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SKARLET

France 2007
- épisode 6 -

SOMMAIRE :

Les Éléphants montent au créneau (samedi 12 mai 2007)
Président-attitude (jeudi 17 mai 2007)
La droite gouverne à nouveau (18 mai 2007)
Abonnez-vous au fil RSS ("Rien Sans Sarko") ! (19 mai 2007)
Mensondages (Lundi 21 mai 2007)

"Cinq ans ferme"
(lundi 7 mai 2007)


L’équipe sortante gagne à domicile. Les bookmakers ont le sourire jusqu’aux oreilles. La France porte résolument à droite. Avec 53% des voix, Nicolas Sarkozy (~31% au premier tour) prend logiquement le vote des droites extrêmes (~14%) et un certain nombre de suffrages centristes (~8%). Avec 47% des voix, Ségolène Royal (~26% au premier tour) prend logiquement le vote de la gauche antilibérale (~10%) et fait tout de même un bon score au centre (~11%). Voilà pour un premier calcul, rudimentaire certes, mais qui se base sur les chiffres réels, contrairement aux bookmakers qui, dès la soirée électorale de ce dimanche 6 mai 2007, assènent leurs "projections" pour les législatives des 10 et 17 juin 2007 en se basant évidemment sur les seuls sondages "sortis des urnes" fournis et commentés par leurs propres soins ! Oui, on n’a pas fini de les entendre car le "troisième quart-temps" vient de commencer. En effet, le président Sarkozy ne pourra gouverner qu’avec un parlement qui lui soit favorable. Et cela en passera nécessairement par des alliances : celles, ouvertes ou bien occultes, avec le Front National et l’UDF pour les candidats de l’UMP et celle, que la gauche social-démocrate espère, entre les candidats du PS et du Mouvement Démocrate (MD) dont François Bayrou a annoncé la création officielle dès jeudi prochain. Sans doute serait-il utile pour la démocratie française que naisse également un grand parti de la gauche antilibérale qui, à la fois, permettrait au PS de faire son "agiornamento", comme l’a fait le SPD allemand sous Willy Brandt, par exemple, en renonçant aux aspirations révolutionnaires de la gauche, et aux antilibéraux de faire entendre leur voix au parlement. Mais le problème est que le temps presse. Quand M. Sarkozy a eu cinq ans pour se préparer à ces présidentielles, les choses se sont précipitées à gauche. Il y a d’abord eu l’épisode de l’investiture socialiste qui ne consacra Mme Royal qu’à la mi-novembre 2006. Il lui restait alors quelque cinq mois pour réunir le majorité de l’électorat français sur sa candidature. Puis vint la surprise du chef. M. Bayrou fut tout d’un coup crédité d’un nombre impressionnant de suffrages par les instituts de sondage qui, - et voilà tout de même une erreur monumentale, - ne l’avaient absolument pas calculé pour ensuite le surestimer copieusement ! La difficulté était en effet immense. Le candidat centriste faisait des "scores virtuels" tels que Mme Royal, avec la "menace Le Pen" qui pointait également son museau (seconde erreur de taille des sondeurs), n’était plus assurée de passer le premier tour du scrutin. Il fallait donc qu’elle sollicite un "vote utile" dans le camp antilibéral. Enfin, quelques jours avant le scrutin du 22 avril, M. Rocard et B. Kouchner en appelèrent à l’ouverture au centre. De quoi en déstabiliser plus d’une. Or, la Dame ne se sera pas démontée, même si sa tache était quasiment impossible car elle n’avait aucune chance de réussir le grand écart entre José Bové, Olivier Besancenot, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou. Mais, même déçue, Ségolène Royal était radieuse, apparaissant en ce soir de défaite comme une véritable icône en blanc, une couleur qu’elle semble affectionner, même si la Chine y associe le deuil. Oui, le blanc lui va bien et elle aurait tort d’y renoncer. Dans les "milieux autorisés", on murmure cependant qu’il lui resterait encore un petit travail à accomplir sur sa voix (son rire est déjà parfait) et sur sa coiffure, mais il semble qu’une bonne partie de la France se prenne déjà à regretter la présidente qu’elle pourrait être et qu’elle aurait pu avoir dès cette année. Gageons néanmoins qu’avec le quinquennat qui s’ouvre, la Dame pourrait avoir dans l’idée de se préparer efficacement à la "plus haute charge de l’État" en commençant par rénover le mouvement dont elle se réclame et qui, la preuve n’étant plus à faire, la réclame également.

