvi recevait quelques-uns de ses invités habituels, les patrons de deux des plus grands instituts de sondage français, IPSOS (Pierre Giacometti) et CSA (Roland Cayrol), ainsi que le chef de L’Express (Christophe Barbier), l’hebdomadaire d’information bien connu pour son engagement libéral. Et c’est l’estocade : devant la tentative de neutralité du modérateur Calvi, les trois invités laissent très clairement entendre que, sauf "miracle qui me ferait mentir" (Barbier), Nicolas Sarkozy sera, le 6 mai 2007 au soir, élu président de la République Française, comme ils n’ont cessé de l’affirmer, par sondages et commentaires de sondages interposés, depuis le début de cette année électorale. Il ne manquait que Laurence Parisot, "patronne des patrons" (MEDEF) et du troisième institut de sondage dominant (SOFRES), qui a eu la riche idée de ne pas dire à qui elle donnera sa voix dimanche, pour compléter ce "panel" de sondeurs. Ce matin même sur RFI, une commentatrice fait encore état des sondages ("53%, 54%", voire "54,5%" en faveur du candidat sortant). Les jeux seraient donc faits. Devant l’appel à l’abstention massive du désormais "quatrième homme" (Jean-Marie Le Pen, dans son discours rituel du premier mai) et l’absence de consigne de vote du "troisième homme" (François Bayrou), qui finit tout de même par dire qu’il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy (Le Monde daté d’aujourd’hui), les 84,2% de participation au premier tour risquent en effet de faire place à une démobilisation générale de l’électorat, si l’on y inclut certains électeurs de gauche qui penseraient, peut-être à tort, que "le tour est joué". Les faiseurs d’opinion, comme il conviendrait d’appeler les "sondeurs" qui, dans leur neutralité présumée et sans doute fictive, s’improvisent également en permanence commentateurs politiques, auront gagné en substituant au "verdict des urnes" une sorte d’élection virtuelle incessante, répétée quasi quotidiennement depuis le début de l’année, où l’on anticipe à coups de marteau le choix de chacun, le renvoyant à son insignifiance devant la toute-puissance d’une "opinion générale" (par le truchement du fameux "panel représentatif") qui, pourtant, reste fictive aussi longtemps que les conditions ne sont pas réunies pour l’expression électorale réelle, "en âme et conscience", des citoyens français. L’une de ces conditions aurait été l’interdiction de publier les sondages d’opinion entre les deux tours des présidentielles ce qui, malgré leur probable disponibilité pseudo-clandestine sur Internet, nous aurait évité ces "sauf miracle qui me ferait mentir" pour laisser, avec une incertitude réelle, les uns et les autres débattre sans être conditionnés par ces données fictives constamment réinjectées dans les commentaires, finissant par "conditionner" les résultats, par influer de façon déterminante sur le "verdict des urnes" (voir le blog 16, ci-dessus). Une autre condition aurait été, par exemple, que les résultats du premier tour puissent déterminer concrètement les rapports de force politiques en France : une droite parlementaire à ~31%, une extrême-droite (non divisée) à ~14%, une extrême-gauche (non divisée) à ~10%, une gauche parlementaire à ~26,5% et un centre démocrate (indépendant) à ~18,5%. Or tel n’est pas le cas, et tel ne sera pas non plus le cas aux législatives des 10 et 17 juin 2007. Le système électoral français ne le permet pas. Et cela aura sans doute un effet néfaste sur le taux de participation ou de votes blancs aux suffrages à venir. Car, forts des deux immenses surprises qu’ils ont créées en 2002 et 2005, les électeurs français vont finir par se dire : quel que soit mon vote, il n’en est pas tenu compte en "haut lieu". En effet, avec ses 82% en 2002, le président Chirac aurait dû nommer un gouvernement de coalition incluant des ministres de la gauche parlementaire (à l’image de la Grande Coalition d’Angela Merkel). Et, avec une majorité claire en 2005 pour le non à une constitution européenne ultra-libérale rédigée par Valéry Giscard d’Estaing, c’est un affront aux électeurs de proposer, comme le fait Nicolas Sarkozy, la ratification par le parlement ne fût-ce que d’un "mini-traité" sans consulter à nouveau les citoyens français, en sachant et en répétant que le système électoral actuel fait que l’Assemblée Nationale n’est pas représentative des forces politiques réelles du pays. Dès lors, il ne reste aux citoyens que des révoltes ponctuelles pour exprimer leur dépit face à une situation réellement désastreuse, comme ce fut le cas l’année dernière dans les banlieues pauvres ou parmi la jeunesse, même dorée, à l’occasion du CPE passé en force au parlement à l’aide de l’article 49.3 par le gouvernement sortant.

