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SKARLET

France 2007
- épisode 7 -

SOMMAIRE :

Remarques sur le black-out médiatique (lundi, 28 mai 2007)
Législatives 2007, résultats du premier tour

Fin de partie (mardi 12 juin 2007)
Législatives 2007, résultats du second tour (mardi 19 juin 2007)

Note sur la couverture médiatique
- Essai de débriefing -
(vendredi 25 mai 2007)

En exergue de la présente chronique des élections françaises de 2007 figurait cette phrase: "La bataille sera médiatique ou ne sera pas". En effet, c’est sur ce terrain-là que Nicolas Sarkozy aura joué et remporté les Présidentielles. Car cet homme fait assurément partie de ces figures que le penseur Pierre Bourdieu qualifiait de "médiatiques" (in "Passage à l’antenne", éd. Raison d’Agir, 1996). Des médias, il en joue, il y excelle. Il les manipule et il anticipe les "réceptions" possibles, s’il ne programme pas les "réactions". Sur ce "terrain virtuel", un rôle de premier plan revenait, par exemple, aux effets d’annonce, comme celle d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, qui a généré un tollé dans l’opinion publique. "Tout bénéfice", comme il avait pu dire (dès 2006 à propos de la probable confrontation avec Ségolène Royal). Et son bénéfice a été plus que confortable, comme les observateurs les moins avisés ont fini par le constater. D’ailleurs, il est fort possible que cet homme rêve d’une "couverture médiatique" vingt-quatre heures sur vingt-quatre : Sarkozy dîne au Fouquet’s, Sarkozy fait la fête à la Concorde, Sarkozy médite au large de Malte, Sarkozy présente la Légion d’Honneur à son fils cadet, Sarkozy embrasse sur la bouche sa femme au passé volage, Sarkozy passe en revue le gratin à l’Élysée, Sarkozy remonte les Champs dans une 607 Paladine, Sarkozy essuie une larme au Bois, Sarkozy joue les dragueurs germanopratins à Berlin, Sarkozy négocie entre deux avions dans la Ville Rose, Sarkozy mouille le maillot avec sa garde rapprochée du côté de Saint-Trop’. Et il y aura toujours une caméra pour aspirer et recracher sa prestation, en direct ou en différé, toujours un "correspondant" pour "relayer l’information", un "intime" pour se laisser aller à l’une de ces "confidences téléphonées" dont les médias raffolent. De sorte que cet homme, à force de curiosité provoquée et d’intrigues programmées, est devenu omniprésent. Et cette omniprésence ne date pas d’hier car son exercice à l’Intérieur ressemblait déjà à une incessante performance médiatique. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que cette ubiquité très ubuesque reste absolument virtuelle, qu’elle se décline d’ailleurs à la télévision, à la radio, dans les journaux, les magazines ou les conserves emmagasinées sur Internet. Car, "en réalité", cet homme ne se trouve nulle part. Et l’exercice, le contact physique, le corps, l’incarnation, peut-être parce qu’ils sont constamment mis en scène, viennent ajouter au paradoxe de cette entreprise de désincarnation médiatique. Car, en réalité, cet homme est toujours déjà ailleurs, traversé par une absence fondamentale, tendu vers un monde à la fois utopique, avec des promesses proprement intenables, voire insoutenables, et persécutif, si l’on considère par exemple les affrontements que son ministère avait générés. Voilà en effet comment est né le fameux slogan "tout sauf Sarko" aux conséquences si néfastes pour ceux qui se sont engouffrés dans la brèche. Oui, dans cette bataille médiatique, les "Éléphants" socialistes ont été dépassés. Car ils ont cru bon relever le défi, qui leur a été lancé, sur un autre terrain, puisqu’ils se sont, pour ainsi dire, "bornés" à la "réalité". Et même la personnalité socialiste la plus médiatique n’a pas cru bon arranger sa coiffure ou travailler sa voix, pour mentionner encore ces deux éléments réellement insignifiants, dont la signification virtuelle paraît pourtant d’une importance capitale. Cette "femme concrète" a fait l’erreur de vouloir rester "nature" dans ce "monde parallèle" où tout n’est qu’apparence, affaire de décor et autopromotion, effet de style, de parole et d’annonce. Or, et voilà le paradoxe, si elle a été conduite avant tout sur un terrain virtuel, cette bataille médiatique a fini par produire un effet bien réel car il se trouve que cet homme a fini par "réaliser son rêve" avec son accession à la plus haute charge de l’État. Et, pour cinq ans, cette réalité-là demeurera probablement intangible. Tout comme celle du fameux ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, dont la création, malgré l’indignation considérable que son annonce aura suscité au pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, "réalise" un dessein bien précis en constituant la preuve "matérielle" que la promesse la plus insoutenable puisse être tenue, dispensant du même coup son auteur à tenir d’autres engagements bien plus délicats.