Mais revenons un instant aux Législatives. Dans la "projection" présentée hier soir par Roland Cayrol (CSA) sur France 2, le centre est crédité de 15% des voix quand l’UMP et le PS dépasseraient tous deux les 30%. Or, on peut se demander de quel centre il s’agit. UDF ou Mouvement Démocratique? Et, surtout, on se demandera où le reste des voix est passé. Car, même si la projection citée accorde quelque 70% des voix à l’UMP et au PS réunis (respectivement 37 et 33%), 15% des voix restent "dans la nature". Il s’agit bien entendu des votes dits "extrêmes". Pour la vie démocratique française, et malgré les risques que cela peut comporter, il serait certainement important que tous les courants politiques actuels soient représentés à l’Assemblée Nationale dans les proportions qui correspondent à l’expression réelle de l’électorat au premier tour des présidentielles. Or il n’est pas inutile de répéter que les deux modes de scrutin actuels (présidentiel et législatif) ne le permettent pas. De plus, les partis qui porteraient cette expression réelle des citoyens français n’existent pas, ne sont pas encore créés ou rénovés. Dans ces conditions, et sans vouloir anticiper à notre tour sur le "verdict des urnes", l’UMP sera sans doute le grand vainqueur des Législatives, bénéficiant évidemment de l’élan occasionné par la victoire de M. Sarkozy et peut-être de l’annonce d’un "gouvernement d’ouverture" dans les jours qui suivront le 16 mai, date de la passation de pouvoir entre le futur ex-président Chirac et l’ex-futur président Sarkozy. D’ailleurs, les bookmakers sont déjà formels: M. Fillon sera le nouveau Premier ministre et il est fort possible qu’un grand nombre d’annonces et de mesures "populaires" vont pleuvoir pour séduire un électorat qui, en retour, "plébiscitera" l’UMP aux Législatives. De plus, la création de nouveaux partis, comme le MD de M. Bayrou, voire peut-être celle d’un grand parti de la gauche antilibérale française, ou encore la rénovation du PS en un parti social-démocrate à vocation européenne ne s’improvisent pas. Il faut du temps et de la réflexion pour ce genre de choses. Or, à défaut d’un ancrage clair de M. Bayrou au "centre-gauche" et d’une alliance déclarée avec Mme Royal qui, de son côté, devrait alors favoriser le courant social-démocrate au PS, le président Sarkozy obtiendra sans l’ombre d’un doute une majorité à l’Assemblée Nationale au soir du 17 juin 2007. Le titre du nouveau film de Jean-Pierre Mocky, proposé hier soir chez Marc-Olivier Fogiel (M6) en présence du réalisateur, serait alors tout trouvé: "Cinq ans ferme".

Les Éléphants montent au créneau
(samedi 12 mai 2007)