Le débat du 2 mai 2007 entre Mme Royal et M. Sarkozy a été amplement commenté. Annoncé de longue date par les médias comme un événement hors du commun et déterminant, si l’on considère le grand nombre d’indécis parmi les électeurs français, il ne pouvait que décevoir. Les commentateurs n’en doutent pas : dans une élection indécise, un tel débat aurait pu être décisif; or, comme le candidat sortant possède (dans les sondages, bien sûr) une avance considérable sur sa concurrente, cette confrontation n’aura aucune espèce d’influence sur l’issue réelle du scrutin. Ainsi, tout a été dit. Or, que s’est-il passé ? Plus de 20 millions d’électeurs potentiels ont suivi ce "duel" à la télévision (TF1, France 2, Public Sénat, LCI...). Quelques autres ont écouté la radio (RFI, France-Info...) ou suivi l’affrontement entre les deux courants politiques majeurs de la vie politique française sur Internet, où la qualité très médiocre des retransmissions laissait supposer un grand nombre de connexions (notamment en provenance de l’étranger). Puis sont venus les faiseurs d’opinion, les commentateurs politiques, les simples citoyens pris au hasard ou triés sur le volet, dont on sélectionne quelques phrases "représentatives", et enfin les sondeurs qui, si l’on peut dire, "bétonnent" l’incertitude et l’indécision, favorisant alors sans doute un grand nombre de votes blancs au second tour, ce qui en soi constitue déjà un petit délit envers la démocratie. Mais alors, que s’est-il passé? Mme Royal est hésitante au début, un peu timide peut-être, lorsqu’elle doit dire "quelle présidente elle sera, si elle est élue". Une question à laquelle M. Sarkozy aura eu le temps de préparer sa réponse au cours de ces cinq dernières années. Et, après tirage au sort, cette réponse lui permet d’ouvrir sereinement le débat, car il est décidé d’apparaître calme et posé, sans inspirer de haine ou de crainte. Puis, sa timidité vaincue, la candidate de l’opposition attaque sur la part de responsabilités du candidat sortant relative à "la situation dans laquelle la France se trouve aujourd’hui". - Responsabilité en partie assumée, bien sûr, Madame Royal. Il a été ministre de l’Intérieur pendant quatre ans, Monsieur Sarkozy ! Rien, cependant, sur le mot malencontreux de "racaille" ou la menace de "Kärcher", une mauvaise publicité que l’entreprise du même nom a d’ailleurs officiellement récusée. Les attaques de Mme Royal sur le bilan du gouvernement sortant, auquel M. Sarkozy a appartenu jusqu’aux récents événements de la Gare du Nord parisienne, - le "resquilleur" ou, comme il conviendrait de dire, le "déclencheur" vient d’ailleurs d’être condamné à deux ans ans de prison ferme, mais rien sur la Gare du Nord non plus dans ce débat "digne" souhaité par M. Sarkozy, - ces attaques prennent ensuite une tournure inattendue avec l’épisode que l’on pourrait désormais nommer, avec une pointe de cynisme, la "botte des handicapés". Injustifiée peut-être, comme on entend dire, mais pas tout à fait quand même, si l’on considère qu’il s’agit là d’un paradigme de l’injustice sociale, en concédant donc son côté symbolique ou, si l’on préfère, symptomatique pour une société où les pauvres s’appauvrissent jusqu’à vivre dans la misère la plus intolérable et les riches s’enrichissent à coups de "bouclier fiscal". L’accusation d’immoralité, qui en procède, touche aux promesses électorales outrancières du candidat sortant en matière sociale, si l’on considère le bilan des années Chirac sur ce plan-là. "Colère saine" de Mme Royal devant cette immoralité flagrante, un peu surjouée peut-être, mais contrôlée tout de même, où l’on a pu apercevoir un Nicolas Sarkozy mollissant, comme en 1993, lors de la précédente confrontation de ces deux politiciens, qui repassait en boucle dans les médias ces jours-ci, comme d’ailleurs les "best of" des prestations précédentes du genre, à commencer par la tirade sur le "monopole du coeur" de M. Giscard d’Estaing en 1974. A quoi le président Mitterrand aura répliqué avec son fameux "homme du passif" en 1981. Pour ensuite dire, "les yeux dans les yeux", à Jacques Chirac en 1988: "Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre." Et caetera... ad nauseam !