Sans doute faudrait-il mettre à contribution le champ philosophique et critique de la pragmatique pour produire un décryptage efficace de ce qui s’est passé, et continue encore de se passer, dans ce marathon électoral français de 2007. Et, pour que ce décryptage joue également le rôle d’un "débriefing", aussi nécessaire que salutaire, il faudrait que les "Français", qui se voient interpellés sans cesse depuis de nombreux mois par ces communicants et pragmaticiens tous terrains que sont les politiciens et les politologues professionnels, se rendent compte, sans dénier leur spécificité, qu’ils sont victimes d’une incroyable entreprise de "nombrilisation", à l’image de l’incontestable narcissisme qui anime leur nouveau leader. En effet, depuis le début de l’année, on n’aura eu que ces mots à la bouche, en finissant par les user, les vider de leur sens : on n’aura parlé que de la "France" et des "Français". Comme si l’existence dans ce beau pays pouvait se réduire à un territoire et à une identité "nationales". Or il y a, en France comme partout dans le monde, des différences économiques et sociales bien réelles, tellement réelles qu’elles en deviennent parfois insupportables. Et ce beau pays aura accueilli tant de dissidents, de réfugiés, de persécutés, qu’il a fini par donner naissance à une "culture multiple" de la résistance aux régimes autoritaires du monde entier. Enfin et surtout, ce beau pays se trouve en Europe et fait donc partie intégrante du "paysage" européen, avec de nombreux "citoyens européens", pour l’instant condamnés à une existence toute "virtuelle", qui viennent séjourner ou s’installer, travailler et vivre, s’aimer et respirer en France. Ainsi, cette "interpellation" constante des "Français" à des fins électoralistes et pragmatiques constitue, sans beaucoup d’égards pour les autres, le déni avéré d’un avenir européen qu’il est pourtant urgent de construire en créant un espace politique et culturel commun, dans lequel la "nation française" aurait vocation et intérêt à se fondre, à s’abandonner même, sans cependant renoncer à ce qui a fait sa grandeur au cours de cette histoire européenne commune, faite à la fois de conflits interminables et d’échanges essentiels, de mixité et de particularismes. Oui, la "nation française" est appelée à disparaître si l’on veut réellement construire cette "maison européenne commune" qui, pour l’heure, produit surtout des frasques rhétoriques et des directives libérales. Or il semble évident que les politiciens français, comme leurs collègues dans les autres pays d’Europe, se "fonderont", eux aussi, dans cette "construction européenne" où il conviendrait en effet de supprimer ces lourds et coûteux appareils étatiques héritées d’un passé récent et douloureux, au profit de politiques régionales efficaces sous l’égide d’une "Communauté européenne" qui, par exemple, se "payerait le luxe" de mettre en place des services publics continentaux, tels que les très souhaitables transports ferroviaires et services postaux européens, mais également et surtout un système équitable de soins, d’assurances sociales, de revenus minimaux et de formations, qui permettrait à tous les Européens d’éviter la descente aux enfers produite par cette spirale de la