Citoyens, vous n’avez "virtuellement" aucune chance de vous faire entendre en cette année électorale 2007 car, comme on ne cesse de vous le répéter un peu partout, les élections législatives, qui sont pourtant essentielles pour équilibrer le pouvoir en France, seraient déjà "jouées". En étudiant, région par région, ville par ville, circonscription par circonscription, les résultats de ce second tour des Présidentielles, et en rappelant le mode de scrutin actuel, qui n’autorise pas le rapport réel des forces politiques du pays à s’exprimer dans ces Législatives comme il s’est manifesté au premier tour des Présidentielles, on peut effectivement prévoir un "raz-de-marée sarkoziste" au soir du 17 juin 2007. François Bayrou a fait le travail préliminaire en faisant sauter la ligne de démarcation traditionnelle entre la droite et la gauche françaises. Le nouveau président Sarkozy "transformera l’essai" avec son "gouvernement d’ouverture" annoncé pour le 16 ou 17 mai 2007 où l’on murmure par exemple que, sous la direction du probable Premier ministre Fillon, le socialiste Hubert Védrine serait pressenti aux Affaires étrangères, et que le "transfuge" du PS, Éric Besson, aurait des responsabilités gouvernementales, sans parler des députés centristes ralliés à la majorité présidentielle, qui resteraient sans doute aux affaires comme ils l’ont été au cours de la législature 2002-2007. Enfin, le PS est en train de finir ce travail de "démontage" et de sape avec des "Éléphants" qui, d’une manière politiquement irresponsable ou naïve, montent au créneau sans tenir compte de l’indéniable popularité de Ségolène Royal. En effet, avec le "lavage de linge sale" en public à l’occasion de l’investiture socialiste en octobre et novembre 2006, qui a fait apparaître un parti divisé aux yeux d’un électorat forcément déstabilisé, les quelque cinq mois de préparation dévolus ensuite à la candidate face aux cinq ans de rodage du champion de la droite qui, de plus, était aux affaires à l’Intérieur pratiquement jusqu’à la veille du scrutin, ses chances de l’emporter étaient plutôt minces. Ainsi, avec les 47% des voix réunies sur sa candidature au soir du 6 mai, elle obtient tout de même un bon résultat, que l’on essaye actuellement de minimiser au PS, apparemment pour de banales raisons d’influence et de pouvoir personnels, ou encore pour préparer, dès à présent, l’investiture socialiste aux Présidentielles de 2012, quand il devrait être acquis que Mme Royal serait la personnalité la mieux placée, voire la plus charismatique, pour se représenter dans cinq ans à la tête d’un parti rénové, à vocation social-démocrate et européenne, qui n’aurait pas refusé une alliance politique avec le nouveau Mouvement Démocrate de François Bayrou afin d’entrer en force à l’Assemblée Nationale au soir du 17 juin 2007. Or il semble que le réalisme politique ne soit vraiment pas le point fort de la gauche française, toutes tendances confondues. M. Strauss-Kahn mène actuellement une fronde interne absolument déplacée car, avec les Législatives qui approchent à grands pas, c’est certainement le moment le plus inopportun de mettre en exergue la rénovation, certes indispensable, du PS (et sans doute de l’ensemble de la gauche française) ou de faire la preuve de ces "divisions internes" que le PS semble, à la manière d’une compulsion de répétition, vouloir sans cesse étaler au grand jour. Quant à M. Bayrou et sa déclaration de "résistance" jeudi dernier à l’occasion de la création officielle du "Modem", on doit se demander si, avec son indécision fondamentale, il n’a pas choisi, comme DSK, de laisser filer la législature qui s’ouvre, pour préparer bien avant l’heure les Présidentielles de 2012. En effet, avec ses déclarations sur M. Sarkozy et son appel implicite à ne pas voter pour le candidat sortant au second tour des Présidentielles, sa ligne politique devrait être claire avec l’ancrage assumé de son nouveau mouvement politique au centre-gauche, ne serait-ce que pour se démarquer avec vigueur de ses anciens camarades de l’UDF, clairement mobilisés aux côtés du nouveau chef de l’État. Or, aucune déclaration de M. Bayrou ne va actuellement dans le sens d’une alliance "centre-gauche(s)". Alors même que le temps presse. Il suffirait pourtant que MM. Strauss-Kahn et Bayrou décrètent une sorte d’alliance moins objective que ponctuelle pour ces Législatives en vue de figurer en bonne place à l’Assemblée Nationale pour la législature 2007-2012. Et que Mme Royal soit investie à la tête d’un PS en instance de rénovation afin de pouvoir préparer, dans de bonnes conditions cette fois, sa candidature aux Présidentielles de 2012 où elle affronterait, selon toute vraisemblance, MM. Sarkozy et Bayrou, qui auront tout leur temps pour se mettre en condition, le premier à l’Élysée et le second là-haut, sur sa "Montagne magique" qui, pour l’heure, prend l’allure d’une sacrée Tour d’ivoire. Cependant, tout porte à croire que les choses ne se passeront pas ainsi. Et que, pour des raisons éminemment "politiciennes", dont on doit se demander si elles ne relèvent pas avant tout de la "conduite de l’échec", les électrices et les électeurs français, qui se sont exprimés en masse en accordant tout de même 55% de leurs voix au centre de M. Bayrou, au PS de Mme Royal et à la gauche antilibérale, seront une fois encore les grands perdants de ces passages répétés aux urnes pour finir par se demander, après s’être mobilisés en masse par deux fois, s’il n’eut pas mieux valu laisser les instituts de sondage voter à leur place. Alors, une fois encore, la conclusion réaliste ne peut être que celle-ci: Citoyens, rendez-vous à nouveau massivement aux urnes les 10 et 17 juin 2007 pour élire un parlement qui représentera au mieux vos "intentions de vote" exprimées au premier tour des Présidentielles, et ce malgré un mode de scrutin favorable au pouvoir sortant ou encore des instituts de sondage qui ne cessent de diffuser leurs "projections" très, très orientées et parfois assez loin de l’expression réelle (à l’image des scores de MM. Le Pen, Bayrou et Sarkozy au soir du 22 avril). Si vous avez donc, à 55%, voté contre le nouveau chef de l’État au premier tour, qui aura ensuite été élu avec 53% des voix au second, il est temps de vous demander, "en toute âme et conscience", de quelle façon vous pourriez "réellement" faire entendre vos voix les 10 et 17 juin prochains afin d’influer de façon décisive sur la vie politique de l’une des plus grandes et prestigieuses démocraties européennes dès la législature 2007-2012.