Concocté par les faiseurs d’opinion médiatiques, le bilan "officiel" de ce débat, qui a fait oublier, peut-être à tort, le "dialogue" Royal-Bayrou de vendredi dernier, est qu’il ne changera rien : Les électeurs de gauche ont été séduits par la prestation de la "candidate" et les électeurs de droite par celle de leur "champion". Quant aux indécis, ils resteront indécis : un tiers votera "Sarko", un tiers "Ségo" et un tiers s’abstiendra... à en croire les invités d’Yves Calvi déjà cités. Tandis que les électeurs du Front National voteront "naturellement" pour M. Sarkozy, qui est en effet resté "digne" jusqu’au bout. Car, au cours de ce débat, il n’a pas non plus été question de ces électeurs d’extrême-droite qui ont en partie "voté utile" dès le premier tour. Oui, on n’en parle pas, des sujets qui fâchent, on reste dignes. - En clair, ce débat est présenté comme un "non-événement" après avoir été annoncé comme un "événement" politique de tout premier ordre par les médias appelés à l’organiser et à le commenter ensuite. - Oui, on n’a pas non plus parlé du centre, et notamment d’une ouverture du parti socialiste vers le centre-gauche, représenté de toute évidence par l’électorat de M. Bayrou, qui pourrait donner naissance à un grand courant social-démocrate en France, dont Mme Royal serait en effet la présidente, en association, comme elle l’a à nouveau clairement dit hier, avec M. Bayrou. C’est évidemment ce qu’il s’agit pour la droite d’empêcher à tout prix en récupérant, après les voix de la droite nationale, le soutien de la majorité des députés UDF dont la direction devrait revenir, après la démission imminente de François Bayrou et la création de son parti démocrate, à Gilles de Robien, devenu "propriétaire" du "label". En cela, il appartient sans aucun doute à la "France des propriétaires" souhaitée par M. Sarkozy. Qui passe sous silence l’évidence que quelques-uns possèderont toujours beaucoup plus que la grande majorité, destinée à devenir au mieux propriétaire à crédit de leur bien immobilier, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Les plus pauvres, déjà victimes des "crédits à la consommation" aux agios faramineux, seront ensuite contraints d’hypothéquer un logement acquis à un prix beaucoup trop élevé... - Immobilier ? Vous avez dit immobilier ? Oui, Ségolène Royal a parlé des logements sociaux qui manquent. Très "digne", elle a même mentionné la commune de Neuilly-sur-Seine, dont M. Sarkozy est l’élu, où les quotas de HLM sont largement inférieurs à la norme nationale. Mais on n’a pas parlé d’immobilier. Ni, surtout, de la crise immobilière aux États-Unis qui vient de passer en Espagne et qui risque, bientôt, d’atteindre la France. Mais c’est là une autre histoire...

Aujourd’hui (5 mai 2007), les invités de M. Calvi ("C’est dans l’air", émission déjà citée) reviennent à la charge, et notamment le professeur d’économie Jacques Marseille, qui parle déjà comme un futur ministre, ou son acolyte Thierry Desjardin: "C’est plié" ! Sans aucun complexe, d’éminents spécialistes se permettent donc de dire ou de laisser entendre aux citoyens français que cette élection présidentielle, quarante-huit heures avant le scrutin réel, est "jouée", et ce sur la seule foi des sondages, c’est-à-dire d’un scrutin "virtuel", qui présente en effet des écarts de plus en plus grands entre les deux présidentiables. Quel terrible mépris pour les votants. Tandis que M. Sarkozy, comme le fait remarquer le modérateur Calvi, qui commence à comprendre que quelque chose ne va pas dans cette façon médiatique de décliner la démocratie, reprend résolument son virage à droite, en scandant avec vigueur le thème de l’identité nationale associé à celui de l’immigration dans ses derniers meetings et déclarations. Le second reportage, portant sur la "candidate" qui fustige évidemment l’utilisation massive des sondages d’opinion par les "médias amis du pouvoir", se termine avec cette remarque du commentateur: Tout le monde (chez les socialistes) "pense déjà à l’après, mais il est trop tôt pour en parler". Les deux autres invités de l’émission d’aujourd’hui, le journaliste politique Jean-Michel Thénard (Libération) et le chercheur Marc Abélès (CNRS) sont plus réservés ou peut-être moins enthousiastes, même s’ils semblent se ranger aux pronostics de leurs collègues, finissant eux aussi par préférer le futur au conditionnel. Lamentable !