misère dont on ne cesse de constater les effets désastreux jour après jour. Oui, ces politiciens, qui continuent de vouloir intégrer à grands frais des appareils étatiques dépassés, devront par la force des choses oeuvrer à leur propre suppression, si tant est que l’on veuille bien prendre au sérieux l’idée d’une Europe supra-nationale qui devrait sans doute également comprendre la Russie, ce que personne, mais vraiment personne n’a encore osé mettre sur le tapis. Oui, on préfère négocier (ou ne plus négocier) avec la Turquie. Ainsi, la plupart des problèmes soulevés au cours de cette campagne (et sans doute d’un grand nombre de campagnes "nationales" en Europe) fonctionnent comme des paravents. Les "problématisations" proposées permettent de passer sous silence l’essentiel, à l’image du débat qui anima la France lors du référendum européen de 2005. En effet, il eût été essentiel de faire voter tous les citoyens européens le même jour pour ne pas courir deux risques évidents. Car, d’une part, le débat européen risque d’être contaminé par des questions de politique nationale, comme ce fut le cas en France avec le "vote de défiance" qui s’adressa d’abord au président Chirac, fervent défenseur du "oui". Et, d’autre part, les différents résultats nationaux, décalés dans le temps, risquent de s’influencer les uns les autres, comme ce fut probablement le cas avec le vote des Pays-Bas qui succéda au "non" français. De même, il serait peut-être souhaitable que ce référendum en effet nécessaire, mais qui devrait impérativement être conduit à l’échelle européenne, ne puisse pas être mis en échec ou bloqué par telle ou telle "minorité nationale", dans la mesure où il s’agit avant tout de savoir si une majorité qualifiée de citoyens européens souhaite (ou non) une Constitution européenne qui comprendrait (ou non) un important volet social. Mais quelle que soit la manière dont cette affaire sera menée, il conviendrait avant tout de ne pas priver l’Europe d’un grand débat supra-national, voire international, qui permettrait de cristalliser les points communs des Européens, voire des êtres humains en général, quand on ne cesse de mettre en exergue leurs différences. Or, pour l’instant, tout est fait pour que ce débat et cette cristallisation n’aient pas lieu. Et l’exemple des élections françaises de 2007 est là pour illustrer à merveille ce paradoxe bien connu. On insiste d’autant plus sur un problème que l’on désire taire tel autre. Mais ce moulinage rhétorique incessant produit surtout cet autre effet de vider de sa substance ce dont on entend parler. Et l’on peut aisément transposer ce paradoxe sur le plan des médias nationaux et internationaux. Plus on braque les projecteurs sur un "événement" pour le rendre "visible", plus on le rend invisible en aveuglant les spectateurs ou simplement par "overkill médiatique". Sans parler des zones d’ombre ainsi générées. Et c’est là le sens caché de l’expression, si prisée des journalistes, de "couverture médiatique". Or, refoulées, les zones d’ombre menacent toujours de ressurgir sous une forme différente. Une forme réellement insupportable. Sans couverture dans le froid. Sans eau dans ce désert qui, aux dernières nouvelles, continue toujours de croître.