 

Président-attitude
(jeudi 17 mai 2007)

Après l’invention, avant-hier soir au dîner, du nouveau concept de "nation-famille" par l’ancien président Chirac dans sa succincte allocution télévisuelle de "passation", c’est un patchwork idéologique qui nous est servi hier, peu avant son déjeuner à l’Élysée, par le nouveau président Sarkozy dans son "discours d’intronisation". Peu importe le fond, puisque tout y est forme, formule. Et que le but du jeu est de remporter, haut la main, les Législatives imminentes. Dans cette nouvelle bataille électorale qui s’ouvre, il faudra compter avec l’aller-retour sur les Champs-Élysées à l’heure du fromage, l’arrêt sur la tombe du Soldat Inconnu, les fastes ostentatoires de la République ainsi que les innombrables serrages de main, sourires satisfaits et frappes sur l’épaule, que ce soit dans les couloirs de l’Élysée, sous l’Arc de Triomphe ou dans ces bains de foule pris au grand dam d’une "sécurité renforcée" par le désormais incontestable et grand maître de la Légion d’Honneur et de l’État. Gageons que cette "président-attitude" jouera également un rôle de premier choix dans les semaines à venir, promettant de reléguer au second plan, au rang de figurants ou d’outsiders, les acteurs et les tenants de l’opposition politique en France. Jean-Marie Le Pen sera forcément pathétique dans son "paquebot" de Saint-Cloud, François Bayrou criera au voleur là-haut sur la montagne, puisque le nouveau président tente actuellement de mettre en pratique (ou, au choix, de dévoyer) son idée maîtresse avec un gouvernement qui comprend, avec une majorité écrasante de droite et du centre-droit, quelques personnalités réputées de gauche ou du centre-gauche, ce qui, avec le barrissement des Éléphants et un Premier secrétaire qui tente de sauver la porcelaine familiale, donnera également du fil à retordre à Ségolène Royal. Mais osons néanmoins une hypothèse, un pari sur des "outsiders" qui ont pourtant récolté 55% des voix au premier tour des Présidentielles (voir ci-dessus) : Et si, les 10 et 17 juin prochains, les Français en décidaient autrement, tout autrement?