Aux urnes, citoyens !
(5 mai 2007)

Demain soir, 6 mai 2007, les "jeux" seront faits. A la scène virtuelle, proposée depuis plusieurs mois, se substituera une scène réelle, et la majorité de l’électorat français se réveillera sans doute avec une gueule de bois colossale. Oui, depuis plusieurs mois, la France flotte. Avec un gouvernement qui ne gouverne pas. Un président qui ne préside pas. Et des médias en sursis qui, au plus tard le 18 juin 2007 au matin, se réveilleront eux aussi avec une tête d’enterrement. Ensuite, tout rentrera dans l’ordre ou, comme on dit en allemand, "alles kommt, wie es bleiben soll", une expression plutôt intraduisible, qui veut dire que tout restera comme avant, notamment si l’équipe sortante reste aux affaires et parvient à constituer une majorité parlementaire. Un commentateur plutôt perspicace a dit que le tour de force de Nicolas Sarkozy était de se faire passer pour un homme nouveau, l’homme du "changement", de la "rupture". Dans sa dernière prise de position (d’hier), le candidat sortant déclare même, en faisant référence à la fameuse "colère" de Mme Royal, qu’il est l’homme de "l’apaisement" ou de la conciliation, alors qu’il n’avait cessé de mettre de l’huile sur le feu, lorsqu’il était à l’Intérieur. Ce ne sont pas tant les formules malencontreuses, qui trahissent cependant un manque flagrant de diplomatie et une tendance au populisme le plus vil, que la façon dont les policiers, à coups d’interventions musclées et "va de la gueule", comme on dit à Toulouse, mais surtout pour une part inutiles ou injustifiées, ont été montés contre la population, ce qui a créé un malaise sans précédent de part et d’autre. - Apaisement ? Vous avez dit apaisement ?

Il faut bien se rendre à l’évidence: La France de Lafayette et de Talleyrand n’est plus. La Révolution Française, les révoltes de la Commune de Paris ou de Mai 68 ne font plus partie de "l’identité nationale". - Non, Monsieur, vous avez raison, car elles feront un jour partie du patrimoine de l’Europe et, si l’humanité enclenche cette mutation devenue tellement nécessaire et urgente, ce seront des jalons dans l’histoire moderne, posés par une France révoltée par la misère et l’injustice sociale, sur le chemin d’un monde nouveau et, au sens propre, "apaisé", pacifié. En effet, le penseur suisse Jean Ziegler vient de le dire sans qu’il ait encore été entendu par la majorité des Occidentaux: La planète possède actuellement des ressources pour nourrir et soigner 9 milliards d’êtres humains. Dans ces conditions, chaque enfant qui meurt de faim, de misère ou par manque de soins, c’est un meurtre ! L’un des hommes les plus riches de la planète (Bill Gates) vient, apparemment, de le comprendre. On attend impatiemment la mutation dans les esprits de ses collègues, qui pour l’instant résistent dans leurs bunkers luxueux. Quel rapport avec la France ? - Aucun, s’il faut croire les élucubrations récentes sur l’identité nationale et l’immigration.

Car le problème avec l’identité "nationale" française est qu’elle constitue un anachronisme si on la fait remonter plus loin que la création des États-nations modernes, c’est-à-dire 1776 pour les États-Unis ou 1789 pour la France (et 1871 pour l’Allemagne, ce qui explique un certain nombre de choses dans ce pays). Avant, il y avait les rois, comme Louis XIV, dont la cour et les guerres ont ruiné le pays. Avant, il y avait Marie-Antoinette d’Autriche qui conseillait aux Français affamés de manger des viennoiseries s’ils n’avaient pas de pain. Et le problème avec l’immigration est qu’elle constitue une insulte aux pays ruinés par l’Occident capitaliste, d’abord avec l’esclavage, puis avec le colonialisme, qui est d’ailleurs le fait des États-nations modernes, et maintenant avec une exploitation sauvage de ces "pays (soi-disant) pauvres", qui a le plus grand intérêt à entretenir la corruption des régimes en place, les conflits ethniques, les guerres fratricides entre ces "nations" artificielles générées par le "post-colonialisme" pour mieux mettre la main sur leurs ressources naturelles. Oui, la façon de voir "l’immigration" et de traiter les "immigrés" aujourd’hui fait penser à une vue archaïque, "puriste", de l’humanité. "Divisare imperare est", comme disaient déjà les Romains. Et "panem et circenses" !

Mais, fort heureusement, les "jeux" ne seront pas faits le 6 mai au soir. Car il restera les élections législatives des 10 et 17 juin 2007. Alors, chers citoyens français, ne vous laissez donc pas trop influencer et impressionner par les faiseurs d’opinion professionnels. Rendez-vous à nouveau massivement aux urnes ce dimanche pour faire mentir ceux qui veulent voter à votre place, les tenants de la "démocratie virtuelle", ceux qui ont intérêt à ce que les choses ne bougent pas "réellement". Car il y a réellement le feu à la maison. Et notre maison commune, c’est la planète Terre. Oui, pour l’heure, il n’y a qu’un seul mot d’ordre en France qui vaille la peine d’être clamé haut et fort: Aux urnes, citoyens !

blog/page suivante

commentaires : http://kaempfer.free.fr/interact/index.htm


news visuels textes traduction deutsch english interact archiv/es messages guestbook bureau links contact home