Pour revenir un instant à nos moutons, il paraît évident, à la lumière de ce qui précède, que le discours nationaliste qui est actuellement, et depuis belle lurette, tenu en France permet de ne pas parler de la suppression pourtant nécessaire des nations traditionnelles au profit d’un État européen quelque peu consistant. Peut-être les adieux à la politique de Lionel Jospin en 2002 après le refus de Jacques Delors, qui avait renoncé à la candidature socialiste parce qu’il estimait ne pas pouvoir obtenir les moyens (matériels) pour mener à bien sa politique (sociale) s’il était élu (et il avait de fortes chances de l’être), sont-ils symptomatiques. Aussi symptomatique que l’est ce nationalisme anachronique qui a porté l’actuel président au pouvoir. Mais peut-être dira-t-il un jour: "Camarades, je suis le dernier".

 

Remarques sur le black-out médiatique
(lundi, 28 mai 2007)
 

S’il n’est pas déjà en proie à un violent dégoût, l’électeur français peut légitimement ressentir une certaine forme d’inquiétude en parcourant le programme que la télévision française s’apprête à diffuser cette semaine. Car, contrairement aux mois précédents, les émissions politiques brillent par leur absence. Si l’on excepte les journaux télévisés qui, avec leurs sempiternels sondages, donnent gagnante l’équipe sortante depuis le début de l’année, et les commentaires de ces sondages dans la quotidienne d’Yves Calvi évoquée plus haut ("C’est dans l’air", France 5, 18:00-19:00), les journées et les soirées du lundi 28 mai au dimanche 3 juin proposées par les chaînes hertziennes (TF1, France 2, France 3, France 5/Arte, M 6), où abondent déjà ces exercices d’abrutissement estivaux dont les téléspectateurs français (et européens) sont les victimes rituelles depuis de nombreuses années, font un véritable black-out sur cet événement pourtant capital qui, une nouvelle fois, appelle les citoyens français aux urnes afin qu’ils élisent, les 10 et 17 juin prochains, leur nouveau parlement. On a beau lire et relire ce programme, rien, sinon les platitudes débitées à l’heure de l’apéro et des repas, ne ressemble à une émission politique digne de ce nom. Cependant, les journaux télévisés ne se priveront pas de relater les faits et gestes du nouveau président de la République, qui continue de bénéficier d’une formidable surexposition médiatique, dont il est déjà familier depuis un certain nombre d’années, mais qui atteint aujourd’hui des sommets. Et puis, arrivé à la page de dimanche, on finit tout de même par repérer une série d’émissions politiques à la télé. Et c’est sur France 5 ! A l’heure du déjeuner, Daniel Schneidermann décrypte la vie cachée des grands fauves ("Arrêt sur images", 12:30-13:30), avant que Franz-Olivier Giesbert ne fasse le point sur les retournements de veste ("Chez FOG", 13:30-14:30). Ensuite, Serge Moati prend le créneau d’Yves Calvi ("Ripostes", 18:00-19:00). Enfin, en deuxième ou troisième partie de soirée, Mme Kouchner (Christine Ockrent), dont on se demande d’ailleurs comment elle réussit encore à conserver l’antenne dans les circonstances présentes, fait « péter la poire et les ’cahuètes », selon la formule naguère consacrée des Guignols de l’info ("France Europe Express", France 3, 23:10).

Après cette surexposition certes légitime et utile de la vie politique et de la campagne présidentielle par les médias français depuis le début de l’année, il faut s’interroger sur le sens de ce « black-out » relatif à la campagne des législatives et ce revirement ou changement d’humeur et d’ambiance subits, qui ressemblent un peu à ce que vivent ces malades « bipolaires », répertoriés par la psychiatrie et plus connus sous l’appellation un peu usée de « maniaco-dépressifs ».  Roland Garros, retransmis à raison d’au moins six heures par jour du 27 mai au 10 juin, jour de la finale messieurs et du premier tour des législatives françaises, n’est sans doute ni tout à fait innocent ni tout à fait coupable. Ce tournoi de tennis tombe tout simplement à pic pour vider la tête des citoyens à coups de raquette et de terre battue, après une overdose de palabres et de polémiques stériles avec le résultat que l’on connaît, forcément inquiétant ou désastreux pour les uns et satisfaisant ou sans incidence pour les autres. De même, à cette période de l’année, le téléspectateur français (et européen) doit invariablement faire face, et pour trois mois, à ce qu’il est convenu d’appeler les « programmes d’été », un doux euphémisme qui désigne ces conserves audio-visuelles et rediffusions ineptes dont la « petite lucarne » gratifie les forcenés du canapé. Cette « dépression estivale », synonyme d’absence totale de créativité et de lourdes compulsions de répétition en matière d’images et de sons, est également si rituelle qu’elle n’explique pas vraiment le black-out en question.