Les pronostiqueurs professionnels ne parieront pas un cent sur une majorité centre-gauche(s) à l’Assemblée Nationale pour les cinq années à venir. Premier argument, et de taille, dont on vient d’avoir une démonstration magistrale en cette journée du 16 mai 2007, avec le "scotchage" de la France devant une retransmission télévisée de cinq heures, qui fait penser à certains mariages et enterrements commentés naguère par le citronneux Léon, avec ses plans vides, ses commentateurs qui meublent les silences, ses discours téléphonés, parades, rites et symboles pompeux. L’argument en question veut que l’élan des Présidentielles et le prestige de la fonction profitent au président fraîchement élu en lui permettant de constituer un parlement qui lui soit favorable ou le plébiscite. Tout est d’ailleurs fait et arrangé pour que le plébiscite escompté ait réellement lieu. Après l’échec du "tout sauf Sarko", une gauche médusée risque d’assister au triomphe du "rien sans Sarko". Or, et voilà le contre-argument, ce "rien sans Sarko" pourrait également déplaire à un grand nombre d’électeurs, ce qui limiterait en tout cas l’envergure du succès. Et surtout, tout le monde sait, ou se doute, que le "gouvernement d’ouverture", dont l’annonce se fera aujourd’hui ou demain, ne durera pas "107 ans", comme on dit au pays des vins et des fromages. En clair, l’ouverture annoncée s’accompagnera, et certains signes plus discrets vont déjà dans ce sens, d’un "verrouillage" plutôt drastique, conférant à la fonction présidentielle un pouvoir plus proche du Second Empire que de la Cinquième République. De même, telle ou telle "personnalité de gauche" appelée à exercer des "responsabilités gouvernementales", aura très probablement une vie difficile dans cet environnement résolument à droite. A la première altercation, au premier différend sérieux, elle "craquera", et si elle ne craque pas, elle sera "remerciée" un peu plus tard, remerciée surtout pour avoir contribué, par son soutien ou sa caution, à l’élection d’une Assemblée Nationale aux ordres du nouveau président.

Le second argument, "structurel", pour la victoire annoncée de la coalition UMP-UDF aux Législatives est l’absence de proportionnelle, à quoi vient s’ajouter un élément "dynamique" avec la difficulté qu’éprouve l’opposition actuelle (MD, PS et gauche antilibérale) de conclure des accords électoraux dès avant le premier tour de ces nouvelles élections, comme ce fut d’ailleurs déjà le cas lors de la campagne des Présidentielles. Cette temporisation et cet attentisme, qui font dépendre ces éventuels accords des résultats du premier tour des Législatives, sont tout à fait contre-productifs dans le contexte actuel où, en effet, un seul homme et son équipe tentent sans aucune gêne d’accaparer tous les pouvoirs. Bien sûr, tout est fait pour laisser croire le contraire puisqu’il suffit de "rallier" ce grand "mouvement populaire" pour pouvoir s’exprimer, avoir des responsabilités, faire partie de "l’équipe gagnante". A l’heure actuelle, les "retournements de veste" sont aussi spectaculaires que pathétiques. Cela avait commencé voici quelques mois par la "mission" d’Arno Klarsfeld pour le ministère de l’Intérieur. Certains "ralliements", comme celui de Bernard Tapie ou de Jacques Séguéla voire d’Éric Besson, sont moins surprenants. Les "consultations" de personnalités politiques comme Hubert Védrine, Claude Allègre ou Bernard Kouchner sont plus inquiétantes. Il ne fait aucun doute, pour les commentateurs les plus avisés, que ces "manipulations" sont destinées à "casser" une gauche qui, on s’en souvient, n’a pas besoin de ça. Entre les deux tours des Présidentielles, une certaine unité avait été produite autour de la candidature de Ségolène Royal, qui ne s’en est d’ailleurs pas trop mal sortie avec son score de 47%. Aujourd’hui, c’est la débandade. Mme Royal commence à être contestée au sein d’un parti dont, au moment de "l’investiture" de la "candidate", les divisions internes sont déjà apparues au grand jour. Les choses n’ont ensuite fait qu’empirer, ce dont le camp adverse a tiré profit et continue encore de profiter. De même, le MD de François Bayrou semble à présent dépouillé de sa raison d’être principale puisque, en apparence et en apparence seulement, l’idée d’un "rassemblement" au-delà de la traditionnelle "ligne de démarcation" entre la droite et la gauche est actuellement utilisée par le nouveau pouvoir qui, rappelons-le, représente également le "pouvoir sortant". Le premier pas dans ce sens avait déjà été accompli en "débauchant" les députés UDF. Enfin, la gauche antilibérale et les Verts, qui rassemblent tout de même 10% des électeurs français, ne semblent pas non plus prêts à jouer la carte de l’alliance, qui constitue pourtant la seule chance de réussite, aussi relative soit-elle, à des élections législatives soumises à un mode de scrutin très spécifique. Le pari paraît donc impossible à gagner. Sauf si les électrices et électeurs français, avec le goût de la surprise qu’on leur connaît, en décidaient autrement...