L’heure est sans doute à l’autocritique. En effet, les journalistes, chroniqueurs, sondeurs, commentateurs n’auront pas vraiment brillé au cours de ces derniers mois. Sans doute en ont-ils conscience. Mais ils ont fait leur métier. Et c’est là leur excuse la plus valable. Encore faut-il qu’ils se rendent compte de l’instrumentalisation dont ils ont fait et font encore l’objet. Les plus avisés d’entre eux le savent certainement, et quelques-uns cherchent même, avec plus ou moins de bonheur, à s’affranchir de ce joug. Et puis il y a la virulence des quelques « francs-tireurs », qui font feu de tous bois, comme l’énergique Jean-François Kahn (Marianne) ou l’excellent Philippe Val (Charlie-Hebdo).  Sans oublier ces « amateurs » qui, après un filtrage efficace, ont également le droit de prendre part, en vedette américaine, à ce qu’il faut bien appeler une « cacophonie politico-médiatique » qui, avec les discours à caractère programmatique des douze (puis quatre, puis deux) candidats à la Présidence et les commentaires souvent convenus qu’ils suscitent sans arrêt, finit bien sûr par lasser l’auditoire, en l’occurrence les citoyens français, si elle ne suscite pas un énervement considérable ou une ennui sans nom chez ceux qui, muets d’étonnement ou par la force des choses, consomment à longueur de journée cette nourriture spirituelle sans grande consistance. C’est de ce côté-là (du côté de la réception) qu’il faut se demander à qui profite l’effet  (énervement, lassitude, etc.) que produit cette surmédiatisation politique. On ferait alors un grand pas dans la compréhension de l’instrumentalisation des uns et des autres au cours de ce marathon électoral, de cet « électhon » français.

Si les annonceurs ne misent peut-être plus beaucoup sur les émissions politiques qui, d’ailleurs, n’autorisent pas de coupures publicitaires, il faut également supposer que ce black-out est « programmé » de longue date. Car l’heure est déjà à la préparation des vacances puisque la France a cette habitude quasi viscérale d’arrêter toutes ses activités pour déjeuner le dimanche en famille et passer l’été en villégiature. Chacun sait que cette période est souvent choisie par le pouvoir pour faire voter telle ou telle loi difficilement acceptable par la majorité des gens ou encore pour mettre en place certaines stratégies (notamment économiques) à l’insu des citoyens français qui bronzent par millions sur les belles plages atlantiques et méditerranéennes s’ils ne lézardent pas au milieu des multiples idylles bucoliques qui font le charme de cette France rurale sans cesse perdue et retrouvée. Cependant, il ne faut pas trop désespérer. Car l’un explique l’autre. Si les politiciens profitent de l’été,  avec sa « sous-exposition » médiatique de l’actualité politique, c’est que la France a cette autre particularité assez remarquable d’être la patrie des « grognes » populaires. Et c’est là un autre exemple d’euphémisme si l’on considère les deux Révolutions de 1789 et de 1848, ou simplement les révoltes de la Commune de Paris et de Mai 68. Notre black-out fonctionne donc un peu comme  un neuroleptique ou un tranquillisant que l’on administre au pays des barricades et du cocktail Molotov en vue d’asseoir le nouveau (l’ancien) pouvoir sans que la « transition », qui se dit désormais « rupture », ne crée trop d’émotions et, surtout, pour couper court au mot d’ordre d’une « rentrée sociale musclée ». Mais, comme rien n’est jamais vraiment joué (ni gagné) d’avance, attendons de pied ferme la semaine du 3 au 10 juin pour voir si cette tendance à l’apathie politico-médiatique se confirme. En attendant, on peut toujours se consoler avec la campagne officielle et ses nouveaux clips qui tournent actuellement en boucle à l’heure du fromage. Sans oublier le Sarkoka-Sarkola et les ’cahuètes.

 

Fin de partie
(mardi 12 juin 2007)