Pendant ce temps, le nouveau président flâne au Bois, essuie une larme à la lecture de la lettre d’adieu de Guy Môquet à sa mère, déclamée par un autre "transfuge", l’historien Max Gallo, lettre en effet émouvante d’un jeune héros de la lutte contre l’occupation allemande, que le chef de l’État entend d’ailleurs faire lire à tous les collégiens et lycéens de France dès la rentrée de septembre, puis il s’envole pour Berlin. Sans transition. Angela Merkel appréciera ce travail de mémoire quelque peu intempestif. Comme elle appréciera que le nouveau président français lui flatte l’épaule puis, avec un geste moins visible, le haut des fesses. Si, fort heureusement, l’Allemagne des Kommandaturen, des bottes et des brassards n’existe plus, il semble malheureusement que la diplomatie française de la grande époque n’en mène pas très large non plus.

 

La droite gouverne à nouveau
(18 mai 2007)

Le site du journal Libération est l’un des premiers à mettre en ligne la composition du gouvernement Fillon, annoncée ce matin (18/05/07) vers 9:40 :

François Fillon
Premier ministre
Bernard Kouchner
67 ans, ministre des Affaires étrangères et européennes.

Alain Juppé
61 ans, ministre d’Etat du Développement durable.

Brice Hortefeux
49 ans, ministre de l’Immigration de l’Intégration, de l’Identité nationale et du co-développement

Michèle Alliot-Marie
60 ans, ministre de la Sécurité Intérieure de l’Outre-mer et des collectivités.

Xavier Darcos
49 ans, ministre de l’Education nationale.

Jean-Louis Borloo
56 ans, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Rachida Dati
43 ans, ministre de la Justice.

Christine Lagarde
51 ans, ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand
42 ans, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité.

Hervé Morin
46 ans, ministre de la Défense.

Valérie Pécresse
39 ans, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Eric Woerth
50 ans, ministre du Budget des comptes publics et de la fonction publique
Christine Albanel
51 ans, ministre de la Culture et de la Communication. Porte-parole du gouvernement.
Christine Boutin
63 ans, ministre du logement et de la Ville
Roselyne Bachelot
60, ministre de la Santé et des Sports

Les secrétaires d’État

Roger Karoutchi
Secrétaire d’État aux relations avec le Parlement
Éric Besson
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques
Jean-Pierre Jouyet
secrétaire d’État aux Affaires européennes
Dominique Bussereau,
Secrétaire d’Etat chargé des transports auprès d’Alain Juppé
Martin Hirsch
Le président d’Emmaüs-France est nommé haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté

 

Abonnez-vous au fil RSS ("Rien Sans Sarko") !
(19 mai 2007)

Martin Hirsch (Emmaüs), qui se voit propulsé "haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté", a beau prévenir qu’il n’est "ni dupe ni naïf", cependant que le nouveau ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner scande: En me faisant l’honneur de me proposer de diriger la diplomatie de la France, le président de la République n’a pas imaginé que je devienne sarkozyste. Certaines de mes convictions ne sont pas les siennes et réciproquement. Voilà qui annonce, j’espère, d’heureux changements de style, d’analyse et d’époque. Cela porte un beau nom : l’ouverture. (Le Monde, 19/05/07). Il se trouve que les choses ne se résument pas aux beaux discours, aux déclarations d’intention, au proverbial "état de grâce". En recrutant ces deux personnalités réputées de gauche, le nouveau président sait ce qu’il fait. Il travaille pour un plébiscite aux Législatives. Une fois ce but atteint, il aura les mains libres pour imposer son "style", dont il a déjà donné quelques aperçus (yachting, jogging, dancing, dining, diamonds shining), sa politique ultralibérale (en mettant sur orbite MM. Bolloré, Lagardère, Bouygues et les autres), sa "vision" des choses dans tous les domaines possibles et imaginables (sécurité, assistance aux plus pauvres, service public, fiscalité, politique étrangère, Europe etc.). Oui, le nouveau chef d’État sera partout : dans les palaces et les usines, au four et au moulin, sur les terrains de sport, en représentation diplomatique dans tous les coins du monde et, bien sûr, au ranch texan de George W. Bush. Car, pour ce qui est de sa "légitimité", le tour paraît déjà joué : "selon une projection BVA rendue publique vendredi, l’UMP pourrait obtenir entre 317 et 381 sièges [sur 577] dans le futur hémicycle. [...] Selon cette même étude BVA, le PS aurait de 151 à 200 députés." (Libération, 19/05/07) Mais répétons-le une fois encore : ces "projections" (et les commentaires qui s’y rapportent sans cesse) travaillent également à déstabiliser l’opposition politique en particulier et l’électorat français en général. Ce sont là des armes du pouvoir (et le nouveau pouvoir n’est qu’une version "actualisée" de l’ancien) pour casser toute velléité de changement réel dans le pays, au même titre que ce "gouvernement d’ouverture" qui, à y regarder de plus près, ressemble davantage à un verrouillage politique dans le plus pur style du Second Empire qu’au projet porté par François Bayrou, qui se voit ici plagié sans vergogne. Alors, Français, encore un effort: Abonnez-vous au fil RSS dès les 10 et 17 juin prochains... !

Mensondages
(Lundi 21 mai 2007)