Vers 18 h, dimanche dernier, 10 juin 2007,  la radio (RTL, France Inter) annonçait plus de 50% d’abstentions au premier tour des Législatives. Puis, vers 21 h, la télévision (France 2) faisait retomber ce chiffre à 39%. Il faut croire qu’il y a 11% de « vote-tard » en France. Peut-être certains d’entre eux, qui ne seraient pas allés voter du tout, se sont-ils précipités dans les isoloirs sur la seule foi de cette annonce inquiétante à l’heure de l’apéro. Mais les quelque 60% de votants annoncés le lundi 11 juin au matin sont tout de même peu nombreux, comparés au 83% qui se sont déplacés le 22 avril. Et qui, en majorité (à 55%), avaient voté pour François Bayrou, Ségolène Royal ou un(e) candidat(e) d’extrême-gauche. C’est-à-dire contre Nicolas Sarkozy, qui a pourtant recueilli 53% des suffrages le 6 mai 2007 (voir ci-dessus). Or, ce dimanche 10 juin 2007, quelque 23% des électeurs qui ont répondu présent aux Présidentielles ne se sont pas dérangés. Ces « vote-une-fois-sur-deux », dont les « instituts d’opinion » auront très vite dressé le portrait robot, auraient-ils pu contrer ou tempérer cette « vague », ce « raz-de-marée », ce « tsunami » sarkoziste annoncés à coups de marteau par les médias puis accomplis par la partie  « docile » de l’électorat qu’il faut actuellement estimer à 60% ? Les 23% d’électeurs « indociles » sont-ils quant à eux apparentés à la foule d’« indécis » dont il a été beaucoup question au cours de la campagne présidentielle ? En tout cas, on constate un phénomène de déstabilisation, ou de désorientation, associés à une évidente lassitude au sein de l’électorat français. Déstabilisation avec ce « gouvernement d’ouverture » mis en place par le président Sarkozy. Désorientation avec le brouillage de la ligne de démarcation traditionnelle entre la droite et la gauche. Lassitude avec ces élections à répétition, cet « électhon » français, cette parade incessante de polémiqueurs et de commentateurs, mais surtout ces résultats annoncés, martelés à coups de sondages et, dans le cas des Législatives, le verrouillage de l’expression démocratique par un mode de scrutin aussi dépassé que le découpage des circonscriptions, qui élimine notamment ce que l’on appelle les « extrêmes », comme par exemple le Front National dont la très grande majorité a « voté utile » en plébiscitant Nicolas Sarkozy. Mais les 18% d’électeurs « centristes » qui ont voté François Bayrou devraient également être en proie à une certaine forme d’écœurement, quand ils constatent l’utilisation sarkozienne de leur idée maîtresse avec la soi-disant « ouverture », qu’il faut surtout considérer comme un « coup » opportuniste, et le score ou encore le nombre de députés que les Législatives réservent à François Bayrou, après le fameux « ralliement » au « camp adverse » de certains de ses « alliés » de naguère. Sans parler de la gauche anti-libérale, quasi obligée de soutenir une alliance entre le PS et le PC, réclamée par le mode de scrutin et le découpage des circonscriptions basé sur le recensement de 1982. Toutefois, si la vie peut changer en 25 ans (à l’image des données démographiques ou sociologiques), certaines choses semblent avoir une propension à passer du pareil au même avec une ponctualité et une constance proprement effrayantes. Ce qui peut finir par lasser au moins 23% des électeurs français que l’on ne peut plus raisonnablement situer dans un camp ou un autre, aux extrêmes ou au centre, mais qui sans doute préfèrent l’école buissonnière, les dimanches à la campagne ou les promenades en ville à une participation « citoyenne » qu’ils n’ont peut-être pas tort de considérer, dans l’état actuel des choses, comme une mascarade traversée d’un ennui mortel. Ce qui est le cas de le dire.

 

 Législatives 2007, résultats du premier tour

 

Nombre

% Inscrits

Inscrits

43 896 043

100,00

Abstentions

17 374 219

39,58

Votants

26 521 824

60,42

 

 

Nombre

% Votants

Blancs ou Nuls

495 358

1,87

Exprimés

26 026 466

98,13

 

 

Voix

% Exprimés

  Extrême gauche

888 234

3,41

  Communiste

1 115 663

4,29

  Socialiste

6 436 521

24,73

  Radical de gauche

343 565

1,32

  Divers gauche

513 407

1,97

  Les Verts

845 977

3,25

  Écologiste

208 477

0,80

  Régionaliste

133 473

0,51

  Chasse Pêche Nature Traditions

213 427

0,82

  Divers

267 755

1,03

  UDF- Mouvement Démocrate

1 981 107

7,61

  Majorité présidentielle

616 440

2,37

  Union pour un Mouvement Populaire

10 289 732

39,54

  Mouvement pour la France  

312 581

1,20

  Divers droite

641 842

2,47

  Front national

1 116 136

4,29

  Extrême droite

102 124

0,39

source : ministère de l’Intérieur

 