Ce lundi matin, Libération, un journal qui, avec le nouveau directeur Laurent Joffrin (venu du Nouvel Observateur), se positionne clairement à gauche, pousse encore le bouchon ou, au choix, enfonce le clou: "Selon un sondage Ifop pour Paris Match (réalisé les 10 et 11 mai auprès de 885 personnes), les candidats UMP recueilleraient 37 % des intentions de vote du premier tour, et ceux du PS, 28 %. Le nouveau Mouvement démocrate de François Bayrou en réunirait 14 %, et le Front national, 7 %. D’après la projection en sièges réalisée par le même institut, l’UMP disposerait alors de 336 à 390 sièges, le PS en sauverait de 149 à 190, le FN n’aurait, comme dans l’assemblée sortante, aucun élu, et les amis de François Bayrou de... 0 à 8 (l’Assemblée sortante compte 350 UMP et 9 apparentés, 141 membres PS et 8 apparentés, 26 membres UDF et 3 apparentés, et 21 membres PCF. 14 députés [dont les 3 Verts] n’appartiennent à aucun groupe)." En effet, la "campagne officielle" pour les Législatives, avec ses décomptes et ses temps d’antenne à la seconde près, mais surtout ses sondages et commentaires de sondages, vient de débuter. Face au titre de Libération ("La gauche craint la marée UMP"), Le Figaro, quotidien résolument pro-gouvernemental, se permet même d’anticiper le résultat des prochaines élections: "Le gouvernement et l’UMP plébiscités". Le bref article explique ce titre: "Selon un sondage TNS Sofres-Unilog pour le Figaro-RTL-LCI, l’UMP devrait bénéficier d’une large majorité à l’Assemblée nationale. Le gouvernement et l’UMP sont plebiscités." - Bien sûr, accuser les sondages de mensonge, en faire des "mensondages", c’est sans doute exagéré. En effet, c’est plutôt leur caractère d’anticipation, sur la foi d’un "panel représentatif" d’un millier de personnes assortie des fameux "redressements", et ce sont surtout les commentaires, que l’on greffe invariablement sur ces "déclarations d’intentions de vote", qui donnent à penser. Dans le cas présent, et au tout début de la campagne des Législatives, la diffusion de ces sondages, qui donnent largement gagnante la nouvelle (ex-sortante) équipe au pouvoir, et la machine rhétorique des commentaires ainsi légitimée constituent une véritable ingérence dans le bon déroulement de ces élections des 10 et 17 juin, voire dans "l’âme" et la "conscience" même des électeurs français. Non seulement les élections sont présentées comme si elles étaient jouées d’avance, avec la démotivation que cela peut impliquer au sein de l’électorat, mais on fait également croire aux gens que l’état actuel des rapports entre les forces politiques du pays possède quelque chose de définitif, d’immuable, que le déroulement même de la campagne, les thèmes abordés et mis en discussion, le comportement du nouveau pouvoir au cours des prochaines semaines n’auront aucune espèce d’influence sur le choix réel des électeurs dans l’isoloir. C’est cela qui relève de la manipulation et donc du mensonge. Cependant, et c’est là un fait impossible à contester, le mode de scrutin des Législatives ne permet pas aux forces politiques réelles du pays d’entrer au parlement dans les proportions que l’on a pu constater au premier tour des Présidentielles, qui aura d’ailleurs déjà fait apparaître un certain "vote utile". Ainsi, en l’absence de proportionnelle et d’accords électoraux consistants, les 18,5% de voix réunies par François Bayrou risquent de "passer à l’as", d’autant que le fondateur du MD vient de réaffirmer son "indépendance". Il en va de même pour les quelque 24% de votes dits extrêmes (ci-dessus). Ce sont donc plus de 40% des voix qui devront, au second tour des Législatives, se reporter "utilement". Actuellement, et sans peut-être toujours le préméditer, tout est fait par les tenants de l’opinion publique et les ténors du pouvoir en place pour démotiver les différentes oppositions politiques qui, répétons-le, avaient totalisé au moins 55% des suffrages au soir du 22 avril (ci-dessus). S’ils réussissent leur "coup", le taux des abstentions et des votes blancs, qui ne peuvent que profiter au nouveau pouvoir, atteindront des records. Il faut également ajouter que l’on n’aime pas se tromper. Et que l’on n’aime pas miser sur le perdant. Alors, s’il ne s’agit pas d’intérêts politiques, ce sera l’orgueil qui poussera les uns et les autres à défendre becs et ongles leurs "pronostics" et leurs "mensondages", quelles que soient d’ailleurs les forces politiques réelles du pays, qui risquent, dans ce cas, de reprendre la parole d’une façon différente, par exemple à l’occasion d’une "rentrée sociale" musclée, puisque l’on persiste actuellement à vouloir réduire ces voix au silence comme on ne cesse d’anticiper, parfois d’une façon peu démocratique, voire franchement manipulatrice, sur le vote d’un électorat français de plus en plus déstabilisé et donc de plus en plus versatile.

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