Commentaire succinct

Si l’on s’amuse à additionner les voix des différentes gauches, des écologistes et du "MoDem", on atteint tout de même 47,63% des voix exprimées, ce qui semblerait alors correspondre à la force réelle de l’opposition politique actuelle en France. Le problème, soulevé plus haut, reste celui des 23% d’électeurs qui, contrairement au scrutin présidentiel, ne se sont pas déplacés pour les Législatives. Si l’on considère que, lors du premier tour des Présidentielles, cette "opposition" totalisait 55% des voix exprimées (voir ci-dessus), on peut commencer à se poser des questions. Toujours est-il que l’histoire du "raz-de-marée sarkoziste" ou de la "vague bleue" paraît quelque peu "abracabradantesque", pour reprendre le mot du désormais ancien président de la République. Et comme le désormais actuel président de la République dispose lui aussi de ces chiffres et que l’on peut lui concéder la même capacité d’analyse, son "gouvernement d’ouverture" n’est absolument pas du luxe. Ce qui, une fois encore, est le cas de le dire.

 

Législatives 2007, résultats du second tour
(mardi 19 juin 2007)

 

Inscrits

35 223 520

Votants

21 132 355

Abstentions

40%

Blancs ou nuls

3,43%

Exprimés

20 406 733

 

 

Suffrages
exprimés

Nombre de
député(e)s

UMP (& apparentés)

47,79%

323

PSLE

1,77%

20

Extrême droite

0,08%

0

TOTAL DROITE

49,64%

343

 

 

 

PS (& apparentés)

46,06%

205

PC (& apparentés)

2,74%

18

Verts

0,45%

4

TOTAL GAUCHE

49,25%

227

 

 

 

MoDem

0,57%

4

 

 

 

Divers

0,55%

3

Source : Le Monde, daté du mardi 19 juin 2007

 

Commentaire succinct

On peut être surpris par le fait, encore peu commenté, que la droite et la gauche fassent pratiquement jeu égal en termes de suffrages exprimés (49,64% vs. 49,25%) et qu’aucune de ces deux coalitions n’obtienne la majorité absolue dans ce registre. De plus, si un tel mode de scrutin faisait autorité pour constituer le nouveau parlement français, tout dépendrait des scores (plutôt dérisoires) du Modem et de l’attitude des «Divers » pour réunir une majorité au parlement, qui serait alors très précaire si l’on y ajoute les changements de camp toujours possibles et, d’une certaine manière, « mis à la mode » par le nouveau président français qui, dans un tel cas de figure, aurait tout le mal du monde à gouverner comme il l’entend, ou comme il l’a laissé entendre au cours des campagnes présidentielle, puis législative avec son « gouvernement d’ouverture » (« Fillon 1 »), dont la formation ne l’a pas empêché d’essuyer un premier revers avec l’accueil hostile fait à son projet d’une « TVA sociale ».

Toutefois, le mode d’élection (et de sélection) des députés étant ce qu’il est en France, les choses ne se passeront pas ainsi, puisque la majorité présidentielle peut compter dès à présent sur 343 député(e)s (contre 227 parlementaires d’opposition) pour mettre en pratique son projet gouvernemental, quel que celui-ci puisse d’ailleurs être, car la détermination ne semble pas, pour l’instant, le point fort du nouveau pouvoir, comme le montre son recul en ce qui concerne la TVA sociale, recul qui ne pourrait d’ailleurs être que provisoire. Cependant, la « vague bleue » n’a pas déferlé à la hauteur escomptée par les sondeurs et commentateurs « amis du pouvoir » pour reprendre l’expression de Mme Royal. D’ailleurs, il est fort possible que l’électorat français ait voulu « marquer le coup » face à ce rabâchage incessant et démontrer aux « faiseurs d’opinion » médiatiques qu’il n’accepterait pas que ces derniers se permettent de voter à sa place ou d’anticiper d’une manière peu démocratique et sans gêne le « verdict des urnes ».

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